Au Zimbabwe, l’enjeu d’un projet solaire ne se mesure pas seulement aux panneaux installés. Il se joue aussi dans la capacité à transformer un accord d’achat d’électricité en financement, puis en centrale réellement raccordée au réseau. Vungu Solar vient de franchir une étape importante, sans avoir encore atteint le bouclage financier.
Un projet pilote dans un système sous tension
À Harare, les autorités cherchent à élargir la place des producteurs privés dans un secteur où le charbon et l’hydroélectricité restent centraux. Les pénuries d’électricité pèsent sur les ménages, les commerces et les activités industrielles. Les périodes de faible production hydroélectrique peuvent accentuer cette pression, tandis que les importations régionales dépendent aussi de l’électricité disponible chez les voisins.
Le défi est autant institutionnel que technique. La stratégie nationale de développement 2026-2030 recense plus de 170 producteurs indépendants enregistrés, mais seulement 48 étaient opérationnels en 2025. Ils fournissaient alors environ 4 % de l’électricité injectée dans le réseau. Ce décalage entre projets annoncés et centrales en service montre pourquoi l’accès au financement et la fiabilité des contrats comptent autant que les objectifs de capacité. La stratégie nationale zimbabwéenne sur l’énergie et les producteurs indépendants fournit ces données.
Le Zimbabwe fait partie de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui facilite la coopération économique et les échanges régionaux. Dans ce contexte, la Zambie voisine est à la fois un partenaire des discussions énergétiques et un acteur du marché électrique régional. Les deux pays ont notamment réuni investisseurs et responsables du secteur à Livingstone, en Zambie, lors du sommet Zim-Zam du 3 au 5 novembre 2026.
Standard Bank entre dans la phase de structuration
À cette rencontre, Vungu Solar a annoncé avoir désigné Standard Bank South Africa et Stanbic Bank Zimbabwe comme arrangeurs principaux mandatés. Leur rôle consiste à structurer le financement du projet et à organiser le processus de dette auprès de prêteurs potentiels. Il s’agit d’une étape de préparation financière, pas d’une annonce de fonds déjà mobilisés ni d’un démarrage des travaux.
La centrale photovoltaïque est prévue dans la province des Midlands. Elle doit fournir 30 mégawatts en courant alternatif, soit la puissance indiquée côté réseau. Le projet est porté par InfraCo, une plateforme du Private Infrastructure Development Group (PIDG), avec le développeur zimbabwéen Energywise Equipment et Impala Power. Le PIDG avait engagé 1,5 million de dollars en 2024 pour faire avancer son développement. La présentation du projet par le PIDG confirme sa puissance, son emplacement et ses partenaires.
Le calendrier comporte déjà deux jalons contractuels. Le gouvernement zimbabwéen a signé un accord de soutien au projet en juin 2025. En janvier 2026, Vungu Solar a conclu avec la Zimbabwe Electricity Transmission and Distribution Company (ZETDC), la société publique chargée du transport et de la distribution, un contrat d’achat d’électricité de 25 ans. Ce type de contrat précise les conditions selon lesquelles l’électricité produite doit être vendue à l’acheteur public.
La nomination des banques ouvre donc une nouvelle phase, mais elle ne garantit pas à elle seule la clôture du financement. Les partenaires indiquent viser cette étape en 2027. Il faudra ensuite suivre les décisions de prêt, la mobilisation des fonds, la construction et le raccordement. La société de projet a aussi présenté Vungu comme un projet pilote pour des documents contractuels standardisés, conçus pour rendre les futurs projets solaires plus faciles à évaluer par les investisseurs.
Des bénéfices possibles, mais encore conditionnels
Si elle est construite et raccordée comme prévu, la centrale ajoutera une production solaire au réseau national. Cette énergie peut diversifier l’offre et contribuer à réduire la dépendance aux centrales thermiques ou à l’hydroélectricité, dont la production varie selon les conditions d’exploitation et les ressources disponibles. Mais 30 MW restent une contribution limitée à l’échelle des besoins du pays : Vungu ne peut, à lui seul, mettre fin aux coupures ni résoudre les difficultés financières et techniques du secteur.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Une production supplémentaire peut soutenir les entreprises connectées au réseau et les activités économiques dépendantes d’une alimentation régulière. Pour les ménages, l’amélioration dépendra aussi de la capacité du réseau à transporter l’électricité, de la situation financière de ZETDC et de la répartition de l’offre entre villes et zones rurales. Une centrale raccordée ne signifie donc pas automatiquement un accès plus fiable dans chaque localité.
La question du paiement est également déterminante. Les prêteurs évaluent notamment la capacité de l’acheteur public à honorer ses engagements sur la durée du contrat. La Banque mondiale relève que les difficultés financières des entreprises électriques zimbabwéennes limitent les investissements dans la production, le transport et la distribution, et contribuent au recours aux importations. Son analyse du secteur électrique zimbabwéen souligne ces contraintes. Pour Vungu, la crédibilité du contrat et la solidité de la structure de financement seront donc aussi importantes que l’ensoleillement du site.
Un test pour les futurs projets solaires
Le projet a une portée qui dépasse les Midlands. Le Zimbabwe cherche à rendre ses producteurs indépendants plus opérationnels, tandis que les pays de la SADC examinent comment développer les échanges d’électricité et attirer les capitaux nécessaires à de nouvelles infrastructures. Le sommet Zim-Zam illustre ces liens entre production nationale, coopération entre voisins et financement régional.
Vungu servira surtout de test pratique : les contrats standardisés et l’appui des banques permettront-ils de convertir un projet soutenu par l’État en centrale financée puis construite ? La prochaine échéance à surveiller est le bouclage financier annoncé pour 2027. D’ici là, la mobilisation effective des prêteurs, les étapes de construction et le raccordement au réseau diront si ce modèle peut faciliter d’autres investissements solaires au Zimbabwe.