Un nouveau financement extérieur peut desserrer la contrainte budgétaire de la Zambie. Mais il ne règle pas la question centrale : comment protéger les ménages des chocs tout en freinant des dépenses publiques qui dépassent les prévisions ? C’est l’équilibre que Lusaka devra défendre dans ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI).

Un accord de principe, pas encore un prêt débloqué

Le 9 octobre 2026, les services du FMI et les autorités zambiennes sont parvenus à un accord de principe sur un programme de trois ans, évalué à environ 1,5 milliard de dollars. Il s’agit d’un accord au niveau des services : le conseil d’administration du Fonds doit encore l’examiner. Le financement n’est donc pas encore approuvé ni versé.

La mission du FMI, conduite par Edward Gemayel, a séjourné à Lusaka du 29 septembre au 9 octobre. D’après les informations rapportées à l’issue des discussions, un examen du conseil est attendu vers décembre. Si le programme est approuvé, les décaissements seraient répartis en sept tranches, à intervalles d’environ six mois. Le premier versement représenterait près de 15 % du montant total. Ces modalités restent liées à l’approbation du programme et au respect de ses conditions.

Le mécanisme envisagé est une facilité élargie de crédit. Cet instrument du FMI fournit des financements à moyen terme aux pays confrontés à des difficultés de balance des paiements, en échange d’engagements économiques et de réformes. La question du calendrier, des objectifs précis et des conditions suivra donc celle de l’accord politique de principe.

Après la restructuration, le défi des finances publiques

Ce nouveau cycle s’ouvre après la clôture, en janvier 2026, du précédent programme. Approuvé en 2022, celui-ci a donné lieu à environ 1,7 milliard de dollars de décaissements. La restructuration d’une grande partie de la dette extérieure et le rétablissement de réserves de change plus solides ont contribué à réduire les tensions qui pesaient sur l’économie. Mais l’endettement et la capacité de l’État à financer ses priorités restent des sujets sensibles.

Le diagnostic du FMI fait aussi ressortir un écart entre les recettes attendues et les dépenses effectives. Les achats de maïs de l’Agence des réserves alimentaires ont dépassé les prévisions budgétaires. L’agence publique achète et stocke des céréales pour constituer des réserves et soutenir l’approvisionnement. Ces achats peuvent répondre à un impératif de sécurité alimentaire, notamment après des chocs climatiques. Ils peuvent toutefois alourdir les comptes publics et mobiliser des fonds qui manquent ensuite à d’autres postes.

Le débat porte ainsi sur la manière de financer les réserves, de fixer les volumes achetés et de rendre les opérations plus transparentes. Une dépense destinée à amortir un choc sur les récoltes peut protéger les consommateurs et les producteurs. Mais si son coût n’est pas anticipé ou clairement inscrit au budget, elle réduit la marge disponible pour les services publics et l’investissement. Les effets ne sont pas identiques : les agriculteurs dépendent des débouchés et des prix d’achat, tandis que les ménages urbains sont directement concernés par le prix des denrées.

Le FMI appelle également à renforcer les recettes et la discipline budgétaire. L’élargissement de l’assiette fiscale — c’est-à-dire le nombre d’activités et de personnes effectivement imposées — est présenté comme un levier. Il faudra suivre les mesures concrètes, leur calendrier et leur répartition. Une réforme fiscale peut accroître les ressources publiques, mais son incidence varie selon les entreprises, les travailleurs et les consommateurs concernés.

Inflation en baisse, pouvoir d’achat toujours en jeu

La baisse de l’inflation constitue un acquis à préserver. L’agence nationale de statistiques zambienne a mesuré une inflation annuelle de 6,1 % en septembre 2026, contre 6,2 % en août. La tendance générale s’améliore, mais ce taux ne signifie pas que les prix ont baissé : il indique que leur hausse sur un an a ralenti. Le coût du maïs et des autres produits alimentaires demeure particulièrement important pour les ménages.

Cette donnée donne un repère national, mais l’expérience des prix varie selon les revenus, les lieux d’achat et l’accès aux marchés. Les familles consacrant une part importante de leur budget à l’alimentation ressentent plus fortement les hausses de certains produits. Pour les autorités, l’enjeu consiste à maintenir la stabilité des prix sans négliger les réponses aux pénuries ou aux perturbations de l’approvisionnement.

Une négociation suivie dans toute l’Afrique australe

La Zambie cherche désormais à préserver les progrès de stabilisation tout en donnant davantage de place à la croissance, à l’investissement privé, aux exportations et à l’emploi. Le gouvernement et le FMI devront préciser comment ces priorités s’articulent avec les objectifs budgétaires. Les arbitrages seront d’autant plus observés que la restructuration de la dette n’a pas, à elle seule, supprimé les risques liés aux chocs climatiques, aux recettes publiques ou aux besoins d’investissement.

La portée dépasse les frontières zambiennes. Membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération économique et politique, le pays est lié aux marchés voisins par le commerce, les transports et les échanges agricoles. La gestion des stocks de maïs et des prix peut donc aussi compter pour les flux régionaux, même si les effets dépendront des récoltes et des décisions commerciales de chaque pays.

Pour les Zambiens, le test du programme ne se résumera pas au montant annoncé. Il faudra observer si les tranches sont approuvées, si les engagements budgétaires sont tenus et si les dépenses exceptionnelles, notamment celles liées à l’alimentation, restent contrôlées et transparentes. L’enjeu est de consolider la stabilité sans faire porter de manière disproportionnée le coût des ajustements sur les ménages et les acteurs économiques les moins protégés.

Les faits et chiffres relatifs à l’accord et à son calendrier ont été recoupés entre Zambia Monitor, média zambien ayant suivi les négociations, et un compte rendu de Reuters. Le chiffre d’inflation provient de l’Agence zambienne des statistiques.