À Abidjan, les engagements sur l’emploi des jeunes ne se mesureront pas au nombre de formations annoncées. Le test sera plus concret : ces parcours déboucheront-ils sur un revenu stable, une activité productive ou un emploi décent ? Dans une région où beaucoup de jeunes travaillent déjà, la question porte autant sur la qualité des emplois que sur leur nombre.
Une région, des marchés du travail différents
L’Afrique de l’Ouest réunit des économies aux structures et aux besoins distincts. Le Ghana et le Nigeria ne font pas partie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui rassemble huit pays utilisant le franc CFA. Pourtant, les difficultés d’insertion, l’importance du travail informel et le décalage entre formation et débouchés traversent les frontières.
Dans les pays de l’UEMOA, le travail indépendant représentait 70,1 % des emplois occupés par les 15-29 ans en 2022. La part allait de 49,9 % au Sénégal à 82,1 % au Niger. L’agriculture reste le principal secteur d’activité des jeunes travailleurs. Ces chiffres, publiés par l’Organisation internationale du Travail (OIT), décrivent des situations nationales différentes, et non un marché de l’emploi uniforme. Les données de l’OIT sur l’emploi des jeunes dans l’UEMOA.
Le travail indépendant ne signifie pas nécessairement précarité, pas plus qu’un emploi salarié ne garantit à lui seul de bonnes conditions. Mais l’OIT relève que presque tous les jeunes travailleurs de l’UEMOA occupent un emploi informel, et que cette informalité touche généralement davantage les jeunes femmes. L’accès à la protection sociale, au financement et à des débouchés rémunérateurs devient donc aussi important que l’accès à une activité.
À Abidjan, des engagements à traduire en résultats
Du 28 septembre au 3 octobre 2026, Abidjan a accueilli une semaine régionale consacrée aux femmes, aux jeunes, à la paix, à la sécurité et à la résilience économique. Organisée par le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et ONU Femmes, avec le gouvernement ivoirien et le soutien technique de la Banque africaine de développement, la rencontre a rassemblé environ 150 participants, dont des représentants d’États, de la société civile, de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisation d’intégration régionale ouest-africaine. Le compte rendu d’UNOWAS sur la semaine d’Abidjan.
À l’issue des travaux, le 3 octobre, les participants ont adopté l’Appel et les Engagements d’Abidjan. Les textes mettent l’accent sur l’enseignement, la formation technique et professionnelle, l’apprentissage et l’orientation. Ils appellent aussi à investir dans l’emploi décent, l’entrepreneuriat et l’accès aux ressources financières. Cette orientation relie explicitement les perspectives économiques aux agendas régionaux sur la paix et la sécurité.
La déclaration ne crée pas, à elle seule, des postes de travail. Sa portée dépendra de la manière dont les gouvernements et les partenaires convertiront ces priorités en programmes financés, accessibles et suivis. Un enjeu majeur sera de rapprocher les établissements de formation des entreprises sans réduire l’éducation à une réponse immédiate aux besoins des employeurs. Les compétences fondamentales, la capacité à s’adapter et la qualité de l’apprentissage comptent aussi dans des économies en transformation.
Le Ghana et le Nigeria illustrent deux pressions différentes
Au Ghana, la baisse de la participation des 15-29 ans au marché du travail entre 2012 et 2023 ne signifie pas simplement que davantage de jeunes restent sans activité. La Banque mondiale estime que le taux est passé de 62 % à 41 %. Environ 60 % de ce recul s’explique par une scolarité plus longue. La proportion de jeunes en études, mais sans emploi, est passée de 23 % à 35 %. Le défi consiste donc aussi à réussir la transition entre études et travail. L’analyse de la Banque mondiale sur le marché du travail ghanéen.
Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest, la pression vient notamment du nombre de nouveaux entrants. La Banque mondiale évoque environ 3,5 millions de personnes rejoignant chaque année la population active. Cette estimation, reprise dans des travaux de l’institution, souligne l’ampleur du défi de création d’emplois ; elle ne dit pas, à elle seule, combien de postes sont nécessaires dans chaque secteur ou région. Les possibilités diffèrent entre les grandes villes, les zones rurales et les États du nord et du sud. Les priorités de la Banque mondiale au Nigeria.
Ces deux trajectoires appellent des réponses différentes. Au Ghana, il faut notamment faciliter le passage de la formation à l’emploi. Au Nigeria, il faut aussi absorber une population active qui s’élargit rapidement. Dans les deux pays, l’enjeu consiste à développer des activités assez productives pour améliorer les revenus, y compris dans les petites entreprises et les secteurs informels qui occupent déjà une large part des travailleurs.
Mesurer l’impact au-delà des annonces
Les femmes et les jeunes qui entreprennent rencontrent souvent des obstacles d’accès au crédit, aux équipements, à la formation et aux marchés. Pour une activité rurale, une formation utile doit pouvoir s’accompagner d’infrastructures et de débouchés. En ville, le coût du financement et la concurrence peuvent limiter la croissance d’une petite entreprise. Les politiques publiques devront donc tenir compte des écarts entre territoires et entre femmes et hommes, plutôt que de proposer une seule solution à toute la région.
L’Appel d’Abidjan s’inscrit dans les engagements africains et internationaux en faveur de la paix et de la participation des jeunes et des femmes. Sa crédibilité se jouera toutefois dans des résultats vérifiables : formations achevées, accès effectif au financement, évolution des revenus, qualité des emplois et meilleure productivité des activités. Le suivi annoncé des engagements devra permettre de distinguer les actions réalisées des objectifs encore à atteindre.
À l’échelle régionale, le prochain enjeu est donc celui de la mise en œuvre et de la coordination entre États, institutions régionales, entreprises et organisations de jeunes. La croissance de la population active peut soutenir le développement, mais seulement si les économies créent des perspectives adaptées aux réalités nationales. À Abidjan, les priorités ont été formulées ; leur traduction dans les budgets, les formations et les emplois reste à démontrer.