À Kindu, disposer d’électricité fiable peut changer le fonctionnement d’une école, d’un centre de santé ou d’un atelier. Dans le Maniema, la pose de la première pierre d’une centrale solaire à Mikelenge met en lumière un enjeu plus vaste : produire davantage ne suffit pas si les réseaux et les équipements ne permettent pas d’alimenter durablement les habitants.

Une province où la capacité installée reste limitée

Le Maniema disposait en 2024 de 18,7 mégawatts de puissance électrique installée, selon le rapport annuel de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Ce total regroupe 17 mégawatts hydroélectriques et 1,7 mégawatt thermique. Il décrit la puissance théorique des installations recensées, pas nécessairement l’électricité disponible à tout moment : certaines centrales du pays sont à l’arrêt ou fonctionnent en dessous de leurs capacités.

Ce point est essentiel. Une centrale installée ne garantit ni une production régulière ni un raccordement pour les ménages. L’état des équipements, le transport de l’électricité et la distribution locale comptent aussi. Dans une province étendue, des villages éloignés des principaux centres peuvent rester hors réseau, même quand une installation existe à proximité.

Le Maniema n’est pas un cas isolé. En République démocratique du Congo, les infrastructures de production sont inégalement réparties entre les provinces. Le rapport 2024 de l’ARE recense 3 646,5 mégawatts installés au niveau national, dont une part importante se concentre dans le Kongo-Central et le Lualaba. Ces chiffres donnent une mesure du parc recensé, mais ne disent pas à eux seuls combien de personnes bénéficient effectivement d’un service fiable.

Mikelenge : une centrale solaire et un réseau à construire

Le 26 octobre 2026, la Première ministre Judith Suminwa a posé la première pierre d’une centrale photovoltaïque de 3 mégawatts-crête à Mikelenge, près de Kindu. D’après l’Agence congolaise de presse, le projet prévoit un stockage par batteries de 2,5 mégawattheures et deux groupes électrogènes de secours de 630 kilovoltampères chacun. Le chantier est porté par l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain, avec l’appui du Fonds de promotion de l’industrie.

Les autorités annoncent le raccordement de 2 700 ménages, ainsi que d’établissements scolaires, de structures sanitaires et d’activités productives. L’installation doit aussi s’accompagner d’un réseau de distribution. C’est ce dernier maillon qui transformera la capacité de production en service concret : sans lignes, raccordements et entretien, l’énergie produite ne parvient pas nécessairement aux usagers visés.

Le projet s’inscrit dans un plan d’électrification du Maniema couvrant 2026-2036. Les objectifs présentés prévoient de porter la puissance installée provinciale à 25 mégawatts en 2030, puis à 65 mégawatts en 2036. Le programme prévoit notamment des mini-réseaux solaires hybrides dans les chefs-lieux des territoires, ainsi que la réhabilitation et l’extension de centrales hydroélectriques existantes. Il s’agit de projections, dont la réalisation dépendra du financement, de la construction des réseaux et de la disponibilité des équipements.

Le défi national : relier les capacités aux besoins

À l’échelle du pays, l’écart entre potentiel énergétique et accès réel demeure considérable. L’ARE estime la capacité installée nationale à environ 4 133 mégawatts en 2025. Pourtant, les données de la plateforme Tracking SDG 7 de la Banque mondiale indiquent un taux d’accès à l’électricité de 11,3 % en 2024. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose : le premier comptabilise la puissance des installations, le second la part de la population ayant accès au service.

La fracture est aussi territoriale. Les centres urbains et les grands pôles économiques concentrent davantage d’infrastructures, tandis que de nombreuses communautés rurales restent difficiles à raccorder par des lignes longues et coûteuses. Pour les ménages, l’accès peut conditionner l’éclairage et la conservation des médicaments. Pour les petites entreprises et les producteurs, une alimentation irrégulière complique la transformation locale et peut imposer des solutions de secours plus coûteuses.

La RDC dispose pourtant de ressources importantes. Le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité recense environ 94 gigawatts de potentiel hydroélectrique, ainsi que des sites solaires. Mais transformer ce potentiel en électricité utilisable demande des investissements dans les centrales, les réseaux de transport et les systèmes de distribution. L’enjeu est donc autant celui des infrastructures et de leur maintenance que celui des ressources naturelles.

Un enjeu provincial, national et régional

Le Maniema est membre de la République démocratique du Congo, pays d’Afrique centrale qui participe aussi à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), une organisation régionale de coopération économique. Les interconnexions électriques et les échanges entre pays peuvent contribuer à la sécurité énergétique régionale. Toutefois, ils ne remplacent pas les réseaux locaux nécessaires pour desservir les villes secondaires et les zones rurales congolaises.

La centrale de Mikelenge permettra donc de mesurer une ambition concrète : associer production solaire, stockage, secours thermique et distribution dans une province où la capacité recensée reste modeste. Le suivi portera sur la mise en service effective, le nombre de raccordements réellement alimentés et la continuité du service. Ces résultats montreront si les objectifs provinciaux annoncés peuvent rapprocher l’électricité des habitants et soutenir les activités économiques locales.