Dans les Hauts Plateaux algériens, la transition énergétique quitte progressivement le stade des annonces pour entrer dans celui des appels d’offres. À Laghouat et Djelfa, deux projets éoliens doivent ajouter 200 mégawatts au réseau national. L’enjeu dépasse toutefois la construction de quelques turbines : il s’agit de réduire la pression exercée par la demande électrique sur le gaz naturel.

Deux sites au cœur du prochain virage éolien

Le groupe public Sonelgaz a lancé, le 30 septembre 2026, un appel d’offres national et international pour réaliser deux fermes éoliennes de 100 mégawatts chacune. La première doit être implantée à Tilghemt, dans la wilaya de Laghouat. La seconde est prévue dans la wilaya de Djelfa.

Le marché couvre l’ensemble de la chaîne de réalisation. Il comprend les études, l’ingénierie, le génie civil, la fourniture et le transport des équipements. Le montage, la formation, les essais, la mise en service et les ouvrages de raccordement au réseau de transport sont également inclus.

Les entreprises candidates doivent justifier une expérience dans des projets comparables. Elles doivent aussi présenter des capacités techniques et financières suffisantes. Les sociétés étrangères peuvent concourir seules ou en groupement. Les entreprises algériennes doivent, elles, s’associer à un partenaire étranger.

Les offres techniques et financières doivent être déposées au plus tard le 25 novembre 2026 auprès de Sonelgaz, à Alger. Cette échéance ouvre désormais une phase décisive : celle de la sélection des partenaires, puis de la transformation du projet en capacités effectivement disponibles.

Un projet important dans un système dominé par le gaz

La production d’électricité en Algérie reste très largement fondée sur le gaz naturel. Cette ressource permet de répondre rapidement aux pointes de consommation, notamment pendant les périodes de forte chaleur. Elle soutient aussi un réseau électrique qui dessert plus de 12 millions d’abonnés et affiche un taux d’électrification proche de 99 %.

Cette performance nationale crée cependant une contrainte. Plus la consommation intérieure progresse, plus une part importante du gaz disponible est utilisée pour produire de l’électricité. La diversification du mix peut donc préserver davantage de volumes pour l’industrie, la pétrochimie ou les exportations, tout en limitant l’exposition du système aux fluctuations du marché gazier.

Les deux futures fermes représenteraient le plus important projet éolien engagé en Algérie depuis la mise en service du parc de Kabertene, près d’Adrar. Ce dernier dispose d’une puissance de 10 mégawatts. À eux seuls, les nouveaux projets multiplieraient donc fortement la capacité éolienne installée dans le pays.

Selon les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, la capacité renouvelable algérienne atteignait environ 600,7 mégawatts en 2025. Cette puissance reste faible au regard de la taille du système électrique national. Elle demeure aussi très éloignée de l’objectif affiché par les autorités : porter les renouvelables à 30 % de la production électrique à l’horizon 2035.

Des ambitions anciennes, une mise en œuvre encore inégale

L’Algérie travaille sur le développement des énergies renouvelables depuis plus d’une décennie. En 2011, un programme national prévoyait l’installation de 22 000 mégawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2030. Le plan devait répondre à la demande intérieure et ouvrir, à terme, des possibilités d’exportation d’électricité.

Les objectifs ont ensuite été ajustés. En 2024, les autorités ont évoqué une fourchette comprise entre 15 000 et 22 000 mégawatts à installer d’ici 2030-2035. Dans les faits, le déploiement a longtemps avancé plus lentement que prévu.

Le solaire photovoltaïque concentre aujourd’hui l’essentiel des nouveaux projets. Le programme de centrales solaires réparties dans plusieurs wilayas doit renforcer la production en journée. L’éolien apporte une autre réponse, car ses périodes de production peuvent compléter celles du solaire, selon les conditions météorologiques et les caractéristiques des sites.

Cette complémentarité ne règle pas tout. Les énergies solaire et éolienne produisent de manière variable. Le réseau doit donc absorber des injections fluctuantes, transporter l’électricité sur de longues distances et maintenir l’équilibre entre production et consommation. Les projets de Laghouat et Djelfa incluent précisément les infrastructures nécessaires à leur raccordement.

Le réseau et les procédures au centre des enjeux

Le succès de l’appel d’offres dépendra autant de la construction des parcs que de leur intégration au système électrique. La Commission de régulation de l’électricité et du gaz encadre déjà les mécanismes d’appel d’offres et les conditions de vente de l’électricité renouvelable.

Sur le terrain, plusieurs obstacles peuvent ralentir les calendriers. Des analyses consacrées au secteur citent la complexité administrative, la coordination imparfaite entre les institutions, les délais de financement et la capacité limitée de certaines infrastructures à accueillir une production décentralisée.

Pour Sonelgaz, l’enjeu est aussi industriel. Les clauses imposant aux entreprises algériennes de travailler avec des partenaires étrangers peuvent favoriser le transfert de compétences. Elles peuvent également créer des débouchés pour les bureaux d’études, les entreprises de génie civil, la maintenance et la formation technique.

Les retombées ne seront toutefois pas identiques partout. Les wilayas d’accueil pourraient bénéficier de travaux, d’emplois spécialisés et d’activités de maintenance. Les consommateurs des grands centres urbains profiteront surtout d’un réseau plus diversifié. Dans les zones rurales, l’impact dépendra de la qualité des raccordements et des infrastructures associées.

Une portée qui dépasse les frontières algériennes

Le choix de Laghouat et de Djelfa inscrit les nouveaux projets dans l’espace des Hauts Plateaux, entre les grands centres du nord et les régions sahariennes. Cette localisation peut contribuer à mieux répartir les moyens de production, au lieu de concentrer les investissements autour de la capitale et du littoral.

À l’échelle nord-africaine, l’Algérie dispose d’un avantage majeur : un potentiel solaire considérable et des territoires adaptés à l’éolien. Mais elle partage avec ses voisins une même difficulté. Produire davantage d’électricité renouvelable exige des réseaux renforcés, des financements stables et des règles suffisamment lisibles pour attirer les équipementiers et les développeurs.

La trajectoire algérienne intéresse aussi l’Union africaine, qui cherche à accélérer l’accès à une énergie fiable tout en développant des sources moins carbonées. Pour l’instant, les 200 mégawatts annoncés ne changent pas la structure du mix national. Ils constituent plutôt un test de crédibilité.

Le prochain indicateur sera concret : la publication des résultats de l’appel d’offres, puis la signature des contrats et le lancement effectif des travaux. C’est à cette étape que l’ambition de 2035 commencera réellement à se mesurer.