Pour le Ghana, attirer des capitaux ne suffit pas : l’enjeu est aussi de produire davantage sur place, de former des travailleurs et de transformer les ressources en activités à plus forte valeur ajoutée. La rencontre, à Accra, entre le président John Dramani Mahama et le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, met cette question au premier plan, notamment dans la pharmacie et les vaccins.
Une relation commerciale déjà dense
Le Ghana et l’Inde entretiennent des liens économiques anciens, qui vont du commerce à l’investissement et à la coopération technique. Le Ghana fournit notamment de l’or, du cacao, des noix de cajou et des produits forestiers. En sens inverse, l’Inde exporte vers le marché ghanéen des médicaments, des véhicules, des machines agricoles et des équipements électriques.
Les données indiennes pour l’exercice 2024-2025, qui court d’avril à mars, évaluent les échanges bilatéraux à environ 3,14 milliards de dollars. Les importations indiennes depuis le Ghana, principalement composées d’or, atteignaient 1,79 milliard de dollars. Les exportations indiennes vers le Ghana s’élevaient à 1,35 milliard. Ces chiffres proviennent du ministère indien des Affaires étrangères; les statistiques douanières peuvent différer selon les méthodes de calcul et les périodes retenues.
La place de l’or donne à cette relation une structure particulière. Selon le ministère indien, ce métal représente plus de 70 % des importations de l’Inde depuis le Ghana. Les données de commerce international de la Banque mondiale confirment que l’Inde figure parmi les acheteurs importants d’or ghanéen. Mais la valeur des échanges ne dit pas, à elle seule, quelle part des revenus est conservée localement ni combien d’emplois sont créés dans les chaînes de transformation.
La présence d’entreprises indiennes est également notable. D’après le ministère indien, des sociétés indiennes ont investi dans 818 projets au Ghana entre 1994 et septembre 2024, pour un montant cumulé annoncé de 1,92 milliard de dollars. Cette donnée, attribuée à l’organisme ghanéen de promotion des investissements, souligne l’ancienneté des liens, mais ne renseigne pas à elle seule sur la répartition des projets ni sur leurs retombées locales.
La production pharmaceutique au cœur des échanges
Le 6 octobre 2026, à la présidence ghanéenne, Mahama a invité les entreprises indiennes à nouer des partenariats pour fabriquer des médicaments au Ghana. Il a aussi évoqué la production de vaccins et la coopération dans les infrastructures ferroviaires, le commerce et l’investissement. Le gouvernement présente cette orientation comme un moyen de renforcer les capacités nationales et de réduire la dépendance aux produits importés.
Le président a cité le travail entre Atlantic Life Sciences et l’entreprise ghanéenne KinaPharma comme un exemple de coopération dans le secteur des vaccins. Le service public ghanéen d’information rapporte que Jaishankar a, pour sa part, exprimé la volonté de donner une forme plus concrète au partenariat global conclu entre les deux pays. Ces échanges ne constituent pas, en eux-mêmes, l’annonce d’un nouvel investissement chiffré ou d’une usine déjà décidée.
Cette distinction compte. La fabrication locale peut aller de l’emballage à la production de principes actifs, avec des besoins très différents en capitaux, en technologies, en normes et en compétences. Pour les patients, une capacité accrue pourrait améliorer la disponibilité de certains produits. Pour les entreprises et les salariés, l’enjeu serait de développer des emplois qualifiés et des fournisseurs locaux. Mais ces effets dépendront des accords conclus, de leur financement et de la part de la chaîne de valeur effectivement implantée au Ghana.
La priorité pharmaceutique s’inscrit dans un débat continental plus large sur la sécurité sanitaire. À Accra, le gouvernement défend l’idée d’une plus grande autonomie en matière de santé. À l’échelle africaine, produire davantage de médicaments et de vaccins suppose aussi des marchés suffisamment vastes, des règles de qualité compatibles et des approvisionnements fiables. La coopération avec un partenaire disposant d’une industrie pharmaceutique importante peut contribuer à cet effort, sans garantir à elle seule une production durable.
Deux accords dans la recherche et l’agriculture
Au cours de la visite, deux protocoles d’accord ont été échangés en présence de Jaishankar et du ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Le premier associe le Zoological Survey of India à l’Université du Ghana pour la recherche scientifique, les activités universitaires et le renforcement des compétences. Le second lie le Conseil indien de la recherche agricole à l’institut ghanéen CSIR-Crops Research Institute autour de la recherche et de l’enseignement agricoles.
Ces accords élargissent la relation au-delà des achats et des ventes. Leur portée dépendra toutefois de leur mise en œuvre : projets de recherche lancés, échanges de chercheurs, financements disponibles et accès des acteurs ghanéens aux résultats. Dans l’agriculture, la coopération peut concerner les méthodes de production et la formation. Les détails annoncés ne permettent pas encore d’évaluer les résultats attendus ni les moyens mobilisés.
Une tournée qui dépasse Accra
La visite ghanéenne ouvre un déplacement officiel de Jaishankar du 6 au 10 octobre, qui comprend également la Côte d’Ivoire et l’Éthiopie. Le programme annoncé par le ministère indien prévoit des rencontres politiques et des discussions sur le commerce, la coopération au développement, la formation et les liens entre populations. À Addis-Abeba, le ministre doit aussi présider une conférence régionale des responsables diplomatiques indiens.
Pour le Ghana, l’enjeu immédiat sera de convertir les intentions exprimées à Accra en projets vérifiables : investissements annoncés, production locale, formations et calendrier de réalisation. La présidence ghanéenne a présenté cette relation comme un levier pour l’industrialisation et la santé. Les données commerciales disponibles montrent déjà des échanges importants, mais la prochaine étape se mesurera moins aux déclarations qu’aux capacités créées sur place.
À l’échelle ouest-africaine, la trajectoire intéresse aussi les partenaires de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Une production implantée au Ghana pourrait, sous réserve des règles d’homologation et d’accès aux marchés, servir des pays voisins. C’est l’un des enjeux à suivre : savoir si les liens bilatéraux débouchent sur des chaînes de valeur régionales, ou restent principalement structurés autour de matières premières exportées et de produits finis importés.
Sources consultées : Service ghanéen d’information, présidence du Ghana, ministère indien des Affaires étrangères, données commerciales WITS–Banque mondiale, Akashvani News.