Dans les régions où l’eau manque, un arbre ne fournit pas seulement de l’ombre. Il protège les sols, nourrit les troupeaux, soutient des activités économiques et réduit les effets des sécheresses. Pourtant, ces paysages restent moins visibles dans les financements consacrés au climat que les grandes forêts tropicales.

Ce décalage concerne directement de nombreux territoires africains. Du Sahel à la Corne de l’Afrique, les populations rurales dépendent de formations forestières parfois clairsemées, de bosquets, de savanes arborées et d’arbres présents dans les champs. Leur valeur ne se mesure donc pas uniquement à la densité du couvert végétal.

Des forêts essentielles dans les régions les plus exposées

Les zones arides se caractérisent par une disponibilité limitée et irrégulière de l’eau. Elles couvrent environ 41 % des terres émergées de la planète et abritent plus de deux milliards de personnes, selon la FAO. Ces espaces comprennent une grande partie du Sahel, des régions d’Afrique de l’Est et australe, ainsi que des territoires d’Afrique du Nord.

Leurs forêts et leurs arbres jouent plusieurs rôles à la fois. Ils fournissent du bois-énergie, des fruits, des feuilles, du fourrage et des produits médicinaux. Ils alimentent aussi des marchés locaux, notamment grâce aux produits forestiers non ligneux, qui représentent une source de revenus pour de nombreuses familles.

Sur le plan écologique, les arbres ralentissent le ruissellement, favorisent l’infiltration de l’eau et limitent l’érosion. Ils contribuent également à maintenir la fertilité des terres agricoles. Dans les zones pastorales, ils offrent des ressources pendant les périodes où les pâturages se raréfient.

La FAO rappelle que près d’un quart des écosystèmes forestiers des zones arides serait déjà dégradé. Cette dégradation résulte notamment de l’extension agricole, de l’urbanisation, de l’extraction excessive du bois et de la pression exercée par l’élevage. Le changement climatique aggrave ensuite les tensions, avec des sécheresses plus fréquentes et des incendies plus difficiles à maîtriser.

Un appel lancé depuis Rome

Le sujet a été placé au centre de la dixième Semaine mondiale des forêts, organisée du 28 septembre au 2 octobre 2026 au siège de la FAO, à Rome. Cette rencontre accompagne la 28e session du Comité des forêts, l’instance intergouvernementale chargée d’orienter les travaux internationaux sur les écosystèmes forestiers.

La rencontre se tient sous le thème des forêts au service de l’alimentation, de la résilience et de la prospérité. La FAO y défend une meilleure prise en compte des forêts sèches dans les politiques liées au climat, à la biodiversité, à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la désertification.

Dans un message vidéo, le directeur général de l’organisation, Qu Dongyu, a estimé que ces écosystèmes restent « méconnus, insuffisamment surveillés et sous-financés ». Il appelle à transformer cette situation, alors que les forêts des zones arides soutiennent les moyens de subsistance et l’identité culturelle de plus de deux milliards de personnes.

La FAO propose la création d’un accélérateur d’appui aux forêts des zones arides. Cette plateforme aurait pour objectif de rapprocher les financements, les données, les administrations et les acteurs locaux. Elle chercherait aussi à diffuser plus rapidement des méthodes déjà expérimentées sur le terrain.

En Afrique, les solutions existent déjà

Le débat ne part pas de zéro. Dans plusieurs pays du Sahel, des agriculteurs protègent et régénèrent naturellement les arbres présents dans les champs. Cette pratique, connue sous le nom de régénération naturelle assistée, permet de restaurer des terres sans reconstituer artificiellement une forêt dense.

Au Niger, au Burkina Faso et au Mali, des initiatives locales ont montré que la gestion des arbres par les communautés peut améliorer la disponibilité du bois, du fourrage et de certains produits alimentaires. Ces résultats restent toutefois inégaux. Ils dépendent des droits fonciers, de la sécurité des espaces ruraux et de la capacité des autorités à reconnaître les règles locales de gestion.

La Grande Muraille verte constitue un autre cadre continental. Cette initiative africaine vise à restaurer des paysages dégradés dans la bande sahélienne. Elle ne repose plus seulement sur la plantation d’un alignement continu d’arbres. Elle associe désormais restauration des terres, agriculture, élevage, gestion de l’eau, emplois et développement de filières locales.

À l’échelle de l’Union africaine, l’initiative AFR100 prévoit de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030. Ces engagements donnent une direction commune, mais leur mise en œuvre exige des financements prévisibles, des données fiables et un suivi indépendant des résultats.

Le financement reste le principal verrou

Les projets de restauration dans les zones arides produisent des bénéfices importants, mais souvent sur plusieurs années. Ils attirent donc moins facilement les capitaux privés que les investissements offrant un retour rapide. Les collectivités rurales disposent, de leur côté, de marges budgétaires limitées.

La question porte ainsi moins sur l’absence de solutions que sur les conditions de leur déploiement. Les financements doivent soutenir les services forestiers, les collectivités, les organisations paysannes et les éleveurs. Ils doivent également couvrir la collecte de données, la surveillance des incendies et l’évaluation des résultats.

Les mécanismes de financement ne peuvent pas se limiter aux crédits carbone. Ces dispositifs peuvent contribuer à mobiliser des ressources, mais ils ne doivent pas remplacer les budgets publics ni créer de nouvelles contraintes pour les communautés qui vivent sur les terres restaurées.

La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification prévoit déjà de renforcer les financements destinés aux pays africains touchés par la sécheresse. Elle encourage notamment les subventions, les prêts concessionnels, les mécanismes régionaux et les solutions innovantes, comme certains échanges de dette contre des investissements environnementaux.

Un enjeu climatique, alimentaire et territorial

Pour les capitales africaines, l’enjeu est stratégique. La dégradation des terres affecte les rendements agricoles, les revenus pastoraux et l’approvisionnement en bois. Elle peut aussi accentuer les tensions entre agriculteurs et éleveurs lorsque les ressources deviennent plus rares.

Les effets ne sont cependant pas identiques partout. Les zones rurales dépendent directement des ressources forestières. Les villes, elles, subissent les conséquences à travers le prix du bois-énergie, les migrations saisonnières et la pression sur les marchés alimentaires. Les femmes et les jeunes sont souvent au premier rang des activités liées à la collecte, à la transformation et à la vente des produits forestiers.

La prochaine étape consistera à mesurer les engagements annoncés à Rome. Il faudra vérifier les montants effectivement mobilisés, la part destinée aux acteurs locaux et les résultats obtenus dans les territoires. Pour les pays africains, la restauration des zones arides ne relève donc pas d’un agenda environnemental isolé. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à l’emploi rural et à la résilience des économies locales.

Les informations de la FAO sur la Semaine mondiale des forêts 2026 sont disponibles dans la présentation officielle de la rencontre. Les données consacrées à l’appel sur les forêts des zones arides figurent également dans la communication publiée par la FAO.