Transformer davantage de cacao sur place peut créer de la valeur en Côte d’Ivoire. Mais de nouvelles usines ne suffisent pas : la filière doit aussi garantir l’approvisionnement, soutenir les producteurs et convertir les fèves en produits finis.

Une ambition industrielle inscrite dans le plan national

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, veut renforcer la transformation locale. Le Plan national de développement 2026-2030 fixe un objectif de 50 % de cacao transformé à l’horizon 2030, contre 42 % en 2024. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large d’industrialisation et de création de valeur ajoutée. Le gouvernement ivoirien présente ces objectifs dans le PND 2026-2030.

À l’échelle régionale, l’enjeu concerne aussi les échanges de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Des produits transformés en Côte d’Ivoire peuvent approvisionner les marchés voisins, si les coûts, les transports et les règles commerciales le permettent. La capitale politique du pays est Yamoussoukro ; Abidjan reste un centre économique et industriel majeur.

La progression ne part pas de zéro. D’après les statistiques douanières citées dans les données officielles, les exportations de cacao transformé ont atteint environ 613 000 tonnes en 2024, pour près de 1 934 milliards de FCFA. Les douanes ivoiriennes publient leurs séries statistiques, qui permettent de replacer ces chiffres dans le temps. Les statistiques des Douanes ivoiriennes constituent un point de référence pour suivre l’évolution des échanges.

Des projets à des stades différents

Le 6 octobre 2026, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté, a reçu Hein Schumacher, dirigeant de Barry Callebaut. À l’issue de cette rencontre, le groupe a fait part de son intention de tripler la capacité de sa ligne de production de chocolat en Côte d’Ivoire. L’annonce a été rapportée par Linfodrome. Le montant et le calendrier de l’expansion n’ont pas été précisés.

Barry Callebaut est présent dans le pays depuis plusieurs décennies à travers SACO. Le groupe a inauguré en décembre 2024, à Abidjan, une ligne de production de chocolat, après avoir surtout travaillé le broyage des fèves et les produits semi-finis. Tripler cette capacité marquerait donc une avancée vers des produits plus élaborés. L’annonce ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir combien de chocolat sera effectivement produit ni quelle part sera destinée au marché ivoirien ou régional.

D’autres initiatives avancent à des degrés divers. Une délégation allemande conduite par Hermann Bühlbecker, du groupe Lambertz, a effectué une visite de prospection le 8 septembre 2026. Une éventuelle production locale reste à l’étude : il ne s’agit pas d’un investissement confirmé.

À San-Pédro, la coopérative CADESA a, selon les informations disponibles, lancé le 16 juillet CocoaTech. L’unité doit transformer jusqu’à 15 000 tonnes de fèves par an dans sa première phase, avec une capacité annoncée comme extensible à 30 000 tonnes. Elle prévoit de produire notamment de la masse, du beurre, du tourteau et de la poudre de cacao. Le projet représente un investissement annoncé d’environ 15 millions d’euros. Ces chiffres décrivent les capacités prévues, et non nécessairement une production déjà atteinte.

La matière première reste le point de tension

Les industriels ont besoin d’un approvisionnement régulier. Or les maladies des cacaoyers, dont le swollen shoot, ainsi que les effets du changement climatique peuvent fragiliser les récoltes. Le Conseil du Café-Cacao a souligné le 6 octobre l’importance de sécuriser les volumes destinés aux usines. Le régulateur prévoit aussi un institut de recherche consacré au café et au cacao, afin de développer des plants plus résistants.

Cette contrainte relie directement l’usine à la plantation. Si la capacité industrielle augmente sans récoltes suffisamment abondantes et prévisibles, les entreprises risquent de ne pas fonctionner à plein régime. Pour les producteurs, les gains de transformation ne se traduisent pas automatiquement par de meilleurs revenus : cela dépend notamment des prix, des contrats d’achat et de la répartition de la valeur dans la filière. Les planteurs, souvent éloignés des grands sites industriels, ne bénéficient pas nécessairement des mêmes retombées que les entreprises installées dans les pôles urbains et portuaires.

La traçabilité devient également déterminante. Elle permet de documenter l’origine des fèves et les étapes de leur circulation. Barry Callebaut a indiqué vouloir accompagner l’initiative de traçabilité nationale et utiliser ce système pour l’ensemble de ses achats de fèves, selon les informations rapportées après la rencontre. La mise en œuvre et la couverture réelle de cet engagement restent à suivre.

Au-delà du broyage, capter davantage de valeur

La priorité n’est donc pas seulement d’augmenter les tonnages transformés. Il s’agit aussi de progresser vers des produits finis, de développer les compétences industrielles et de créer des débouchés rémunérateurs. Le broyage produit des ingrédients utiles à l’industrie, mais le chocolat vendu aux consommateurs incorpore d’autres étapes de fabrication, de conditionnement, de distribution et de commercialisation.

Le calendrier du PND 2026-2030 fournira un premier repère pour mesurer les progrès vers l’objectif de 50 %. Il faudra aussi observer la concrétisation des projets annoncés, la production effective des unités et les effets sur les acteurs agricoles. Pour la Côte d’Ivoire comme pour ses partenaires ouest-africains, la question centrale est désormais de relier durablement récoltes, recherche, transformation et accès aux marchés.