À quelque 125 kilomètres au sud-ouest de Ouagadougou, des forages viennent d’élargir les perspectives du projet aurifère Bido. Mais entre une cible géologique et une mine, il reste des étapes décisives : confirmer le gisement, obtenir les financements et établir la viabilité d’une exploitation.

Une cible prometteuse, pas encore une ressource

Le 8 octobre 2026, la société britannique Panthera Resources a annoncé une cible d’exploration de 700 000 à 1,6 million d’onces d’or sur le prospect de Kwademen, dans le permis Bido, au Burkina Faso. Cette fourchette est conceptuelle. Elle ne constitue ni une estimation de ressource minérale ni une réserve exploitable : l’entreprise précise que les travaux disponibles ne suffisent pas encore à établir une ressource selon les règles du code JORC, référentiel australasien de déclaration des ressources minières.

Le programme de forages à circulation inverse, une méthode qui remonte des échantillons de roche par air comprimé, a notamment révélé 56 mètres à 1,16 gramme d’or par tonne à partir de 76 mètres de profondeur. Une autre intersection a donné 40 mètres à 0,59 gramme par tonne dès 10 mètres. Ces résultats ont été obtenus au prospect de Kwademen, dans une campagne de suivi menée au second semestre 2026.

La cible repose sur ces intersections et sur les résultats moins riches de 22 autres trous dans la zone ouest. Panthera décrit une minéralisation suivie sur environ 1 400 mètres, mais souligne que l’espacement des forages reste trop large pour délimiter une ressource. L’étape annoncée est un forage plus rapproché dans le secteur à teneur plus élevée. Des anomalies géochimiques et géophysiques alentour n’ont pas encore été testées par forage.

Un portefeuille partagé entre le Burkina Faso et le Mali

Bido s’inscrit dans un portefeuille d’exploration réparti entre le Burkina Faso et le Mali. Au Burkina Faso, Panthera détient 80 % du projet Bido. L’entreprise est aussi liée au projet Cascades par sa participation dans Moydow et par des accords avec son partenaire DFR Gold. Le rapport annuel de Panthera indique que Cascades dispose d’une estimation publiée de 635 000 onces, réparties entre ressources indiquées et inférées, catégories qui expriment des degrés différents de confiance géologique.

Au Mali, le projet Kalaka comprend une estimation de 803 000 onces inférées au gisement K1A. « Inférées » signifie que les données disponibles donnent une première indication de la présence et du volume du minerai, mais avec une confiance moindre que pour les catégories indiquées ou mesurées. Le projet Bassala, également malien, reste à un stade d’exploration. Le renouvellement des permis de Kalaka et Bassala était toujours en cours au moment du rapport annuel de Panthera, publié en septembre 2026.

Cette incertitude administrative compte autant que les résultats géologiques. Panthera indique que la poursuite des travaux à Kalaka dépend du renouvellement du permis, et que ses activités ou options de financement pour l’ensemble du portefeuille sont en réexamen. Le rapport annuel précise aussi qu’aucun forage n’a été effectué à Kalaka pendant l’exercice clos le 31 mars 2026. Les perspectives présentées pour les différents projets ne signifient donc pas qu’ils avanceront au même rythme.

Des règles minières en évolution

Les deux pays cherchent à redéfinir la part de valeur qui reste sur leur territoire. Au Burkina Faso, le code minier adopté en juillet 2024 renforce la participation de l’État et des investisseurs burkinabè dans les sociétés d’exploitation. Au Mali, le code minier de 2023 et ses textes d’application encadrent les permis et la participation nationale. Ces réformes ne déterminent pas, à elles seules, l’issue de Bido ou de Kalaka, mais elles s’inscrivent dans un contexte où les contrats, les renouvellements et la répartition des revenus miniers sont davantage scrutés.

Pour les États, un projet aurifère peut contribuer aux recettes publiques, aux infrastructures et à l’emploi. Pour les communautés proches des sites, les retombées dépendent aussi des recrutements locaux, des achats auprès d’entreprises nationales et de la gestion des terres et de l’eau. À ce stade, Bido demeure un projet d’exploration : aucun calendrier d’exploitation ni bénéfice local précis ne peut être déduit de la seule cible d’onces annoncée.

Le contexte régional rappelle également que le potentiel géologique ne protège pas les entreprises des risques de marché et de gouvernance. En 2025, le Conseil mondial de l’or a relevé une hausse de la production au Ghana, tandis que la production malienne reculait sous l’effet, notamment, de l’interruption de Loulo-Gounkoto. Ces trajectoires différentes montrent que les grands producteurs ouest-africains ne sont pas interchangeables et que les évolutions d’un site peuvent peser sur les résultats nationaux.

La prochaine étape : vérifier, financer, convertir

Pour Bido, l’enjeu immédiat est de resserrer le maillage des forages afin de vérifier la continuité des zones minéralisées et, éventuellement, d’en tirer une première estimation de ressource. Viendront ensuite les études sur la métallurgie, les coûts, l’accès aux infrastructures et les impacts environnementaux et sociaux. Chacune peut modifier la perspective économique du projet.

La cible annoncée apporte donc un nouvel élément à l’exploration aurifère burkinabè, mais elle ne garantit ni découverte de cette ampleur ni ouverture d’une mine. En parallèle, l’évolution des permis maliens reste déterminante pour Kalaka et Bassala. Dans une région où les gouvernements veulent accroître leur contrôle sur les ressources, la progression de ces actifs dépendra autant de la géologie que des autorisations, du financement et des conditions posées par les pays hôtes.

Catégorie : Économie