En Afrique, restaurer les forêts ne consiste plus seulement à planter des arbres. Il faut aussi réparer des terres agricoles, sécuriser l’eau, soutenir les communautés et mesurer les résultats dans le temps. Les données publiées par la FAO montrent l’ampleur du défi, mais aussi le poids des engagements pris par plusieurs États.
Un continent fortement exposé à la dégradation des terres
L’Évaluation des ressources forestières mondiales 2025, connue sous l’acronyme FRA, examine l’évolution des forêts entre 1990 et 2025 à partir de données nationales et d’analyses par télédétection. Elle constitue l’un des principaux référentiels internationaux sur les ressources forestières.
Pour l’Afrique, les données mobilisées par la FAO font état d’environ 334 millions d’hectares de terres dégradées en 2019. Cette superficie représentait près de 12 % des terres du continent selon le périmètre retenu dans l’évaluation.
Le chiffre est toutefois passé de 174 millions d’hectares en 2015 à 334 millions en 2019. La progression ne traduit pas uniquement une accélération physique de la dégradation. Elle reflète aussi l’amélioration des données disponibles, des méthodes de cartographie et des outils de télédétection.
Cette précaution méthodologique est essentielle. Les estimations régionales ne reposent pas toujours sur les mêmes indicateurs. Le tableau de bord de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification affiche, pour sa part, 263,15 millions d’hectares de terres dégradées en Afrique, soit 11,96 % des terres déclarées. L’organisme précise que ses données restent partielles et dépendent des rapports transmis par les États.
Ces écarts ne rendent pas les chiffres inutiles. Ils montrent plutôt la nécessité d’harmoniser les définitions, les périodes de référence et les méthodes de suivi. Sans cette convergence, il devient difficile de comparer les progrès d’un pays à l’autre ou de vérifier l’impact réel des programmes.
L’Afrique concentre près de la moitié des engagements mondiaux
Le FRA 2025 recense 190,5 millions d’hectares d’engagements quantifiés de restauration forestière dans le monde. L’Afrique en représente 92,5 millions, soit 48,6 % du total communiqué par 91 pays.
Le continent devance ainsi l’Asie, qui totalise 73,5 millions d’hectares d’engagements. Cette première place ne signifie pas que l’Afrique dispose déjà des moyens nécessaires pour restaurer ces superficies. Elle traduit d’abord l’importance des objectifs annoncés par les gouvernements et les initiatives régionales.
L’Éthiopie prévoit de restaurer 22 millions d’hectares. Le Cameroun en annonce 12 millions. Ces deux pays figurent parmi les cinq États ayant déclaré les engagements les plus importants, aux côtés de la Chine, de l’Inde et du Brésil.
Ces annonces s’inscrivent dans une dynamique continentale plus large. Lancée en 2015, l’initiative AFR100 rassemble désormais 34 pays africains engagés à restaurer plus de 130 millions d’hectares de terres dégradées. Elle vise notamment à renforcer la sécurité alimentaire, la résilience climatique et les revenus des communautés rurales.
Entre promesses et réalisations, un écart encore important
Les superficies effectivement déclarées comme étant en restauration atteignent 7,91 millions d’hectares en Afrique. Ce volume équivaut à environ 9 % des engagements quantifiés. À l’échelle mondiale, la proportion atteint 23 %.
Cette comparaison doit cependant être maniée avec prudence. Les chiffres ne couvrent que les pays et territoires ayant communiqué des données quantitatives. Plusieurs grands pays forestiers africains n’ont pas fourni d’informations détaillées sur les superficies en cours de restauration.
La République démocratique du Congo, qui abrite une part majeure du bassin du Congo, figure parmi les pays dont les progrès ne peuvent pas être évalués précisément dans cette série de données. Cette absence ne permet pas de conclure à l’absence d’actions. Elle révèle surtout les limites du système de suivi.
Les résultats disponibles montrent néanmoins des écarts considérables entre les États. L’Éthiopie déclarait cinq millions d’hectares de forêts en restauration, soit 19 % de sa superficie forestière. Madagascar annonçait 1,51 million d’hectares, représentant 15 % de ses forêts.
Dans ces pays, la restauration combine plusieurs approches. Elle peut passer par la régénération naturelle assistée, l’agroforesterie, la lutte contre l’érosion, la remise en état des bassins versants ou la reconstitution de couvert végétal. Planter des arbres ne constitue donc qu’un outil parmi d’autres.
Le financement reste le principal verrou
La FAO estime que les financements mondiaux consacrés à la restauration doivent quadrupler. Ils devraient passer de 64 milliards de dollars en 2022 à 296 milliards de dollars par an d’ici 2030. Le rapport ne fournit pas de montant spécifique pour l’Afrique.
Pour les États africains, l’enjeu porte autant sur le volume des financements que sur leur accessibilité. Les projets situés dans les zones rurales éloignées rencontrent souvent davantage de difficultés pour obtenir des ressources, produire des données vérifiables et maintenir les actions sur plusieurs années.
Les effets ne sont pas identiques selon les territoires. Dans les zones semi-arides, restaurer les sols peut améliorer la disponibilité du fourrage et réduire la pression sur les pâturages. Dans le bassin du Congo, la priorité porte davantage sur la protection des forêts naturelles, les droits d’usage et la valorisation durable des produits forestiers.
Les populations locales occupent une place centrale dans cette équation. Une restauration imposée sans garanties sur l’accès à la terre ou aux ressources peut créer de nouvelles tensions. À l’inverse, des programmes associant agriculteurs, éleveurs, collectivités et autorités coutumières peuvent renforcer la durabilité des résultats.
Un enjeu régional et continental
La restauration forestière concerne plusieurs cadres africains à la fois. Elle rejoint les objectifs de l’Union africaine, les engagements d’AFR100, les travaux de la Commission des forêts d’Afrique centrale et les programmes liés à la Grande Muraille verte.
Elle touche aussi directement la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique. Des sols mieux protégés, des bassins versants restaurés et des forêts mieux gérées peuvent réduire les risques pour les exploitations agricoles et les villes situées en aval.
La 28e session du Comité des forêts de la FAO, organisée à Rome du 28 septembre au 2 octobre 2026, a placé la restauration des forêts et des paysages au centre des échanges internationaux. Pour les pays africains, la prochaine étape sera de transformer les engagements chiffrés en programmes financés, suivis et vérifiables.
Le FRA 2025 livre donc un message double. L’Afrique porte la plus grande part des promesses mondiales de restauration. Mais elle doit encore renforcer les capacités nationales, la transparence des données et le financement de long terme. La crédibilité de ces engagements se mesurera désormais moins au nombre d’hectares annoncés qu’aux changements observables sur le terrain.