À Djibouti, la crise de gouvernance du football a franchi un nouveau seuil le lundi 5 octobre 2026. Une assemblée générale extraordinaire a annoncé la révocation du comité directeur de la Fédération djiboutienne de football (FDF). Mais la direction sortante conteste la procédure. Le football djiboutien se retrouve ainsi face à deux autorités qui revendiquent la légitimité.
Une fédération désormais prise entre deux lectures
Selon les informations rapportées par l’agence de presse djiboutienne et reprises par plusieurs médias, 39 délégués ont participé à la réunion extraordinaire. Ils ont voté à l’unanimité la destitution de Souleiman Hassan Waberi et de son comité directeur.
Les organisateurs affirment que le quorum nécessaire a été vérifié. La séance se serait tenue en présence d’un consultant juridique, d’un huissier de justice et de deux observateurs du Secrétariat d’État chargé des Sports. Un comité ad hoc a ensuite été installé pour assurer la continuité administrative.
Sahardid Hassan Ladieh a été désigné président par intérim. Sa mission annoncée consiste à gérer les activités courantes et à préparer les prochaines étapes institutionnelles, notamment la mise en place d’une nouvelle direction.
Cette version est rejetée par la FDF. Dans un communiqué daté du lundi 5 octobre, la fédération affirme que des policiers ont investi son Centre technique national, où se trouve son siège, dès le dimanche 4 octobre.
La direction sortante soutient que ses responsables et plusieurs employés ont été contraints de quitter les locaux. Elle affirme ensuite qu’un groupe de présidents de clubs est entré dans le bâtiment sous escorte policière afin d’y tenir l’assemblée.
La FDF considère donc la réunion comme « dépourvue de toute base statutaire ». Elle annonce également son intention de porter le dossier devant la FIFA et la Confédération africaine de football, la CAF.
Le point de rupture porte sur le nombre de membres requis
Le désaccord ne concerne pas seulement la présence des forces de l’ordre. Il porte aussi sur l’interprétation des statuts de la fédération.
La FDF affirme compter 67 membres. Selon sa lecture, la convocation d’une assemblée générale extraordinaire à la demande des membres nécessite le soutien des deux tiers de ce collège. Le seuil serait donc de 45 membres.
La direction sortante estime que ce nombre n’a pas été atteint. Elle distingue par ailleurs les membres de la fédération des délégués chargés de les représenter aux assemblées. Cette nuance est centrale dans la bataille de légitimité engagée à Djibouti.
Les organisateurs de la réunion retiennent, eux, le résultat du vote de 39 délégués présents. Ils considèrent que la révocation du comité directeur est acquise et que le comité ad hoc peut assurer la transition.
À ce stade, aucun arbitrage indépendant n’a établi quelle interprétation des statuts doit prévaloir. La FIFA et la CAF devront donc examiner les documents transmis par les différentes parties avant de reconnaître une éventuelle nouvelle direction.
Une intervention policière au cœur du risque international
La FDF soutient que l’intervention des forces de police pourrait constituer une ingérence extérieure dans la gestion du football. Les statuts de la FIFA prévoient que les associations membres doivent administrer leurs affaires sans intervention de tiers.
Cette règle ne signifie pas qu’une fédération échappe à toute procédure nationale. Elle vise surtout à protéger l’autonomie des instances sportives dans leurs décisions internes. En pratique, la FIFA examine généralement les circonstances, les statuts applicables et la capacité de chaque partie à démontrer sa légitimité.
Si une ingérence était officiellement retenue, la FDF pourrait faire l’objet de mesures disciplinaires. Le scénario le plus lourd serait une suspension de la fédération. Il pourrait alors affecter les sélections nationales, les clubs engagés dans les compétitions africaines et les programmes de développement.
Il faut toutefois distinguer le risque juridique de la sanction effective. La destitution annoncée le 5 octobre ne provoque pas automatiquement l’exclusion de Djibouti. Une décision de la FIFA ou de la CAF serait nécessaire.
La situation est d’autant plus sensible que Souleiman Hassan Waberi figure toujours dans les registres internationaux comme président de la FDF. La FIFA le présente également comme membre de son Conseil. Cette reconnaissance institutionnelle ne règle pas le conflit national, mais elle renforce le poids de la direction sortante dans les échanges internationaux.
Un conflit qui dépasse la seule question des personnes
La crise intervient après plusieurs semaines de contestation contre la gouvernance de la FDF. En septembre 2026, des clubs avaient déjà demandé la convocation d’une assemblée extraordinaire pour remettre en cause le comité directeur. Le nombre de signataires et leur qualité de membres faisaient alors débat.
La contestation porte donc à la fois sur la personne du président, sur la procédure électorale et sur le fonctionnement général de la fédération. Dans ce type de conflit, les clubs cherchent à peser sur les ressources, les calendriers, les sélections et les décisions qui structurent le football national.
Pour les joueurs, les entraîneurs et les arbitres, l’incertitude peut rapidement devenir concrète. Elle peut retarder les compétitions nationales, compliquer la préparation des sélections et fragiliser les relations avec les partenaires techniques. Les clubs disposant de moyens limités sont les premiers exposés à ces blocages administratifs.
Le football djiboutien dépend aussi des programmes de développement de la FIFA et de la CAF. Ces dispositifs soutiennent notamment la formation, les infrastructures, l’arbitrage et les compétitions de jeunes. Un gel ne serait pas automatique, mais une crise prolongée pourrait ralentir les financements et les projets en cours.
La FDF a déjà bénéficié d’un partenariat de développement associant la FIFA et la Fédération française de football. Ces programmes ont accompagné la professionnalisation de plusieurs secteurs du football djiboutien. Leur continuité dépend désormais autant de la résolution institutionnelle que des résultats sportifs.
Djibouti sous observation dans la Corne de l’Afrique
La crise ne reste pas confinée au Centre technique national de Djibouti. La FDF est l’interlocuteur reconnu du football djiboutien auprès de la CAF, de la FIFA et des partenaires régionaux. Toute incertitude sur sa représentation peut donc avoir des effets au-delà du championnat national.
Djibouti évolue dans l’espace sportif de la Confédération est-africaine et de la Corne de l’Afrique, une région où les fédérations doivent déjà composer avec des calendriers chargés, des ressources inégales et des infrastructures en développement. La stabilité administrative conditionne directement la participation aux compétitions continentales.
La prochaine étape sera la réponse de la FIFA et de la CAF aux notifications des deux camps. Les instances internationales devront notamment vérifier la convocation de l’assemblée, la composition du collège électoral, le respect du quorum et les conditions dans lesquelles la réunion s’est déroulée.
En attendant, le football djiboutien reste dans une zone d’incertitude. La priorité sera de déterminer qui peut engager la fédération, signer les documents officiels et représenter les sélections. Sans clarification rapide, le conflit de gouvernance pourrait devenir un problème sportif, financier et institutionnel pour l’ensemble du pays.