Un rythme peut devenir une signature, puis un patrimoine partagé. En Côte d’Ivoire, le zoblazo de Meiway a traversé les générations sans se couper de ses racines : aujourd’hui, ses échanges avec de jeunes artistes comme Didi B prolongent cette histoire et interrogent la transmission dans une industrie musicale en mutation.

Un son né en Côte d’Ivoire, ouvert aux influences

Né à Grand-Bassam, Frédéric Désiré Ehui, connu sous le nom de Meiway, a lancé sa carrière discographique avec Ayibebou, en 1989. Il a ensuite façonné le zoblazo, un style de danse et de musique inspiré notamment de rythmes du sud ivoirien. Son site officiel présente cette création comme le fil conducteur de son parcours. La biographie officielle de Meiway retrace les principales étapes de cette discographie.

Le zoblazo associe rythmes dansants, cuivres et gestes chorégraphiques. La danse des mouchoirs blancs, qui accompagne souvent cette musique, en est l’un des signes reconnaissables. Mais réduire l’œuvre à une formule festive serait passer à côté de ses textes et de ses évolutions. Dès ses premiers albums, Meiway a développé une identité musicale identifiable tout en variant les arrangements.

Cette ouverture apparaît clairement sur Extraterrestre – 600 % Zoblazo. L’album est paru en 1999, à l’occasion des dix ans de carrière de l’artiste — et non en 2000, date parfois associée à sa diffusion ou à sa présentation. Le média spécialisé africain Afrisson recense la participation du saxophoniste camerounais Manu Dibango, du guitariste antillais Jacob Desvarieux et de Jean-Claude Naimro, membre de Kassav’. Ces collaborations inscrivent le disque dans une circulation musicale qui relie l’Afrique de l’Ouest, le Cameroun et les Antilles. La fiche d’album d’Afrisson détaille ces contributions.

La collaboration comme passage de relais

Le dialogue entre générations est une autre constante du parcours. Meiway a récemment enregistré « On a loupé » avec le rappeur ivoirien Didi B. La chanson met en présence deux artistes issus de périodes et de langages musicaux différents : l’un a installé le zoblazo dans la durée, l’autre s’est imposé dans le rap ivoirien contemporain. Cette rencontre ne signifie pas que leurs univers se confondent. Elle montre plutôt comment une scène locale peut faire coexister plusieurs esthétiques.

Un média ivoirien a rapporté que Didi B décrivait la musique de Meiway comme intemporelle. Cette appréciation témoigne d’une reconnaissance entre artistes, mais ne suffit pas à mesurer à elle seule la réception du morceau par le public. La collaboration s’inscrit toutefois dans une trajectoire de croisements déjà ancienne : Meiway a travaillé avec des musiciens d’autres espaces francophones et africains, sans abandonner les repères ivoiriens de son répertoire.

Les collaborations avec Manu Dibango et Jacob Desvarieux sont documentées pour Extraterrestre. D’autres associations, notamment avec Lokua Kanza et le chanteur congolais Koffi Olomidé, sont également citées dans des répertoires musicaux et des présentations d’œuvres. Les dates et les crédits de chaque titre ne sont pas toujours établis de façon concordante dans les sources consultées. Il faut donc éviter de leur attribuer une chronologie précise sans vérification supplémentaire.

Pour les jeunes artistes, ce type de duo peut offrir une mémoire musicale et un public élargi. Pour les figures établies, il permet d’entrer en contact avec de nouveaux codes, notamment ceux du rap et des plateformes numériques. La collaboration ne garantit ni succès commercial ni transmission automatique. Elle crée cependant un espace où les références peuvent circuler, se transformer et être réinterprétées.

Une trajectoire nationale dans un marché régional

La Côte d’Ivoire dispose d’une scène musicale qui rayonne au-delà de ses frontières. Abidjan, principal centre économique et culturel du pays, concentre studios, médias et lieux de spectacle, tandis que Yamoussoukro demeure la capitale politique. Les artistes ivoiriens évoluent aussi dans un espace ouest-africain où circulent les langues, les danses, les publics et les modèles de production. Cette réalité régionale donne aux collaborations une portée qui dépasse la seule rencontre entre deux célébrités.

Le parcours de Meiway illustre aussi le rôle des artistes dans la représentation culturelle du pays. Le zoblazo puise dans des références ivoiriennes, mais son développement s’est nourri de musiciens et d’influences venus d’ailleurs. Il ne s’agit donc pas d’une tradition figée ou d’un marqueur isolé : c’est une proposition artistique construite, diffusée et renouvelée au contact d’autres scènes.

Cette circulation pose néanmoins des questions concrètes. Les revenus issus de la musique enregistrée, des concerts et des plateformes ne bénéficient pas toujours de la même manière aux artistes, aux producteurs et aux équipes techniques. Les jeunes musiciens ont besoin de visibilité, mais aussi de structures capables de soutenir la création, la gestion des droits et les tournées. La notoriété d’une collaboration attire l’attention ; elle ne remplace pas ces conditions de travail.

Ce que la suite dira de la transmission

Pour la musique ivoirienne, l’enjeu n’est pas de choisir entre héritage et nouveauté. Il est de permettre aux artistes de bâtir leurs propres langages tout en accédant aux œuvres qui les ont précédés. La rencontre entre Meiway et Didi B prend alors valeur de passerelle, sans résumer à elle seule la diversité de la scène ivoirienne.

La suite se mesurera dans la durée : nouveaux projets communs, reprises scéniques, circulation auprès des publics de la diaspora et place accordée aux jeunes créateurs dans les productions locales. À l’échelle ouest-africaine, où les collaborations franchissent aisément les frontières, la capacité à préserver les droits et à faire reconnaître les apports de chacun comptera autant que la visibilité. Le zoblazo continue ainsi de voyager, porté par une signature ivoirienne qui reste ouverte aux transformations de son époque.