Dans le nord ivoirien, les projets solaires se multiplient. Mais entre une capacité annoncée et une électricité effectivement livrée, le calendrier des chantiers reste déterminant pour les habitants comme pour les entreprises. À Binguébougou, une centrale de 50 mégawatts-crête entre enfin en phase de construction après plusieurs années de préparation.
Un projet relancé après une longue attente
Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a posé la première pierre de la centrale le samedi 24 octobre 2026, dans la région du Poro. L’Agence Ivoirienne de Presse et l’Agence de Presse Africaine rapportent toutes deux cette date et la puissance annoncée de 50 MWc. Le mégawatt-crête mesure la puissance maximale théorique d’une installation solaire dans des conditions standard.
Le projet est porté par Korhogo Solaire, société liée au groupe émirien AMEA Power. Selon l’agence ivoirienne, le financement est entièrement privé. Les promoteurs et les autorités annoncent que la centrale doit améliorer l’accès à l’électricité pour plus de 300 000 personnes. Ce chiffre décrit un objectif de desserte, et non une mesure de nouveaux raccordements déjà réalisés.
L’initiative remonte à novembre 2016. À l’époque, l’État avait signé une concession pour une centrale de 25 MWc. Le projet a ensuite été redimensionné à 50 MWc. En mars 2025, le Conseil des ministres a déclaré d’utilité publique des parcelles destinées à cette extension et aux infrastructures associées. Cette chronologie officielle éclaire le délai entre la première convention et le lancement du chantier.
Le gouvernement n’a pas encore fourni, dans les éléments consultés, de date précise de mise en service. Le calendrier d’achèvement, le raccordement au réseau et les conditions d’accès effectif des ménages seront donc des indicateurs aussi importants que la pose de la première pierre.
Le nord, nouveau foyer d’investissements solaires
Binguébougou s’inscrit dans une vague de projets concentrés en partie dans le nord. Des centrales sont annoncées ou en développement à Korhogo, Katiola, M’Bengué, Kong et Tengréla, entre autres. À Tongon, dans le département de M’Bengué, un autre chantier de 52 MWc a été lancé le 23 octobre, selon le ministère et l’AIP. Ces projets sont distincts, même si leur proximité régionale nourrit une même stratégie d’extension du solaire.
Cette répartition géographique compte. La production solaire peut diversifier l’approvisionnement national, tandis que les raccordements et les lignes de transport déterminent si l’électricité profite aux localités proches ou circule vers les principaux centres de consommation. Les bénéfices pour les résidents dépendront aussi de la fiabilité du réseau, du coût des branchements et de la capacité à fournir l’électricité aux heures où la demande est forte.
Le chantier peut mobiliser des emplois pendant sa construction et créer des besoins de maintenance par la suite. Toutefois, aucune estimation détaillée, vérifiée par une seconde source, n’a été établie ici pour le nombre d’emplois propres au projet de Binguébougou. Il serait donc prématuré de présenter ces retombées comme acquises ou de les chiffrer davantage.
Diversifier sans négliger le réseau
La Côte d’Ivoire cherche à réduire sa dépendance à la production thermique, notamment au gaz, tout en répondant à une demande d’électricité en hausse. Les données de mix peuvent varier selon qu’elles portent sur la production ou sur la capacité installée. Une page économique publique ivoirienne indique que le mix de production est majoritairement thermique et fixe à 45 % la part visée pour les énergies renouvelables en 2030. L’hydroélectricité constitue déjà une part importante de cette production renouvelable.
Le solaire ne remplace donc pas à lui seul le gaz ou les barrages. Sa production dépend de l’ensoleillement et varie au cours de la journée. Pour intégrer davantage de photovoltaïque, il faut aussi renforcer le réseau, prévoir des moyens d’équilibrage et, selon les besoins, développer le stockage. À l’échelle du système électrique, le défi consiste à faire coïncider une production variable avec une demande continue des ménages, des commerces et des industries.
L’objectif gouvernemental de 45 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici à 2030 inclut l’hydroélectricité : il ne signifie donc pas que le solaire atteindra seul cette proportion. Les documents publics consultés présentent des portefeuilles de projets et des objectifs dont les périmètres diffèrent. Le suivi devra distinguer les centrales annoncées, celles en construction et celles effectivement raccordées.
Un enjeu ivoirien et ouest-africain
La Côte d’Ivoire occupe une place importante dans les échanges électriques ouest-africains et participe au système d’interconnexion régional. Une production plus diversifiée peut contribuer à la sécurité d’approvisionnement nationale et régionale, à condition que les réseaux permettent d’acheminer cette énergie. Pour les populations, l’enjeu immédiat reste concret : l’électricité promise doit se traduire en service régulier, y compris au-delà des grands centres urbains.
Le dossier de Binguébougou rappelle aussi qu’une politique énergétique se mesure dans la durée. La convention date de 2016, le redimensionnement a nécessité des étapes administratives, et le démarrage matériel n’intervient qu’en octobre 2026. La prochaine étape sera donc moins symbolique : suivre l’avancement des travaux, la date de raccordement et la desserte réellement obtenue dans le Poro.
Pour replacer le projet dans son calendrier, le communiqué du Conseil des ministres de mars 2025 rappelle la concession initiale et l’extension prévue. Les annonces de lancement et les objectifs de desserte ont été rapportés séparément par l’Agence Ivoirienne de Presse et l’Agence de Presse Africaine.