À Boundiali, dans le nord de la Côte d’Ivoire, l’or annoncé sous terre ne se transformera pas automatiquement en emplois, en recettes publiques ou en services locaux. Entre les estimations géologiques et la première production, le projet devra encore franchir des étapes techniques, financières et réglementaires.

Un projet aurifère dans une région en transformation

La région de la Bagoué s’inscrit dans un pays où l’exploitation minière prend une place croissante. Selon le bilan publié par la présidence ivoirienne, la production nationale d’or brut a atteint 59,124 tonnes en 2024, contre 12,35 tonnes en 2011. Cette série officielle ne confirme donc pas le chiffre de 59,4 tonnes attribué à 2025 dans certaines présentations du sujet.

Ce développement concerne aussi l’Afrique de l’Ouest, où les États cherchent à mieux tirer parti de leurs ressources tout en attirant les capitaux nécessaires aux grands projets. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la communauté économique régionale ouest-africaine. Mais la hausse des volumes extraits ne dit pas, à elle seule, quelle part de la valeur restera dans le pays ni comment elle sera répartie entre l’État, les entreprises et les communautés voisines.

À l’échelle nationale, la progression du secteur s’accompagne de projets distincts, à des stades différents. La mine de Koné, développée par Montage Gold, a réalisé une première coulée d’or le 26 septembre 2026. Ce jalon industriel ne signifie pas encore que le site a atteint un rythme de production commerciale durable.

Boundiali : des ressources estimées, pas encore une mine en production

Le groupe australien Aurum Resources développe le projet de Boundiali. Le 8 octobre 2026, le gouvernement ivoirien a indiqué que l’entreprise évaluait à environ 100 tonnes les ressources aurifères identifiées dans la zone. Le résumé du projet évoque, lui, une estimation de 115 tonnes. Ces chiffres ne doivent pas être confondus avec une quantité d’or déjà extraite ou vendue.

Les données publiées par Aurum en mai 2026 font état d’une ressource minérale de 3,22 millions d’onces, soit environ 100 tonnes d’or contenu selon la conversion usuelle. En juin, l’entreprise a également déclaré une réserve probable de 1,21 million d’onces, environ 37,6 tonnes. Une ressource est une estimation géologique; une réserve désigne la part jugée exploitable dans les conditions retenues par une étude minière. Les deux mesures ont donc des périmètres et des niveaux de certitude différents.

Cette distinction explique pourquoi les chiffres communiqués ne coïncident pas nécessairement. Aurum poursuit des forages et une étude de faisabilité détaillée, qui doit préciser le plan d’exploitation, les coûts et les conditions de mise en œuvre. L’entreprise vise une décision finale d’investissement vers la fin de 2026 et une première production au premier semestre 2028, sous réserve de l’aboutissement des étapes nécessaires.

Financement, emplois et retombées locales

Le gouvernement ivoirien chiffre l’investissement du projet à environ 503 millions de dollars. C’est un engagement important, mais le montant annoncé ne suffit pas à établir que le financement est entièrement bouclé. La construction, la mise en service des installations et la montée en puissance de la production dépendront notamment des résultats des études, des autorisations et de la mobilisation des fonds.

Aurum présente une exploitation à ciel ouvert et prévoit une production moyenne d’environ 185 000 onces par an durant les cinq premières années, soit près de 5,8 tonnes annuelles. Il s’agit d’une prévision issue de l’étude préliminaire, et non d’une production déjà constatée. Le gouvernement rapporte par ailleurs des estimations d’environ 4 200 emplois directs et indirects pendant la construction, puis 2 200 en phase de production. Ces annonces ne précisent pas encore la part des recrutements locaux, leur durée ni les qualifications requises.

Pour les habitants de Boundiali et des localités environnantes, les effets dépendront donc de mécanismes concrets : accès des entreprises ivoiriennes aux marchés du chantier, formation, infrastructures, gestion de l’eau et suivi des impacts environnementaux. Le ministre des Mines a indiqué que les grands projets devraient aussi financer des réalisations structurantes pour les régions concernées. Leur contenu et leur calendrier restent à préciser.

Les retombées ne se répartissent pas uniformément. Les emplois directs peuvent bénéficier à des travailleurs qualifiés, tandis que les commerces et activités informelles peuvent profiter — ou subir — des changements liés au chantier. Les communes rurales concernées ont, elles, besoin d’informations accessibles sur les terres, l’eau, les indemnisations et les voies de recours. Ces enjeux ne se règlent pas par le seul volume d’or estimé.

Un test pour la stratégie minière ivoirienne

Boundiali pourrait renforcer la place de la Côte d’Ivoire parmi les producteurs d’or de la région. Mais l’enjeu dépasse le classement des volumes : il s’agit aussi de transformer un investissement minier en recettes publiques vérifiables, en compétences durables et en bénéfices locaux, tout en contrôlant les risques environnementaux.

Les prochaines étapes à suivre sont la publication des résultats de l’étude détaillée, la décision d’investissement attendue par l’entreprise, l’avancement des permis d’exploitation et la confirmation du calendrier de construction. D’ici là, les estimations de ressources, le financement annoncé et la production prévue doivent rester présentés comme des données de projet, distinctes de résultats déjà acquis.

Sources de recoupement : données du projet aurifère de Boundiali publiées par Aurum Resources, annonce du gouvernement ivoirien sur le projet et son calendrier, bilan officiel de la production minière ivoirienne, compte rendu de l’agence APA sur la première coulée à Koné.