Une baisse de droits de douane peut faciliter l’entrée d’un produit sur un marché. Elle ne garantit ni une commande, ni une marge, ni des emplois sur le continent. Pour les entreprises africaines qui visent la Chine, l’enjeu est donc double : trouver des acheteurs et conserver une part plus importante de la valeur créée.

Un accès élargi, mais pas identique pour tous

La neuvième China International Import Expo (CIIE), organisée à Shanghai du 5 au 10 novembre 2026, réunit entreprises et acheteurs autour des importations chinoises. Les autorités de Shanghai annoncent plus de 4 100 exposants étrangers. La présence à un salon ouvre des contacts ; elle ne transforme pas, à elle seule, ces rencontres en contrats durables. Les informations publiées par Shanghai sur la CIIE 2026 donnent la mesure de cette plateforme commerciale.

Le contexte douanier a changé quelques mois plus tôt. Depuis le 1er mai 2026, la Chine applique pendant deux ans un régime de droits nuls à 20 pays africains qui n’en bénéficiaient pas déjà. Avec les 33 pays les moins avancés déjà concernés, 53 des 54 États du continent disposent ainsi d’un accès sans droits de douane sur les lignes prévues. L’Eswatini, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec Pékin, reste à l’écart. Cette mesure réduit un obstacle à l’entrée, mais elle ne supprime ni les exigences sanitaires et techniques, ni les coûts de transport et de distribution. La décision de la Commission des tarifs douaniers chinoise précise le calendrier pour les 20 pays nouvellement couverts ; Associated Press a également rapporté l’entrée en vigueur du dispositif.

Cette ouverture concerne des économies très différentes : l’Afrique du Sud exporte notamment des produits agricoles et miniers, tandis que la Côte d’Ivoire et le Ghana occupent une place majeure dans le cacao. Les réponses ne peuvent donc pas être uniformes. Pour les pays membres de l’Union africaine, la question rejoint aussi un objectif plus large : transformer davantage de ressources sur place et développer des échanges entre économies africaines, plutôt que de dépendre uniquement de la vente de produits bruts à des marchés extérieurs.

Le déséquilibre commercial pose la question de la valeur

Les données douanières rapportées pour 2025 illustrent l’écart entre les flux. La Chine a exporté vers l’Afrique environ 225 milliards de dollars de marchandises et importé du continent près de 123 milliards. Ces deux montants indiquent un déficit commercial africain important dans les échanges de biens. Ils ne décrivent toutefois pas, à eux seuls, les investissements, les services ou les écarts entre pays. Le Centre d’études africaines de l’Université technologique de Nanyang reprend les données commerciales de 2025 et souligne leur déséquilibre.

La composition des échanges compte autant que leur volume. Les exportations africaines vers la Chine reposent largement sur les hydrocarbures et les minerais, tandis que les ventes chinoises comprennent beaucoup de produits manufacturés. Les matières premières rapportent des devises, mais la transformation, le conditionnement et une partie des emplois associés peuvent se réaliser ailleurs. L’ouverture tarifaire ne corrige pas automatiquement cette structure.

Une piste consiste à miser sur des produits finis dont l’origine, le design ou le savoir-faire peuvent les distinguer. Un sac en cuir conçu et fabriqué par un atelier africain ne se vend pas seulement par son prix : sa finition et son identité peuvent justifier un positionnement spécifique. De même, un chocolatier ivoirien peut proposer une tablette transformée en Côte d’Ivoire, où le travail sur la torréfaction et le goût s’ajoute à la valeur du cacao.

Cette stratégie n’assure pas le succès. Les marques doivent répondre aux normes chinoises, assurer une qualité régulière et construire un réseau de distribution. Le marché du luxe, souvent cité comme débouché pour les produits haut de gamme, connaît lui aussi des variations de demande. Un producteur a donc intérêt à tester ses produits à petite échelle, avec un partenaire local, avant d’investir dans une forte hausse de capacité. Des commandes renouvelées et une marge réelle sont des indices plus utiles qu’un simple intérêt exprimé sur un salon.

La compétitivité se construit aussi dans les usines

Tout ne passe pas par les produits de luxe. Des entreprises africaines peuvent fournir à des industriels chinois des produits agricoles préparés, des ingrédients ou des matières premières semi-transformées. Cette étape permet de vendre autre chose qu’une ressource brute, tout en intégrant un maillon de production sur le continent. Mais le prix, les volumes, la régularité et les délais doivent rester compatibles avec les besoins de l’acheteur.

Or, la fiabilité de l’électricité pèse directement sur ces conditions. Quand une coupure arrête une ligne, l’entreprise perd du temps de production tout en continuant à financer ses salariés et ses équipements. Un générateur peut prendre le relais, mais son carburant, son entretien et son achat augmentent le coût de chaque unité. La marge de négociation se réduit alors face à un acheteur capable de comparer plusieurs fournisseurs.

Une étude de la Banque mondiale estime que les coupures d’électricité sont associées, dans les entreprises étudiées, à une baisse de 2,7 % de la valeur ajoutée par travailleur et de 3,5 % de la productivité globale des facteurs. Ces estimations ne décrivent pas toutes les entreprises ni tous les pays africains. Elles montrent néanmoins pourquoi l’accès au réseau ne suffit pas : la continuité du service compte aussi. L’analyse de la Banque mondiale sur l’accès et la fiabilité de l’électricité en Afrique subsaharienne détaille ces effets.

Du salon aux contrats : les étapes à surveiller

Pour les gouvernements, l’enjeu dépasse la promotion des exportations. Les entreprises ont besoin d’infrastructures, de procédures douanières prévisibles, de laboratoires de contrôle et de financements adaptés à leurs cycles de production. Les administrations et les organisations professionnelles peuvent aussi aider les PME à comprendre les normes, protéger leurs marques et trouver des distributeurs. Sans ces relais, les coûts d’accès au marché risquent de favoriser surtout les groupes déjà capables de financer seuls la prospection et la logistique.

La CIIE sera donc un point de contact, pas un verdict sur le potentiel des exportateurs africains. La suite se mesurera aux accords signés, aux commandes répétées et à la part de transformation réalisée dans les pays producteurs. L’accès sans droits de douane offre une possibilité supplémentaire aux entreprises de 53 pays. Pour qu’elle augmente réellement les revenus et les emplois locaux, il faudra que l’énergie, la production et la distribution suivent.