Un excédent commercial peut signaler des ventes dynamiques à l’étranger. Il ne dit pas, à lui seul, si les revenus profitent aux producteurs, aux entreprises locales ou aux ménages. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le résultat du deuxième trimestre 2026 met surtout en lumière le poids des matières premières dans les échanges.

Un solde qui progresse plus vite que les importations

La balance commerciale de l’UEMOA a dégagé un excédent de 1 817,7 milliards de francs CFA au deuxième trimestre 2026, contre 812,3 milliards un an plus tôt. Le solde a donc plus que doublé. Ces données figurent dans les publications de conjoncture de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), banque centrale commune de l’Union.

La différence entre les exportations et les importations s’est creusée parce que les ventes à l’étranger ont augmenté de 15,6 % sur un an, tandis que les achats ont progressé de 4,6 %. L’or et les autres métaux précieux, le coton, le cacao, le caoutchouc et les produits pétroliers figurent parmi les principales exportations citées dans les données disponibles.

À l’importation, l’Union a notamment acheté des biens intermédiaires et des équipements, ainsi que des produits pétroliers. Le recul des achats alimentaires et d’autres biens de consommation courante a limité la facture. Ce ralentissement peut contribuer à réduire les importations, mais il ne permet pas, sans données supplémentaires, de conclure à une amélioration de l’accès des ménages aux produits concernés.

Des performances liées à des filières différentes

Le chiffre régional agrège huit économies aux profils distincts : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Les ressources minières, les cultures d’exportation et les hydrocarbures n’y occupent pas le même poids. Les bénéfices d’une hausse des ventes extérieures varient donc selon les pays, les filières et les acteurs.

La BCEAO rapporte aussi une progression de 5,7 % de la production industrielle au deuxième trimestre. Les activités extractives y ont contribué, notamment avec la production de pétrole en Côte d’Ivoire, au Niger et au Sénégal, l’extraction d’or au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali, et celle d’uranium au Niger. À l’échelle de l’Union, le produit intérieur brut réel a progressé de 6 % sur un an au cours du trimestre, selon le bulletin statistique de la Banque centrale.

Les résultats agricoles sont moins uniformes. La production de cacao de la campagne 2025-2026 aurait diminué de 2,6 %, à 1 862 200 tonnes, en raison notamment de conditions climatiques défavorables en Côte d’Ivoire, selon la BCEAO. Cette évolution rappelle que les revenus d’exportation peuvent dépendre à la fois des volumes produits et de cours mondiaux parfois volatils.

Au deuxième trimestre, les prix internationaux du cacao ont chuté de 53,3 % sur un an, alors que ceux du coton et du caoutchouc ont respectivement augmenté de 17,7 % et 26,4 %. L’or a gagné 37,6 %. Ces écarts montrent pourquoi un excédent global ne signifie pas que toutes les filières progressent de la même façon. Ils compliquent aussi la lecture des recettes : une hausse des exportations peut provenir des volumes, des prix, ou des deux.

Des échanges régionaux, mais des dépendances persistantes

Les échanges de l’Union ont été excédentaires avec l’Europe, le reste de l’Afrique, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le continent américain. L’excédent avec le reste de l’Afrique a augmenté de 14,8 % sur un an, tandis que le déficit commercial avec l’Asie s’est réduit de 33,6 %. Ces soldes décrivent les échanges de marchandises avec de grandes zones, sans révéler à eux seuls quels pays ou quels produits expliquent les variations.

La situation régionale donne à ces flux une importance particulière. La CEDEAO rassemble les économies ouest-africaines autour de la coopération et de l’intégration régionales. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de l’UEMOA, ont quitté la CEDEAO en janvier 2025. Leurs échanges avec les pays de la région continuent toutefois de compter pour les entreprises et les circuits commerciaux. Le maintien de flux transfrontaliers et la prévisibilité des règles douanières restent donc des enjeux concrets pour les opérateurs.

Un excédent commercial n’est pas non plus synonyme d’excédent budgétaire ni d’amélioration automatique du niveau de vie. Il mesure l’écart entre les exportations et les importations de biens. Il ne renseigne pas, à lui seul, sur la répartition des revenus, les emplois créés, la transformation locale des matières premières ou le coût des produits importés pour les ménages.

Les effets se répartissent différemment. Les entreprises exportatrices et les États peuvent bénéficier de recettes accrues, selon les volumes, les cours et les prélèvements. Les producteurs agricoles restent exposés au climat et aux prix. Les sociétés dépendantes des équipements ou des intrants importés demeurent sensibles aux coûts extérieurs. Dans les villes comme dans les zones rurales, l’incidence sur les consommateurs dépend aussi des prix intérieurs et de la distribution.

La transformation locale, prochain test

Pour les autorités et les acteurs économiques de l’Union, l’enjeu est désormais de savoir si la progression des exportations s’accompagnera d’une création de valeur davantage ancrée dans les économies nationales. Transformer localement le coton, le cacao, les minerais ou les hydrocarbures peut élargir les activités industrielles et les emplois associés. Mais les chiffres trimestriels du commerce ne suffisent pas à établir si cette transformation s’accélère.

La BCEAO estime que l’activité économique de l’UEMOA est restée soutenue au deuxième trimestre, avec une croissance réelle de 6 %. La prochaine lecture devra distinguer cet élan général des performances propres à chaque pays et de la composition des échanges. À surveiller également : l’évolution des cours des matières premières, les prochaines campagnes agricoles et la capacité des économies de l’Union à réduire leur dépendance aux biens intermédiaires et aux équipements importés.

Le surplus du trimestre constitue ainsi un signal favorable pour les comptes de marchandises, mais pas un indicateur suffisant de résilience. Sa portée dépendra de la diversification des exportations, de la stabilité des débouchés régionaux et de la part de valeur ajoutée conservée dans les pays producteurs.