À Dakar, Diamniadio et Saly, des murs deviennent des espaces de récit à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse. Le défi pour le Sénégal ne se limite pas à accueillir des compétitions : il s’agit aussi de faire une place durable aux artistes et aux pratiques culturelles du pays.

Des fresques jusque dans les quartiers hôtes

Le projet d’art urbain YEESAL donne déjà une forme visible à cette ambition. Une fresque de plus de sept mètres, à la gare TER de Colobane, représente les sportives sénégalaises Tening Faye, Combé Seck et Julie Marie Gomis. Elle a été réalisée par Zeinixx, artiste sénégalaise, avec l’Irlandaise Kathrina Rupit.

L’initiative s’est ensuite étendue à Dakar, Diamniadio et Saly. En septembre 2026, 43 peintres et graffeurs sénégalais avaient été sélectionnés après un appel à candidatures, sous la direction artistique de Madzoo TRK. Les œuvres s’inspirent du sport, des athlètes africains et des cultures du Sénégal. La RTS a documenté le déploiement des fresques dans les trois villes hôtes ; le quotidien sénégalais Le Soleil a également rapporté la sélection des 43 artistes.

Le programme annoncé par le Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (COJOJ) va au-delà de l’art mural. Il prévoit concerts, danse, artisanat, expositions, ateliers et jeux traditionnels. Au Village olympique de Diamniadio, les visiteurs doivent notamment pouvoir découvrir le yoté et l’awalé, ainsi que des pratiques musicales autour du sabar, du djembé, de la kora et du balafon.

La mode et les arts visuels ont aussi leur place dans le calendrier annoncé. Dix créateurs doivent présenter leurs propositions lors d’un défilé à la Place du Souvenir africain. Une exposition consacrée aux femmes africaines dans l’olympisme est prévue avec le Musée olympique de Lausanne. Au Dakar Expo Center, « Mouvement et Matière » doit réunir des œuvres d’arts visuels.

Un patrimoine vivant, pas un simple décor

Le programme évoque également le Kankurang et les Faux Lions. Le Kankurang est un rite initiatique mandingue pratiqué au Sénégal et en Gambie, notamment en Casamance et à Mbour. Inscrit en 2008 par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, il porte des savoirs et des pratiques transmis au sein des communautés. La fiche de l’UNESCO précise son ancrage dans les traditions mandingues.

Sa présence dans une programmation sportive peut élargir la connaissance de cette tradition. Elle appelle toutefois une attention particulière : un rite vivant ne se réduit ni à une animation ni à une image destinée aux visiteurs. La manière de le présenter, le rôle des détenteurs de ces pratiques et le respect de leurs usages compteront autant que sa visibilité.

L’articulation entre sport et culture n’est pas nouvelle aux Jeux olympiques de la jeunesse. Dès Singapour, en 2010, des activités culturelles et éducatives accompagnaient les compétitions. Au Sénégal, le festival « Dakar en Jeux » a servi de terrain d’expérience avant l’édition olympique. En 2022, sa première édition réunissait des initiations sportives, des artistes et des concerts dans les territoires appelés à accueillir les Jeux.

La question de l’héritage après les Jeux

Les JOJ d’été se tiendront du 31 octobre au 13 novembre 2026. Il s’agira du premier événement olympique organisé sur le sol africain, selon le calendrier du Comité international olympique. Les épreuves et les animations auront une durée limitée. Les fresques, elles, peuvent rester visibles dans l’espace public. C’est un héritage plus tangible, même si sa pérennité dépendra de leur entretien et de leur appropriation par les habitants.

Pour les artistes retenus, l’événement peut offrir une visibilité et des occasions de travailler. Mais cette exposition ne garantit pas, à elle seule, des revenus durables ni un meilleur accès aux commandes. Les retombées pour les créateurs et les industries culturelles sénégalaises ne pourront être évaluées qu’après les Jeux, en observant notamment la rémunération, les contrats et la continuité des projets.

L’impact ne sera pas identique partout. Les sites de Dakar, Diamniadio et Saly concentrent les dispositifs annoncés. Les habitants des quartiers proches des fresques pourront rencontrer les œuvres au quotidien, tandis que les artistes et artisans des autres régions risquent de rester à distance si les opportunités ne circulent pas au-delà des lieux hôtes. La question est donc aussi celle de la répartition des bénéfices, de la commande culturelle aux activités économiques autour des événements.

Un rendez-vous ouest-africain à suivre

La séquence culturelle de 2026 ne s’arrêtera pas à la clôture des Jeux. La 16e Biennale de l’art africain contemporain de Dakar est annoncée du 19 novembre au 19 décembre, quelques jours après la fin des JOJ. Le ministère sénégalais de la Culture a confirmé ces dates, également relayées par la RTS. Le communiqué de la Biennale situe l’événement dans le prolongement de cette année culturelle.

Cette succession peut renforcer la place de Dakar dans les échanges artistiques africains et internationaux. Elle pose aussi un enjeu d’organisation : les équipes, les lieux d’exposition et les financements devront soutenir deux rendez-vous rapprochés sans réduire la création à une vitrine événementielle.

Pour le Sénégal, les JOJ constituent ainsi un test à plusieurs niveaux : accueillir la jeunesse sportive, montrer la diversité de ses expressions culturelles et transformer une partie de l’attention mondiale en débouchés locaux. La portée réelle du projet se mesurera moins au nombre de spectacles qu’à ce qui restera accessible aux artistes et aux habitants une fois les visiteurs repartis.