Produire davantage de riz en Côte d’Ivoire ne dépend pas seulement des terres disponibles. Il faut aussi maîtriser l’eau, financer les équipements et organiser le stockage, la transformation et l’accès au marché. C’est sur plusieurs de ces maillons que le gouvernement ivoirien cherche désormais à attirer des partenaires italiens.
Des projets à financer, de l’irrigation à la transformation
Le 14 octobre 2026, à Abidjan, le ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini-Komoé, a présenté des projets agricoles à des entreprises italiennes. Selon l’Agence Ivoirienne de Presse, le portefeuille comprend 30 projets vivriers, dont 13 consacrés au riz. La rencontre s’inscrivait dans une démarche visant à mobiliser des financements et des technologies pour la production locale.
Les estimations du portefeuille rizicole font état de 731,6 milliards de FCFA d’investissements prévisionnels, soit environ 1,25 milliard de dollars. Ce montant correspond à des besoins envisagés, et non à des financements déjà engagés. Un projet phare prévoit l’aménagement de 35 000 hectares irrigués à Kossou et Buyo, pour un coût estimé à 355 milliards de FCFA, selon des comptes rendus de la rencontre.
Les autres pistes concernent notamment la mécanisation, la production de semences, la réhabilitation de périmètres rizicoles, le stockage et la modernisation des unités de transformation. L’intérêt de ces investissements dépendra de leur concrétisation, mais aussi de leur adéquation avec les besoins des producteurs et les conditions locales.
Un enjeu de production, mais aussi de pouvoir d’achat
La Côte d’Ivoire reste un important marché régional pour le riz importé. En 2024, ses importations ont atteint environ 1,6 million de tonnes, selon les données du département américain de l’Agriculture, reprises par les autorités françaises dans leur panorama des échanges agricoles. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estimait alors la production nationale à 1,55 million de tonnes et la demande entre 2,5 et 2,8 millions de tonnes.
Les chiffres ne se recouvrent pas toujours exactement : ils peuvent varier selon l’année commerciale retenue et selon qu’ils portent sur le riz paddy ou le riz usiné. Le rapport USDA pour la campagne 2025-2026 prévoit, lui, une production de riz usiné de 1,6 million de tonnes, des importations de 1,6 million et une consommation de 2,95 millions de tonnes. Ces estimations rappellent l’ampleur de l’écart à combler, sans constituer un bilan définitif de la campagne.
La dépendance aux achats extérieurs expose le marché ivoirien aux variations des prix mondiaux, du transport et des disponibilités chez les fournisseurs. Pour les ménages, le riz est un aliment de base : une hausse des coûts d’importation peut se répercuter sur les prix de détail. Pour les producteurs, davantage de débouchés ne garantit pas à lui seul un meilleur revenu. La qualité, les coûts de production, la collecte et la concurrence du riz importé comptent aussi.
L’investissement ne remplace pas l’organisation de la filière
Les compétences italiennes évoquées lors des échanges portent notamment sur la mécanisation et les équipements agro-industriels. Mais l’achat de machines ou la construction d’infrastructures ne suffisent pas à accroître durablement l’offre. Il faut aussi former les exploitants, assurer l’entretien des équipements et rendre les semences adaptées accessibles aux producteurs.
L’irrigation peut réduire la dépendance aux pluies et permettre une production plus régulière. Elle exige toutefois une gestion durable de l’eau, des règles d’accès claires et une répartition qui tienne compte des exploitations familiales. Les grands aménagements de Kossou et Buyo devront donc être évalués non seulement à l’aune de leur capacité de production, mais aussi de leurs effets sur les communautés et les terres concernées.
La Côte d’Ivoire a déjà engagé d’autres initiatives pour renforcer la chaîne de valeur du riz. Le gouvernement indique qu’un projet financé par la Banque islamique de développement doit soutenir les sites hydro-agricoles, les semences, la transformation et la commercialisation. En 2025, la FAO avait également annoncé un appui japonais à la digitalisation de la filière. Ces programmes montrent que les capitaux italiens s’inscriraient dans un effort plus large, plutôt que dans une démarche isolée.
Une stratégie nationale aux répercussions ouest-africaines
Le développement du riz figure parmi les priorités agricoles ivoiriennes pour la période 2026-2030. La question dépasse toutefois les frontières nationales. La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui soutient la coopération régionale en matière agricole et de sécurité alimentaire. Une hausse de la production ivoirienne pourrait modifier les échanges avec les pays voisins, mais son effet dépendra des volumes réellement disponibles, des prix et des règles commerciales.
Pour l’instant, la rencontre avec les entreprises italiennes marque une étape de prospection, pas la réalisation des projets annoncés. Les prochains repères seront la signature d’accords précis, la mobilisation effective des financements et le démarrage des chantiers. Il faudra également suivre la place réservée aux producteurs ivoiriens dans la conduite des projets et la répartition des bénéfices.
Sources consultées : Agence Ivoirienne de Presse sur les projets présentés, Le Méridien sur le portefeuille d’investissements, rapport USDA sur les céréales et le riz, FAO en Côte d’Ivoire sur la filière rizicole, gouvernement ivoirien sur le financement de la chaîne de valeur du riz, panorama des échanges agricoles de la Côte d’Ivoire.