La Russie en Afrique présente un paradoxe saisissant : malgré ses ambitions affichées, son commerce avec le continent africain a chuté de 30% depuis 2018. Ce déclin contredit le discours officiel de Moscou qui prétend renforcer ses liens avec les nations africaines.
En effet, notre analyse des relations russo-africaines révèle un écart considérable entre la rhétorique et la réalité économique. Avec seulement 14 milliards de dollars d’échanges commerciaux, la présence russe est largement éclipsée par l’Union Européenne (295 milliards), la Chine (254 milliards) et même les États-Unis (65 milliards).
Plus frappant encore, la Russie contribue à moins de 1% des investissements directs étrangers en Afrique, tandis que 70% de son commerce se concentre dans seulement quatre pays : l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud. Cependant, Moscou exerce une influence disproportionnée dans certains secteurs stratégiques, contrôlant notamment 50% du marché africain des armes et fournissant 30% des approvisionnements en céréales du continent.
Dans cet article, nous examinerons les ambitions russes en Afrique, la réalité de ses échanges commerciaux, ses investissements en recul, ainsi que les motivations géopolitiques qui sous-tendent cette stratégie. Nous analyserons également les méthodes d’influence non conventionnelles employées par Moscou et les pays africains particulièrement ciblés par cette nouvelle « Route de la Soie » russe.
Les ambitions économiques de la Russie en Afrique
Depuis la dernière décennie, le Kremlin a intensifié sa présence diplomatique sur le continent africain. Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large où la Russie cherche à consolider sa place sur l’échiquier mondial en cultivant de nouvelles alliances. Les ambitions économiques russes en Afrique, bien que souvent présentées comme substantielles, méritent un examen approfondi pour distinguer les aspirations de la réalité.
Un discours de partenariat Sud-Sud
La Russie déploie un discours séduisant de coopération entre pays du Sud global, se présentant comme une alternative aux puissances occidentales. Le Kremlin positionne habilement sa relation avec l’Afrique comme un « partenariat mutuellement profitable pour faire face aux enjeux du XXIe siècle ». Ce discours s’articule autour de la promotion d’une « coopération intégrante et équitable » touchant divers domaines : politique, sécurité, économie, science, technologie et culture.
Vladimir Poutine a récemment réaffirmé cette orientation en promettant un « soutien total à nos amis africains » dans plusieurs secteurs, notamment « le développement durable, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, les maladies épidémiques, le règlement des problèmes alimentaires ou des conséquences des catastrophes naturelles ». Cette rhétorique place la Russie comme un partenaire compréhensif des défis africains.
Par ailleurs, Moscou tente de capitaliser sur les progrès économiques du continent. Dans sa communication officielle, la Russie reconnaît que « les pays d’Afrique possèdent un potentiel important et des capacités qui leur permettront, à terme, de joindre les rangs des puissances économiques en développement ». Cette reconnaissance s’accompagne d’un soutien affiché aux initiatives panafricaines comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), que la Russie considère comme une opportunité pour augmenter son commerce avec le continent.
Les promesses faites lors des sommets Russie-Afrique
Les sommets Russie-Afrique constituent la vitrine principale des ambitions économiques russes sur le continent. Le premier sommet, tenu à Sotchi en 2019, a permis de « définir les domaines prioritaires de coopération économique dans lesquels des résultats concrets peuvent être obtenus dans les années à venir ». Lors de cet événement, la Russie a manifesté son intérêt pour divers secteurs, notamment « le secteur high-tech et l’exploration géologique, le secteur énergétique, y compris l’énergie nucléaire, l’industrie chimique, l’exploitation minière et l’ingénierie des transports, l’agriculture et la pêche ».
Toutefois, la réalité économique n’a pas suivi les aspirations affichées. En effet, après plusieurs années de croissance, les échanges commerciaux russo-africains ont enregistré un recul sur la période 2018-2021, passant de 20 à 17,7 milliards de dollars. La pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine ont certainement contribué à ce déclin, le PIB russe ayant chuté de 2,1% en 2022 selon la Banque mondiale.
Néanmoins, lors de la conférence ministérielle Russie-Afrique organisée en novembre 2024 à Sotchi, Moscou a réitéré sa volonté de renforcer « l’ensemble des liens russo-africains ». Cette persistance témoigne de l’importance stratégique que le Kremlin accorde à sa présence en Afrique, malgré les difficultés économiques.

L’objectif affiché de doubler les échanges commerciaux
L’ambition la plus clairement exprimée par la Russie concerne l’augmentation substantielle de son commerce avec l’Afrique. Lors du sommet de Sotchi en 2019, Vladimir Poutine avait promis de « doubler les échanges commerciaux avec l’Afrique par rapport à leurs niveaux de 2018, pour les porter à 40 milliards de dollars dans cinq ans ».
Cependant, les chiffres récents montrent que cet objectif ambitieux n’a pas été atteint. Au contraire, le commerce russo-africain « a diminué chaque année depuis 2018, chutant de 30% au total ». Cet écart illustre « une tendance russe à surpromettre et à ne pas tenir ses promesses lorsqu’il s’agit de ses engagements économiques en Afrique ».
Malgré ce bilan mitigé, la Russie persiste dans ses objectifs expansionnistes. Dmitry Volvach, vice-ministre russe du Développement économique, a annoncé lors d’une récente conférence que les échanges bilatéraux entre la Russie et l’Afrique se sont élevés à 24,5 milliards de dollars en 2023, représentant une augmentation de 37% par rapport à 2022. Il a également exprimé l’ambition que « les échanges commerciaux devraient doubler d’ici à 2030 ».
Cette croissance récente, bien que notable, révèle également un déséquilibre structurel important : les exportations russes vers l’Afrique ont connu une augmentation de 43% en 2023, tandis que les importations en provenance du continent n’ont progressé que de 8,6%. De plus, près de 90% des exportations russes vers l’Afrique sont constituées de matières premières, principalement « de pétrole et de produits pétroliers, de blé, de divers métaux et produits métallurgiques ».
En définitive, malgré un discours ambitieux et des promesses réitérées, la relation économique entre la Russie et l’Afrique demeure modeste et déséquilibrée, suggérant que les motivations du Kremlin pourraient être moins économiques que géopolitiques.
Enfin, des écoles de langue russe s’installent de plus en plus en Afrique afin de favoriser la compréhension entre les pays.
Un commerce déséquilibré et limité
Les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique révèlent un déséquilibre structurel majeur qui contraste fortement avec les ambitions affichées par Moscou. Malgré une augmentation récente de 37% en 2023, portant le volume à 24,5 milliards de dollars, ce commerce reste modeste et profondément déséquilibré, les exportations russes ayant progressé de 43% contre seulement 8,6% pour les importations africaines.
Comparaison avec les échanges Chine-Afrique et UE-Afrique
En matière d’échanges commerciaux avec l’Afrique, la Russie fait figure de nain économique. Avec seulement 14 milliards de dollars d’échanges enregistrés en 2021, la présence commerciale russe est largement éclipsée par celle de l’Union Européenne (295 milliards), de la Chine (254 milliards) et même des États-Unis (65 milliards). Ce fossé s’est encore creusé en 2023, les échanges sino-africains atteignant 282,1 milliards de dollars, soit plus de dix fois le volume russo-africain.
Par ailleurs, la nature des échanges illustre également un déséquilibre qualitatif. En effet, les exportations russes vers l’Afrique sont sept fois supérieures aux importations africaines vers la Russie, créant une relation commerciale profondément asymétrique. À titre de comparaison, bien que la Chine maintienne également une balance commerciale favorable (déficit africain de 64 milliards de dollars en 2023), ses échanges avec l’Afrique sont plus diversifiés et substantiels.
En outre, les exportations africaines vers la Russie ne représentent que 0,4% du total des exportations du continent et se composent principalement de produits frais, notamment « de fruits, de noix, de cacao et de café ». Cette situation contraste avec les relations commerciales plus équilibrées qu’entretient l’Afrique avec ses principaux partenaires.
Concentration sur quelques pays (Égypte, Algérie, Maroc, Afrique du Sud)
Une caractéristique frappante du commerce russo-africain est sa forte concentration géographique. En effet, 70% des échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique se concentrent dans seulement quatre pays : l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud. Cette concentration s’est maintenue en 2023, l’Égypte, l’Algérie, le Kenya et la Libye figurant parmi les principaux partenaires commerciaux de la Russie sur le continent.
L’Égypte occupe une place prépondérante dans cette relation, étant le premier partenaire commercial de la Russie en Afrique avec un volume d’échanges atteignant 4,7 milliards de dollars en 2021. L’Algérie arrive en deuxième position avec 3 milliards de dollars d’échanges pour la même année. Au Maroc, la balance commerciale est nettement déséquilibrée en faveur de la Russie, avec un solde positif de 778,4 millions de dollars en 2021.
Cette concentration s’explique notamment par « la faiblesse des offres des pays de la région à destination de la Russie, la concentration du commerce vers le marché européen ou encore la faiblesse globale de la valeur des produits exportés ». Ces facteurs limitent considérablement l’expansion des relations commerciales russo-africaines à l’ensemble du continent.
Dépendance africaine au blé russe
La dépendance de nombreux pays africains au blé russe constitue un élément central et potentiellement problématique de cette relation commerciale. Le blé représente environ 90% des échanges que la Russie réalise avec l’Afrique, révélant une relation commerciale peu diversifiée et vulnérable aux fluctuations du marché céréalier.
L’Afrique dépend de la Russie pour 30% de ses approvisionnements en céréales, une situation particulièrement marquée en Afrique du Nord. L’Égypte, premier importateur mondial et premier consommateur africain de blé, achète 61% de ses besoins auprès de Moscou, créant une dépendance qualifiée de « dangereuse » par les experts. Au total, 16 pays africains dépendent à plus de 56% de l’Ukraine et/ou de la Russie pour leur approvisionnement en blé.
Cette dépendance s’étend également à d’autres nations. Récemment, l’Algérie a annoncé que ses achats de céréales russes atteindraient 3 millions de tonnes pour la saison 2024-2025. Au Kenya, les importations en provenance de Russie connaissent la croissance la plus rapide, le blé représentant 84,55% du total des importations kényanes de Russie.
Paradoxalement, alors que la Russie exploite cette dépendance comme levier d’influence, certains pays africains, comme l’Algérie et le Maroc, cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement, tandis que d’autres comme la Tunisie et la Libye restent vulnérables aux pénuries. Cette situation illustre les limites et les fragilités d’un commerce russo-africain structurellement déséquilibré et concentré sur quelques produits stratégiques.
Des investissements russes en recul
Parallèlement à son commerce limité, les investissements directs russes en Afrique affichent également un recul notable. Les chiffres révèlent un contraste saisissant entre la rhétorique ambitieuse du Kremlin et la réalité économique sur le terrain, suggérant que la stratégie russe s’oriente davantage vers l’influence géopolitique que vers un véritable partenariat économique.
Moins de 1 % des IDE en Afrique
La présence financière russe sur le continent africain demeure marginale. En effet, la Russie contribue pour moins de 1% aux investissements directs étrangers (IDE) destinés au continent. Cette part infime contraste fortement avec les annonces régulières d’accords et de projets lors des sommets Russie-Afrique.
Par ailleurs, la situation ne semble pas s’améliorer. Au contraire, après plusieurs années de croissance, les échanges commerciaux russo-africains ont enregistré un recul sur la période 2018-2021, passant de 20 à 17,7 milliards de dollars. En réalité, malgré une résistance meilleure que prévue aux sanctions occidentales, la Russie a vu son PIB baisser de 2,1% en 2022 selon la Banque mondiale, limitant ainsi sa capacité d’investissement extérieur.
Selon Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe, « l’Afrique subsaharienne ne représente qu’un à deux milliards de dollars par an sur les 700 milliards du commerce extérieur russe ». Ce constat illustre le faible intérêt économique que représente l’Afrique pour Moscou, malgré les discours officiels.
Projets énergétiques et nucléaires non concrétisés
Dans le secteur énergétique, la Russie a manifesté son intérêt pour investir dans le pétrole et le gaz africains. Cependant, la plupart de ces projets ne se sont pas concrétisés. Au Cameroun, un projet d’exploitation d’hydrocarbures se trouve actuellement en quête d’un nouveau partenaire après que la compagnie franco-britannique Perenco, qui avait envisagé de racheter les parts de New Age et d’en devenir l’opérateur, est revenue sur sa décision en 2023, jugeant un partenariat avec Lukoil trop risqué.
De même, au Ghana, après des rumeurs de revente des parts de Lukoil, l’opérateur norvégien Aker s’est retiré récemment du projet et a revendu ses parts à une compagnie nigériane. Seul le projet de production de gaz naturel liquéfié (GNL) mené en partenariat avec ENI au Congo-Brazzaville avance correctement.
Dans le secteur minier, les réseaux russes d’importation d’or sont confrontés à des difficultés croissantes. Au Soudan et au Burkina Faso, les conflits en cours ont contrarié l’exploitation aurifère d’Emiral Resources et de NordGold. Cette dernière a dû fermer sa mine de Taparko pour des raisons de sécurité en 2022.
L’exemple de Rosatom et la centrale d’El Dabaa
Le projet de centrale nucléaire d’El Dabaa en Égypte constitue toutefois une exception notable dans ce tableau peu reluisant. En 2020, la société d’État russe pour l’énergie atomique, Rosatom, a obtenu un prêt de 25 milliards de dollars pour commencer la construction de la première centrale nucléaire d’Égypte, une installation de 4800 MW. Le coût total de la centrale s’élève à 60 milliards de dollars, un montant « bien supérieur aux produits intérieurs bruts du Burkina Faso et du Mali ».
La construction du premier réacteur a débuté officiellement le 20 juillet 2022, celle du deuxième le 19 novembre 2022 et celle du troisième le 3 mai 2023. Selon les dernières informations, le lancement du premier réacteur est prévu en 2028. Rosatom s’est engagé à construire quatre réacteurs VVER-1200 de génération III+, chacun d’une puissance de 1200 MW.
Néanmoins, ce projet emblématique fait figure d’exception. Bien que Rosatom ait signé des accords de coopération avec 17 autres gouvernements africains, dont l’Éthiopie, le Nigeria, le Rwanda et la Zambie, ces accords nucléaires ne sont pas considérés comme viables pour la plupart des pays africains en raison de leurs coûts prohibitifs. Comme le soulignent certains experts, « les accords signés avec la Russie tiennent beaucoup de la géopolitique et devraient se limiter, le plus souvent, à des programmes de formation ».
Les véritables motivations géopolitiques
L’analyse de l’engagement russe en Afrique révèle que derrière un discours économique peu convaincant se cachent des objectifs géopolitiques bien plus stratégiques. En effet, contrairement aux puissances occidentales et à la Chine, la Russie poursuit des ambitions qui dépassent largement le cadre commercial, faisant du continent africain un nouveau front dans sa confrontation avec l’Occident.
Recherche de soutien à l’ONU
Vue de Moscou, l’Afrique représente avant tout un réservoir précieux de voix à l’Assemblée générale des Nations unies. Lors des votes concernant des sujets sensibles comme l’annexion de la Crimée en 2014, de nombreux États africains ont voté contre la résolution la condamnant (Soudan, Zimbabwe) ou se sont abstenus (Algérie, Afrique du Sud, Mali, Rwanda, Sénégal). Cette stratégie s’est intensifiée depuis l’invasion de l’Ukraine, la Russie cherchant à « démontrer qu’elle n’est pas un paria, mais qu’elle bénéficie du soutien implicite des chefs d’État africains malgré ces violations du droit international ».
Par ailleurs, la Russie soutient activement l’octroi de sièges permanents à l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU. Récemment, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a trouvé « légitime » l’aspiration d’un pays africain à rejoindre la table des puissants du monde. Cette position permet à Moscou de se présenter comme un défenseur des intérêts africains sur la scène internationale.
Affaiblissement de l’influence occidentale
Un deuxième objectif stratégique russe consiste à supplanter l’influence occidentale, notamment française et américaine. Cela est particulièrement visible en République centrafricaine et au Mali, où la Russie est devenue le principal partenaire de sécurité. Ce déplacement d’influence s’est accéléré ces dernières années, les troupes françaises et américaines étant « priées de partir par les nouvelles juntes au pouvoir ».
En outre, la Russie bloque systématiquement, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, les résolutions visant à condamner les régimes autoritaires africains avec lesquels elle entretient des relations. Joseph Siegle, du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, souligne que « la place qu’occupe la Russie au sein du Conseil de sécurité est problématique pour l’avancement de la démocratie dans ces pays ».
Accès stratégique à la Méditerranée et aux ressources
L’un des principaux objectifs de la Russie en Afrique est « d’acquérir une influence sur des territoires stratégiques le long de la Méditerranée méridionale et de la mer Rouge ». En Libye, Moscou a déployé des mercenaires pour installer son mandataire, Khalifa Haftar, cherchant ainsi à disposer d’une « présence militaire durable en Afrique du Nord, sur le flanc sud de l’OTAN ».
Simultanément, la Russie négocie depuis 2017 l’établissement d’une base navale à Port-Soudan. En contrôlant ces points d’accès stratégiques, Moscou serait en mesure « de perturber le transport maritime mondial à travers les goulots d’étranglement du canal de Suez et du détroit de Bab al-Mandab », par lesquels transitent plus de 30% du trafic mondial de conteneurs.
Les pays africains ciblés par Moscou
La stratégie d’influence russe en Afrique s’articule autour de cibles précises et soigneusement sélectionnées. Loin d’adopter une approche uniforme, Moscou concentre ses efforts sur des pays spécifiques, choisis pour leur poids stratégique, leur position géographique ou leur potentiel d’alignement politique.
Afrique du Nord : une priorité stratégique
L’Afrique du Nord constitue indéniablement l’épicentre des ambitions russes sur le continent. La proximité avec la Méditerranée et l’Europe en fait une région cruciale pour Moscou. L’Égypte occupe une place privilégiée dans cette stratégie, notamment avec le projet de centrale nucléaire d’El Dabaa. L’Algérie, second partenaire commercial de la Russie en Afrique, entretient des liens militaires étroits avec Moscou, étant le premier client africain pour l’armement russe. En juin 2023, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a rencontré Vladimir Poutine à Moscou pour signer une « déclaration sur un partenariat stratégique approfondi ».
Par ailleurs, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte figurent parmi les 15 pays africains ayant conclu des accords nucléaires avec la Russie. Ces accords visent officiellement la production d’énergie et les applications médicales et agricoles, mais renforcent également l’influence russe dans la région.
Afrique du Sud et BRICS
L’Afrique du Sud représente un pilier majeur de la présence russe sur le continent. Cette relation s’enracine dans un soutien historique de l’URSS à l’ANC durant l’apartheid. En octobre 2024, lors du sommet des BRICS à Kazan, le président Cyril Ramaphosa a qualifié la Russie d' »ami précieux » et d' »allié cher », provoquant des tensions au sein même du gouvernement d’union nationale sud-africain.
En effet, l’Alliance démocratique, désormais partenaire de l’ANC, a immédiatement dénoncé cette position, refusant de considérer « la Russie, ou Vladimir Poutine, comme des alliés de la nation ». Cependant, la relation russo-sud-africaine continue de se renforcer, notamment à travers le cadre des BRICS où les deux pays coordonnent fréquemment leurs positions.
Éthiopie, Ouganda, Sénégal : des relais politiques
Au-delà des partenaires traditionnels, la Russie cultive des relations avec des pays à fort potentiel d’influence régionale. L’Éthiopie, l’Ouganda et le Sénégal font partie de ces relais politiques stratégiques. Ces trois nations ont signé des accords nucléaires avec la Russie, établissant des partenariats dans le domaine civil mais également militaire pour l’Éthiopie et l’Ouganda.
Le Sénégal, notamment, s’est abstenu lors du vote à l’ONU condamnant l’invasion russe en Ukraine, illustrant son alignement avec les positions moscovites sur la scène internationale. Cette position reflète une tendance plus large parmi les pays africains ciblés par la Russie, dont 25 n’ont pas soutenu la résolution contre l’invasion ukrainienne, témoignant de l’efficacité de la stratégie d’influence russe sur le continent.
En définitive, la présence russe en Afrique illustre parfaitement le décalage entre les ambitions affichées et les réalités économiques. Malgré une rhétorique ambitieuse visant à doubler les échanges commerciaux, force est de constater que le commerce russo-africain a chuté de 30% depuis 2018. Comparativement aux autres puissances mondiales, la Russie demeure un acteur économique marginal sur le continent, avec seulement 14 milliards de dollars d’échanges face aux 295 milliards de l’Union Européenne ou aux 254 milliards de la Chine.
Par ailleurs, la concentration de 70% des échanges sur quatre pays seulement – l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud – révèle une approche sélective plutôt qu’un véritable partenariat panafricain. Néanmoins, Moscou exerce une influence disproportionnée dans certains secteurs stratégiques, notamment l’armement et les céréales, créant des dépendances qui servent ses intérêts géopolitiques plus que le développement économique africain.
À l’évidence, les véritables motivations russes dépassent largement le cadre économique. La recherche de soutien à l’ONU, l’affaiblissement de l’influence occidentale et l’accès stratégique à la Méditerranée constituent les piliers d’une stratégie où l’Afrique représente un nouveau front dans la confrontation avec l’Occident. Les investissements russes, inférieurs à 1% des IDE en Afrique, confirment cette priorité géopolitique sur l’engagement économique.
Particulièrement préoccupant, le déploiement d’outils d’influence non conventionnels comme le groupe Wagner, les campagnes de désinformation et les échanges armes contre ressources dessine les contours d’une « Route de la Soie » russe fondamentalement différente du modèle chinois. Alors que Pékin privilégie les infrastructures et le commerce, Moscou mise sur la sécurité, l’influence politique & culturelle héritée de l’URSS et l’exploitation des ressources naturelles.
Ainsi, bien que la Russie cherche à se présenter comme une alternative aux puissances occidentales, son engagement limité et transactionnel soulève des questions sur la durabilité et la sincérité de ce partenariat. Sans aucun doute, les pays africains devront naviguer avec prudence dans cette relation asymétrique, où l’influence politique russe s’exerce souvent au détriment d’un développement économique équilibré et durable.







