À Djibouti, le budget public doit désormais composer avec un écart concret : les recettes encaissées au printemps sont restées nettement en dessous des prévisions, tandis que les dépenses ont dépassé leur trajectoire. La révision annoncée fin octobre ajuste les comptes. Elle met aussi à l’épreuve la capacité de l’État à financer ses priorités sans accroître les tensions sur ses finances.

Un budget revu à partir des recettes réellement encaissées

Le Conseil des ministres a examiné le projet de loi de finances rectificative le 27 octobre 2026. Le budget de l’État y est ramené à 168,48 milliards de francs djiboutiens, contre 172,30 milliards dans la loi de finances initiale. La baisse atteint 3,82 milliards de FDJ, soit 2,22 %, selon les chiffres publiés par les autorités djiboutiennes et repris par la radio-télévision nationale.

Le décalage est déjà visible dans les recettes. À la fin de mai 2026, les recettes générales, dons compris et hors emprunts, totalisaient 55,204 milliards de FDJ. La prévision pour cette période était de 68,082 milliards. L’écart négatif s’élevait donc à 12,878 milliards. Les recettes intérieures, qui comprennent notamment les impôts et taxes perçus dans le pays, expliquaient une large part du manque à gagner.

Dans le même temps, les dépenses exécutées ont dépassé la trajectoire prévue, notamment du côté des charges courantes et de fonctionnement. Le projet rectificatif prévoit donc d’adapter les dépenses aux ressources disponibles. Il évoque aussi une hausse des financements extérieurs pour compenser une partie de la baisse des recettes intérieures. Cette orientation reste à distinguer de recettes déjà encaissées : le financement extérieur dépend de ressources à mobiliser.

Recouvrer davantage sans perdre de vue les services publics

Le gouvernement entend élargir l’assiette fiscale, c’est-à-dire le nombre d’activités et de contribuables effectivement soumis à l’impôt. Il prévoit également d’améliorer le rendement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), de numériser les administrations fiscales et douanières, et de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales.

Ces mesures peuvent renforcer les recettes si elles améliorent le recensement des activités et le paiement des impôts dus. Leur mise en œuvre compte autant que leur annonce. Pour les entreprises formelles, des procédures plus numériques peuvent simplifier les démarches, à condition que les outils soient accessibles et fiables. Pour les petits commerces et les travailleurs de l’économie informelle, l’élargissement de l’assiette soulève aussi la question des modalités de déclaration et du poids des prélèvements.

L’ajustement des dépenses appelle la même attention. Les économies budgétaires peuvent toucher différemment les administrations, les entreprises qui répondent aux marchés publics et les ménages qui dépendent des services financés par l’État. Les documents publics disponibles ne détaillent pas ici les postes qui seront réduits. Il serait donc prématuré d’affirmer quels secteurs ou groupes supporteront l’essentiel de l’effort.

La dépendance aux ports lie les finances nationales au commerce régional

La situation budgétaire s’inscrit dans une économie où les services portuaires et logistiques occupent une place majeure. Le port de Djibouti est un point d’accès essentiel pour les échanges de l’Éthiopie, pays voisin enclavé. Cette relation apporte des activités et des recettes, mais elle expose aussi l’économie djiboutienne aux variations du commerce régional et maritime.

Les tensions en mer Rouge et les perturbations des routes maritimes peuvent modifier les flux, les coûts de transport et l’activité portuaire. Le corridor Djibouti–Éthiopie dépend également du niveau de la demande éthiopienne et des conditions de circulation des marchandises. La Banque mondiale estime que la croissance djiboutienne pourrait ralentir à 5,9 % en 2026. En janvier, le Fonds monétaire international (FMI) évaluait la croissance de 2025 à 6,5 %, portée notamment par l’activité portuaire et la construction.

Les prévisions ne sont toutefois pas des résultats acquis. Elles dépendent de la conjoncture, et les institutions peuvent retenir des hypothèses différentes. Pour l’État, une croissance soutenue ne garantit pas automatiquement des recettes fiscales suffisantes : encore faut-il que l’activité génère des revenus imposables et que les impôts soient effectivement recouvrés.

Dette et suivi parlementaire, prochains repères

Le FMI estime la dette publique djiboutienne à 68,9 % du produit intérieur brut en 2024 et à 67,2 % en 2025. Son scénario de septembre 2025 la projetait à 62,3 % en 2026. Ces chiffres sont des estimations et projections de l’institution, non un bilan définitif de l’exercice en cours. En janvier 2026, le FMI avait notamment insisté sur l’amélioration du recouvrement et la maîtrise des dépenses pour renforcer la soutenabilité de la dette.

La révision budgétaire ne règle donc pas à elle seule la question de l’endettement. Elle réajuste les prévisions après des recettes moins élevées qu’attendu et laisse ouvertes deux questions : les financements extérieurs annoncés seront-ils mobilisés, et les mesures fiscales produiront-elles des recettes durables ? La réponse dépendra aussi de l’exécution réelle des dépenses et de l’évolution des échanges dans le corridor avec l’Éthiopie.

Djibouti appartient à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation régionale de la Corne de l’Afrique. Les changements qui affectent les transports, les échanges et la sécurité maritime dépassent donc le seul cadre national. Pour les Djiboutiens, l’enjeu immédiat est plus direct : maintenir les services publics et les investissements tout en ajustant les comptes aux ressources effectivement disponibles. L’examen parlementaire du projet rectificatif et les prochains chiffres d’exécution permettront de mesurer la portée réelle de l’ajustement.