Un investisseur tanzanien de plus en plus visible en Afrique australe
Dans une région où les marchés nationaux restent souvent étroits, les groupes privés qui savent circuler d’un pays à l’autre prennent un avantage décisif. Le conglomérat tanzanien MeTL, dirigé par Mohammed « Mo » Dewji, s’inscrit précisément dans cette logique : chercher de la croissance hors de Tanzanie, mais sans rompre avec l’ancrage est-africain qui a fait sa puissance.
Le 26 août à Gaborone, le président botswanais Duma Boko a reçu Mohammed Dewji. À l’issue de cet échange, le chef d’entreprise a exprimé son intérêt pour le Botswana, présenté comme une porte d’entrée vers le marché de l’Afrique australe, tandis que le président a salué la place croissante des entrepreneurs africains dans le financement du développement du continent. Le gouvernement botswanais a aussi signalé que des pistes existaient autour de la Bourse du Botswana et d’autres segments de l’économie.
Ce signal n’arrive pas dans le vide. Depuis le début de 2026, les autorités botswanaises ont engagé la Botswana Economic Transformation Programme, ou BETP, un programme de transformation économique qui vise à déplacer le pays d’une dépendance forte aux diamants vers une économie plus diversifiée, portée par l’investissement privé, les exportations et la création d’emplois. La Bourse de Gaborone, de son côté, affichait encore 1,06 trillion de pula de capitalisation totale au premier semestre 2026, preuve que le marché financier reste un instrument central de cette stratégie.
Des projets déjà annoncés au Kenya et au Mozambique
Le dossier botswanais s’ajoute à deux autres mouvements rendus publics plus tôt dans l’année. Au Mozambique, MeTL a annoncé le 18 août 2026 son intention d’investir 250 millions de dollars et de créer jusqu’à 20 000 emplois. L’annonce a été faite après une rencontre à Maputo entre Mohammed Dewji et le président Daniel Chapo. Plusieurs médias ont relayé l’information en citant les déclarations du dirigeant et l’écho officiel donné par les autorités mozambicaines.
Le contexte mozambicain explique en partie l’intérêt suscité par ce type de promesse. Le président Chapo a, ces derniers mois, multiplié les appels à l’investissement productif et à la relance du secteur extractif, dans un pays qui veut mieux convertir ses ressources en emplois et en industrie locale. L’exécutif a aussi remis sur la table des réformes des lois minières et pétrolières, signe d’une volonté de rendre l’environnement plus lisible pour le capital privé.
Au Kenya, la trajectoire est différente mais tout aussi révélatrice. En mai 2026, Mohammed Dewji a annoncé vouloir lancer à Mombasa une usine de boissons gazeuses d’une valeur de 6,5 milliards de shillings kényans, soit environ 50 millions de dollars. La construction devait démarrer dans l’année suivant l’annonce, ou passer par l’achat d’une unité existante. Plusieurs médias kényans ont présenté ce projet comme une première grande entrée de MeTL dans l’industrie locale des boissons, avec une logique de concurrence frontale sur les prix.
Un autre projet a ensuite été évoqué en juillet 2026 autour de la future raffinerie que le groupe Dangote envisage à Lamu, dans le nord côtier du Kenya. Des sources de presse ont indiqué que Dewji pourrait y injecter jusqu’à 100 millions de dollars, mais sans accord finalisé à ce stade. Cette prudence compte : entre intention, exploration et engagement ferme, le niveau d’avancement n’est pas le même.
Ce que révèle la stratégie de MeTL
MeTL n’est pas un nouvel arrivant dans la région. Le groupe, fondé en Tanzanie dans les années 1970 et aujourd’hui installé dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, dit opérer dans la fabrication, l’agriculture, la logistique, le commerce, les services et l’énergie. Son site institutionnel évoque une présence dans plus de six pays et quelque 37 000 emplois, même si ces chiffres relèvent de la communication d’entreprise et méritent d’être lus comme tels.
Le profil de Mohammed Dewji aide à comprendre la portée de ces annonces. La version publiée par la presse publique botswanaise rappelle qu’il a hérité du groupe familial avant d’en faire un acteur régional de premier plan, avec des intérêts allant des textiles à l’énergie, en passant par les télécommunications, l’immobilier, les mines et les boissons. Son nom est aussi associé à une fondation active dans l’éducation, l’eau potable et la santé, ce qui nourrit une image de capital privé africain capable de combiner rendement et visibilité sociale.
L’enjeu n’est pas seulement l’expansion d’une fortune privée. Il s’agit aussi d’une manière de redistribuer les flux d’investissement à l’intérieur du continent. Quand un groupe tanzanien regarde vers le Botswana, le Mozambique ou le Kenya, il montre que les capitaux africains peuvent circuler sans attendre un parrainage extérieur. Pour les gouvernements concernés, ces capitaux promettent emplois, transferts de savoir-faire et diversification industrielle. Pour les consommateurs, ils peuvent aussi signifier plus de concurrence, donc des prix plus bas et une offre plus large.
Mais les effets dépendent du niveau de concrétisation. Un projet annoncé ne vaut pas une usine sortie de terre. Un engagement de principe ne crée pas, à lui seul, des emplois durables. C’est pourquoi les calendriers, les terrains, les financements et les autorisations administratives restent déterminants. Au Botswana, Duma Boko a d’ailleurs reconnu que les procédures publiques pouvaient ralentir les affaires, tout en promettant des délais plus stricts et moins de bureaucratie. Ce point compte pour les investisseurs comme pour les PME locales, souvent les premières à subir les lenteurs de l’État.
Une dynamique à surveiller jusqu’aux prochaines étapes
La séquence en cours dit quelque chose de plus large sur l’économie politique régionale. L’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’océan Indien deviennent des espaces de compétition pour des capitaux africains qui cherchent des débouchés industriels, des marchés de consommation et des plateformes logistiques. Le Botswana veut attirer ce type d’argent pour accélérer sa transformation. Le Mozambique cherche à convertir ses ressources en emplois. Le Kenya, lui, reste un terrain de concurrence serrée dans l’agro-industrie, les boissons et l’énergie.
La prochaine étape, pour MeTL comme pour les autorités concernées, sera donc la traduction des annonces en décisions vérifiables. Au Botswana, il faudra voir si l’intérêt affiché débouche sur un dossier structuré autour de la Bourse et d’autres secteurs. Au Mozambique, il faudra préciser les filières, les localisations et les modalités du projet de 250 millions de dollars. Au Kenya, il faudra observer si les intentions autour de Mombasa et de Lamu se transforment en accords, en études techniques ou en travaux concrets. C’est à ce niveau que se mesurera la portée réelle de cette offensive d’investissement régionale.