Pour une entreprise basée au Burkina Faso ou au Mali, vendre dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) peut sembler plus simple que commercer au-delà de la région. Pourtant, les échanges entre les huit pays membres ne représentent encore qu’une part limitée de leur commerce total. Les chiffres du deuxième trimestre 2026 montrent à la fois une progression des flux régionaux et le chemin qui reste à parcourir.

Une hausse qui ne change pas encore l’équilibre commercial

Les échanges commerciaux entre les États de l’UEMOA ont atteint 1 485,7 milliards de francs CFA au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 11,8 % par rapport à la même période de 2025. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a publié ses données dans son bulletin statistique trimestriel, daté du 16 septembre 2026. La note régionale de conjoncture de l’UEMOA porte également sur le deuxième trimestre.

Cette augmentation accompagne une légère progression du poids du commerce interne dans l’ensemble des échanges de la zone : sa part est passée de 16 % au deuxième trimestre 2025 à 16,5 % un an plus tard. Autrement dit, la hausse est réelle, mais elle ne signifie pas que les économies de l’Union commercent principalement entre elles. La majorité de leurs échanges reste tournée vers des partenaires extérieurs.

L’UEMOA réunit le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle associe intégration économique et monnaie commune, le franc CFA d’Afrique de l’Ouest. Les huit États appartiennent aussi à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cadre régional plus vaste.

Des flux concentrés entre quelques pays

La progression des échanges ne profite pas uniformément aux membres de l’Union. Selon les données communiquées pour le trimestre, la Côte d’Ivoire fournit 35,8 % de l’offre échangée au sein de l’UEMOA. Le Sénégal en fournit 19,6 %. Ensemble, ces deux pays représentent ainsi 55,4 % de l’offre intra-communautaire.

Du côté des achats, le Burkina Faso arrive en tête avec 26 % de la demande intra-UEMOA, devant le Mali, qui en représente 18,8 %. Ces deux pays totalisent 44,8 % des flux achetés dans la zone. La position de pays fournisseur ou acheteur ne renseigne toutefois pas, à elle seule, sur la valeur ajoutée produite localement, le nombre d’entreprises concernées ou la répartition des bénéfices.

La composition des biens échangés souligne aussi le poids de l’énergie. Le pétrole représente 37,9 % des principaux produits vendus entre les membres. Viennent ensuite les matériaux de construction, à 8,8 %, les produits du cru — dont les céréales et les animaux vivants — à 6,9 %, puis les engrais et produits chimiques, à 6,4 %.

Cette structure met en évidence des besoins concrets : acheminer l’énergie et les intrants, approvisionner les chantiers et faire circuler les produits agricoles. Elle rappelle également que le développement des échanges ne se mesure pas seulement en valeur totale. La diversité des biens, leur transformation dans la région et la capacité des entreprises locales à accéder aux marchés comptent aussi.

Les formalités et les corridors, maillons décisifs

Pour les sociétés qui commercent d’un pays membre à l’autre, la proximité géographique ne suffit pas. Les démarches douanières, les justificatifs d’origine et les délais aux frontières peuvent peser sur le coût d’une livraison. Ces difficultés touchent particulièrement les petites entreprises, qui disposent de moins de moyens pour absorber les retards ou les frais administratifs. Elles peuvent aussi désavantager les commerçants qui travaillent dans des circuits moins formalisés.

La dématérialisation du certificat d’origine figure parmi les réponses engagées. Ce document permet d’établir qu’un produit respecte les règles d’origine de l’Union et peut donc bénéficier du régime commercial applicable aux marchandises communautaires. Le 11 mai 2026, un atelier de formation et de tests de la plateforme de certificat d’origine électronique s’est ouvert à Abidjan. Les exercices portaient sur le parcours du document, de la demande à sa transmission et à sa réception.

Cette initiative a été rapportée par le ministère ivoirien chargé du Commerce. Le portail du commerce extérieur de la Côte d’Ivoire a également présenté la formation et les tests. Le gain attendu — moins de papier, des démarches plus rapides et une meilleure traçabilité — dépendra cependant de la mise en œuvre dans les administrations et de l’accès effectif des entreprises à l’outil.

Les routes et leur gestion comptent tout autant. Les corridors reliant Abidjan à Ouagadougou ou Abidjan à Lagos structurent les déplacements de marchandises au-delà des frontières nationales. Leur modernisation et la coordination des contrôles peuvent faciliter le transport entre zones de production, marchés intérieurs et ports. Mais les bénéfices ne seront pas identiques pour tous : les grands opérateurs sont souvent mieux placés pour organiser leurs approvisionnements, tandis que les transporteurs et commerçants de moindre taille restent sensibles aux coûts et aux interruptions de circulation.

Le prochain enjeu : transformer la hausse en intégration

Le chiffre de 16,5 % donne une indication utile, mais il ne suffit pas à juger seul de l’intégration économique. Il ne dit pas si les échanges créent davantage de chaînes de valeur régionales, si les produits circulent à des prix plus accessibles, ni si les entreprises des huit pays peuvent répondre à la demande. La concentration de l’offre entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal invite aussi à observer comment les autres économies peuvent élargir leur production et leur accès aux débouchés.

La BCEAO publie les indicateurs de conjoncture, tandis que l’UEMOA poursuit ses travaux sur les échanges régionaux. Les résultats des dispositifs de facilitation, dont le certificat électronique, seront donc aussi importants que leur lancement. Il faudra suivre leur déploiement, leur utilisation concrète par les entreprises et les effets sur les délais et les coûts.

À l’échelle ouest-africaine, l’enjeu dépasse les frontières de l’UEMOA. La CEDEAO rassemble un ensemble de pays plus large, tandis que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à faciliter le commerce entre les États du continent. Une circulation plus fluide à l’intérieur de l’Union peut contribuer à ces dynamiques, sans garantir à elle seule une intégration plus vaste. Pour l’heure, le bilan du trimestre est contrasté : le commerce entre membres progresse, mais il reste minoritaire et fortement concentré par pays et par produits.