Au Mozambique, la prochaine saison des pluies pourrait opposer deux risques en même temps : le manque d’eau dans le centre et le sud, puis des pluies intenses et des inondations dans le nord. Cette configuration complique la préparation des agriculteurs, des autorités et des organisations humanitaires.

Les prévisions disponibles pour la saison 2026-2027 annoncent un épisode El Niño particulièrement marqué. Ce phénomène climatique, lié au réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, modifie les régimes de pluie à plusieurs milliers de kilomètres de son lieu d’apparition.

Un risque climatique inégal selon les provinces

Les agences des Nations unies et leurs partenaires s’attendent à des conditions plus sèches dans plusieurs zones du centre et du sud du Mozambique. Les provinces de Gaza, Inhambane, Maputo, Tete et Sofala pourraient être confrontées à une baisse des précipitations, avec des effets directs sur les cultures, les pâturages et les réserves d’eau.

Dans le même temps, le nord du pays reste exposé aux pluies abondantes, aux crues et aux cyclones tropicaux. Le phénomène El Niño ne produit donc pas un effet uniforme. Il peut accentuer la sécheresse dans une région et renforcer les risques d’inondation dans une autre.

Cette réalité géographique est essentielle pour comprendre la situation mozambicaine. Le pays s’étend sur plus de 2 000 kilomètres le long de l’océan Indien. Ses bassins fluviaux, ses plaines côtières et ses zones agricoles ne réagissent pas de la même manière aux anomalies climatiques.

Les Nations unies au Mozambique indiquent que les prévisions pointent vers un épisode potentiellement record pendant la saison 2026-2027. La FAO et le Programme alimentaire mondial ont donc réuni leurs partenaires à Maputo afin de renforcer les mesures d’anticipation avant le pic attendu des impacts.

Ces mesures consistent notamment à agir avant la catastrophe. Elles peuvent inclure la distribution de semences adaptées, la protection du bétail, le prépositionnement de stocks, l’amélioration des alertes météorologiques et l’aide financière aux ménages les plus exposés.

Des communautés déjà fragilisées

Le Mozambique aborde cette nouvelle alerte après plusieurs épisodes climatiques difficiles. Le pays a subi des sécheresses liées à El Niño, mais aussi des pluies extrêmes, des crues et des cyclones meurtriers au cours des dernières années.

En janvier 2026, des inondations ont touché plus d’un demi-million de personnes dans plusieurs provinces, dont Gaza. Certaines familles n’avaient pas encore réparé leurs habitations, reconstitué leurs élevages ou relancé leurs activités agricoles lorsque les nouvelles alertes climatiques ont commencé à se préciser.

La succession des chocs réduit la capacité de récupération des ménages. Une période sèche peut diminuer les récoltes et les revenus. Une inondation qui survient ensuite peut détruire les semis, contaminer les points d’eau et interrompre les routes reliant les marchés aux zones rurales.

Les conséquences ne seront pas les mêmes pour tous. Dans les campagnes, les petits exploitants dépendent directement du calendrier des pluies. Dans les villes, les ménages modestes restent particulièrement vulnérables à la hausse du prix des denrées, aux coupures d’eau et aux inondations urbaines.

Les femmes jouent souvent un rôle central dans l’approvisionnement en eau, la production alimentaire et les soins aux enfants. Lorsque les sources se tarissent ou que les routes sont coupées, leur charge de travail augmente. Les enfants peuvent aussi subir des interruptions scolaires et davantage de risques sanitaires.

Le nord du Mozambique doit, lui, composer avec une autre fragilité : le conflit armé qui persiste dans la province de Cabo Delgado et touche aussi des zones voisines. Les déplacements de population compliquent l’accès aux terres, aux services de santé et aux mécanismes d’alerte.

La préparation passe par les institutions mozambicaines

Les organisations internationales insistent désormais sur le passage d’une logique de réaction à une logique d’anticipation. L’objectif est de déclencher une aide avant que les pertes agricoles, les déplacements et les pénuries ne deviennent irréversibles.

Le Mozambique dispose d’un cadre national consacré à l’action anticipée. Son efficacité dépend toutefois de la circulation rapide des informations entre les services météorologiques, les autorités provinciales, les communautés et les acteurs humanitaires.

Les alertes doivent aussi être compréhensibles et accessibles. Une prévision diffusée uniquement dans les capitales provinciales ne protège pas une famille vivant loin des réseaux de communication. Les messages doivent parvenir aux villages, aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux responsables locaux dans des langues adaptées.

La Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, coordonne de son côté les réponses régionales face aux sécheresses, aux inondations et à l’insécurité alimentaire. Le Mozambique partage avec plusieurs pays voisins des bassins fluviaux et des marchés agricoles. Une mauvaise saison peut donc affecter les échanges au-delà de ses frontières.

La coordination régionale concerne aussi les stocks alimentaires, les données météorologiques et les corridors de transport. Lorsque les routes mozambicaines sont coupées, les conséquences peuvent atteindre les échanges avec le Malawi, la Zambie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud.

Le débat sur les responsabilités climatiques

Le Mozambique contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il figure parmi les pays les plus exposés aux conséquences du dérèglement climatique. Cette contradiction nourrit la demande de financements pour l’adaptation et la prévention.

Le pays possède pourtant d’importantes ressources gazières et minières. Leur exploitation attire des investissements et peut soutenir les recettes publiques. Elle soulève aussi des questions sur les émissions, la protection des communautés et les risques environnementaux à long terme.

Les Nations unies appellent les entreprises, notamment les multinationales du secteur des énergies fossiles, à respecter les droits humains et à prévenir les dommages prévisibles. Pour les autorités mozambicaines, l’enjeu consiste à concilier développement économique, souveraineté sur les ressources et protection des populations.

Cette discussion ne se limite pas aux engagements internationaux. Elle concerne les terres agricoles, l’accès à l’eau, les compensations après les déplacements et la transparence des projets implantés dans les provinces.

Une alerte qui dépasse le Mozambique

La saison 2026-2027 servira de test aux dispositifs de prévention en Afrique australe. Les pays de la SADC doivent surveiller simultanément les déficits pluviométriques, les crues, les cyclones et l’évolution des prix alimentaires.

Pour le Mozambique, la priorité sera de protéger les semis, les troupeaux, les points d’eau et les infrastructures essentielles avant les premiers chocs. Il faudra également maintenir les canaux d’aide dans les zones touchées par le conflit et les déplacements.

La progression d’El Niño est suivie par les centres météorologiques internationaux et régionaux. Mais les prévisions ne suffiront pas sans décisions rapides sur le terrain. Le prochain enjeu sera donc de transformer l’alerte climatique en mesures concrètes, province par province, avant que la saison des pluies ne referme la fenêtre d’action.