À Chitambo, en Zambie, l’électricité solaire ne se limite plus à alimenter le réseau national. La centrale Mailo vend aussi sa production sur le marché régional, un modèle qui ouvre de nouvelles possibilités aux producteurs privés, sans garantir à lui seul une fourniture stable à tous les ménages.
Un projet inscrit dans le virage énergétique zambien
La Zambie, dont la capitale est Lusaka, a longtemps largement compté sur l’hydroélectricité. La sécheresse de 2023-2024 a toutefois réduit la production des barrages et entraîné des délestages. Le ministère zambien de l’Énergie rappelle que ces coupures nationales ont duré de mars 2024 à novembre 2025. La crise a renforcé l’intérêt pour le solaire et d’autres sources capables de diversifier l’approvisionnement.
Ce changement s’inscrit aussi dans une dynamique régionale. La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont les services publics d’électricité coordonnent leurs échanges au sein du Southern African Power Pool (SAPP). Ce marché régional permet notamment des transactions à court terme entre pays, en complément des contrats bilatéraux.
Le SAPP dispose d’un marché à un jour d’avance, où les acteurs peuvent acheter ou vendre de l’électricité pour le lendemain. Cette plateforme ne remplace pas les réseaux nationaux : elle organise des échanges entre systèmes interconnectés, selon les capacités de transport et l’offre disponible.
Mailo ajoute une nouvelle tranche de production
La deuxième phase de la centrale solaire Mailo, dans le district de Chitambo, est entrée en exploitation commerciale en octobre 2026. Elle ajoute 34,5 mégawatts-crête (MWc) au site, portant sa capacité opérationnelle totale à 59,5 MWc. Le mégawatt-crête mesure la puissance maximale théorique des panneaux dans des conditions normalisées.
La première phase, d’une capacité de 25 MWc, fonctionne depuis juillet 2025. L’entreprise indique que les travaux de la seconde tranche ont duré moins de douze mois. Alensy Energy Solutions, société namibienne, a réalisé la construction. La maison mère de Solarcentury Africa, BB Energy, a investi en fonds propres, tandis que Standard Bank South Africa a apporté un financement par emprunt.
Le projet adopte un modèle dit « marchand » : au lieu de s’appuyer uniquement sur un contrat d’achat de longue durée avec ZESCO, l’opérateur public zambien, la centrale commercialise son électricité auprès d’acheteurs industriels et sur le marché du SAPP. Solarcentury Africa précise que la première phase vend déjà sa production selon ce modèle. Les modalités commerciales détaillées de la seconde phase ne sont pas toutes publiques.
Mailo doit, à terme, atteindre 118 MWc, selon le développeur. Cette capacité finale annoncée ne correspond pas à la puissance actuellement en exploitation : seules les deux premières phases, totalisant 59,5 MWc, sont opérationnelles à ce jour.
Deux façons de financer et vendre l’électricité
Le contraste avec Kafue montre que les investissements privés en Zambie suivent plusieurs voies. Solarcentury Africa et Alensy ont également été sélectionnées pour construire le projet solaire de Kafue, développé par Globeleq. Cette centrale de 56 MWc doit vendre sa production à ZESCO dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité de 25 ans. Sa mise en service est prévue au troisième trimestre 2027, selon les informations publiées par Globeleq.
Le modèle de Kafue donne à l’acheteur public une visibilité contractuelle sur l’approvisionnement. Mailo, lui, mise sur des ventes marchandes, notamment régionales. Cette approche peut diversifier les débouchés et réduire la dépendance à un acheteur unique. En contrepartie, les revenus du producteur peuvent être davantage exposés aux prix et aux conditions d’accès au marché. C’est une différence de mécanisme, pas une garantie que l’un des modèles fournira toujours une électricité moins chère.
Pour ZESCO et les autorités, l’enjeu est de faire entrer de nouvelles capacités dans un système qui doit à la fois répondre à la demande intérieure et composer avec des échanges régionaux. Pour les industriels, l’accès à une offre plus diversifiée peut compter dans la continuité de leurs activités. Pour les ménages, l’effet dépendra notamment de la capacité du réseau à acheminer l’électricité et des règles de vente : une centrale en exploitation ne signifie pas automatiquement une baisse des coupures ou des factures.
Le réseau et les règles de marché restent décisifs
La production solaire varie avec l’ensoleillement. Elle peut compléter l’hydroélectricité, mais ne fournit pas à elle seule une production constante à toute heure. Le stockage, la gestion du réseau et les interconnexions régionales comptent donc autant que les panneaux. Les échanges au sein du SAPP peuvent aider à équilibrer l’offre entre pays, mais ils dépendent des capacités disponibles et des besoins simultanés des membres.
La mise en service de Mailo 2 marque ainsi une étape pour le financement privé et le commerce régional de l’électricité en Afrique australe. Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer la part de l’énergie qui sera consommée en Zambie plutôt qu’exportée, ni son effet sur les tarifs. Ces données seront importantes pour évaluer les retombées du modèle au-delà de la capacité installée.
La suite dépendra de la progression vers les 118 MWc annoncés pour Mailo, de l’avancement de Kafue et de l’intégration de ces projets au réseau. Pour la Zambie comme pour ses voisins de la SADC, le défi est désormais de transformer l’augmentation de la production en approvisionnement fiable, accessible et mieux équilibré entre les différents utilisateurs.