À Lusaka, l’enjeu ne consiste plus seulement à attirer des annonces d’investissement. Il s’agit désormais de transformer des promesses de financement en infrastructures, en emplois et en capacités de production. C’est dans cette phase exigeante que s’inscrit le rapprochement économique entre la Zambie et les Émirats arabes unis.
Abou Dhabi, nouvelle étape pour la stratégie d’investissement de Lusaka
Le 29 septembre 2026, la Zambie et les Émirats arabes unis ont signé plusieurs mémorandums d’entente lors d’un forum d’affaires organisé à Abou Dhabi. La valeur annoncée atteint 2,14 milliards de dollars, selon la présidence zambienne.
Ces protocoles couvrent plusieurs secteurs, notamment la santé, les énergies renouvelables, la logistique, les technologies, la biotechnologie et l’agriculture. Les autorités zambiennes présentent ces accords comme une étape de leur stratégie de transformation économique.
Le détail le plus important concerne un projet de cité médicale évalué à 2 milliards de dollars. L’infrastructure serait construite à Lusaka, à proximité de l’aéroport international Kenneth Kaunda. Le projet est porté par DIHAD Sustainable Project Management LLC, une entreprise basée aux Émirats arabes unis, selon le quotidien zambien Times of Zambia.
La présidence zambienne confirme le montant global des mémorandums, tout en les présentant comme des accords destinés à renforcer les échanges et les investissements bilatéraux. Elle ne les décrit pas comme des décaissements déjà réalisés. Cette distinction est essentielle : un mémorandum exprime une intention et fixe un cadre de coopération, mais il ne garantit pas à lui seul le financement ou la construction d’un projet.
Une économie qui cherche à sortir de ses contraintes
Pour Hakainde Hichilema, cette offensive diplomatique répond à un besoin précis : attirer des capitaux privés dans une économie encore fortement dépendante du cuivre. Le président zambien défend l’agriculture, l’énergie, la transformation industrielle et les services comme des relais nécessaires de croissance.
Le gouvernement met en avant son « Grow Zambia Agenda », un programme qui vise à accroître la taille de l’économie, élargir les recettes publiques et créer davantage d’emplois. Lors du forum d’Abou Dhabi, Hichilema a également affirmé que la Zambie était prête à accueillir les entreprises et les investissements.
Cette démarche intervient après une période de fortes tensions financières. La Zambie a fait défaut sur sa dette extérieure en 2020. Depuis, Lusaka a engagé une restructuration avec ses créanciers officiels et commerciaux, dans le cadre du G20, qui réunit les principales économies mondiales et leurs partenaires financiers.
Le Fonds monétaire international estime qu’en 2026 les accords de restructuration couvrent environ 94 % du périmètre de dette concerné. L’institution souligne toutefois que la dette publique reste exposée à un risque élevé de vulnérabilité. La stabilisation budgétaire améliore la confiance, mais elle ne supprime ni le coût du financement ni les besoins d’investissement du pays.
La recherche de capitaux émiratis s’inscrit donc dans une trajectoire plus large. Lusaka tente de restaurer sa crédibilité financière tout en évitant de réduire son développement à la seule extraction minière. Pour y parvenir, le pays doit attirer des investissements capables de produire localement, d’exporter davantage et de renforcer les recettes publiques.
De l’intention à l’exécution, le véritable test
La prochaine étape sera la mise en œuvre. Les autorités devront préciser le calendrier, les mécanismes de financement, les partenaires opérationnels et les garanties réglementaires de chaque projet. Elles devront aussi établir la part des capitaux effectivement mobilisés par rapport à la valeur totale annoncée.
Le projet de cité médicale illustre cette exigence. Une telle infrastructure pourrait renforcer l’offre de soins à Lusaka, attirer des compétences et développer des services spécialisés. Elle pourrait aussi positionner la capitale zambienne sur le marché régional de la santé. Mais son impact dépendra de la capacité à assurer son financement, son accès aux patients zambiens et sa connexion aux systèmes nationaux de formation et de santé.
Les projets énergétiques répondent, eux aussi, à une contrainte immédiate. Les pénuries d’électricité ont pesé sur l’activité industrielle et minière. Une amélioration de la production et du réseau bénéficierait aux grandes entreprises, mais également aux petites unités de transformation et aux ménages qui dépendent d’un approvisionnement stable.
Dans les zones rurales, l’agriculture reste un secteur déterminant. Les investissements ne produiront des effets durables que s’ils financent l’irrigation, le stockage, les routes secondaires et la transformation locale. Sans ces infrastructures, une hausse de la production peut encore se heurter aux pertes post-récolte et aux difficultés d’accès aux marchés.
La logistique constitue un autre enjeu. La Zambie est un pays enclavé d’Afrique australe. Ses échanges dépendent donc de corridors traversant plusieurs États voisins. L’amélioration des plateformes logistiques et des connexions régionales pourrait réduire les coûts de transport et soutenir les exportations vers les marchés de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui regroupe seize pays de la région.
Un rapprochement qui dépasse la relation bilatérale
Pour Abou Dhabi, la Zambie offre un accès à des ressources minières, agricoles et énergétiques, ainsi qu’à un marché situé au cœur de l’Afrique australe. Pour Lusaka, les Émirats représentent une source potentielle de capitaux, de technologies et de partenariats commerciaux en dehors de ses bailleurs traditionnels.
Cette diversification des partenaires peut renforcer la marge de manœuvre zambienne. Elle ne dispense toutefois pas le gouvernement de maintenir des règles transparentes, une concurrence équitable et une surveillance rigoureuse des engagements publics. Les investisseurs comme les citoyens ont besoin de connaître les conditions financières, les obligations fiscales et les effets attendus sur l’emploi.
Le dossier sera également observé dans la SADC. Plusieurs pays de la région cherchent à attirer des investissements dans l’énergie, les infrastructures, la santé et la transformation des matières premières. Si les accords zambien-émiratis débouchent sur des réalisations concrètes, ils pourraient servir de modèle à d’autres partenariats Sud-Sud.
À court terme, les indicateurs à suivre sont clairs : signature des contrats définitifs, bouclage financier, lancement des travaux et création d’emplois. La valeur de 2,14 milliards de dollars donne une visibilité politique au rapprochement. Sa portée économique dépendra, elle, de la capacité de Lusaka et de ses partenaires à passer rapidement du mémorandum aux résultats mesurables.