Un téléphone connecté ne suffit pas à garantir l’accès au numérique. Encore faut-il pouvoir l’acheter, payer les données mobiles et capter un réseau fiable. En Zambie, l’ambition d’élargir l’équipement en smartphones met ces trois conditions au cœur du débat sur l’inclusion numérique.
Des objectifs qui dépassent la seule couverture réseau
Le gouvernement zambien vise une hausse de l’accès au haut débit à 80 % de la population sur cinq ans. Dans le même horizon, une cible de 10 millions de smartphones supplémentaires a été évoquée par le ministre de la Technologie et des Sciences, Felix Mutati, lors d’une rencontre avec Airtel Zambia, le 5 novembre 2026.
Une seconde publication zambienne rapporte également cette ambition, présentée comme un effort à mener avec les opérateurs télécoms. Toutefois, les informations disponibles ne précisent pas si les 10 millions désignent des ventes, des appareils distribués ou de nouveaux utilisateurs équipés. Cette distinction sera essentielle pour évaluer les progrès.
Le contexte régional compte aussi. La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui travaille à coordonner la transformation numérique et à réduire les écarts d’accès entre pays et populations. L’enjeu national rejoint donc une question régionale : comment convertir l’extension des réseaux en usages réellement accessibles.
Un écart entre réseaux disponibles et usages
Selon les chiffres cités lors de la rencontre, le pays compte environ 27 millions de connexions télécoms, dont 12,4 millions associées à des smartphones. Ces données, attribuées au dernier rapport de l’Autorité zambienne des technologies de l’information et de la communication (ZICTA), ne correspondent pas nécessairement à autant de personnes : un même utilisateur peut posséder plusieurs cartes SIM ou appareils.
Le ministère présente le smartphone comme un moyen d’accéder aux services publics en ligne, aux paiements et à l’information utile aux activités économiques. Felix Mutati a notamment évoqué le paiement numérique de taxes routières. Mais la disponibilité d’un service ne garantit pas son adoption, surtout lorsque l’appareil, les données ou les compétences nécessaires restent hors de portée.
Les indicateurs de couverture montrent déjà cet écart. L’Union internationale des télécommunications estime que les réseaux 4G couvraient 91,2 % de la population en 2024. Ce chiffre mesure la présence d’un signal, non le nombre de personnes effectivement connectées. Une analyse de l’International Growth Centre publiée en septembre 2026 souligne que l’accès à Internet reste inégal dans les zones rurales.
Le prix du téléphone et celui des données
Le directeur général d’Airtel Zambia, Hussam Baday, a avancé plusieurs pistes : rendre les modèles d’entrée de gamme plus abordables, examiner des mesures fiscales et développer des financements par les opérateurs. Il a aussi évoqué des programmes destinés aux ménages modestes, aux agriculteurs et aux femmes en milieu rural.
Ces propositions posent une question de répartition des coûts. Une baisse de taxe peut réduire le prix d’achat, mais son effet dépend de sa transmission aux consommateurs. Le crédit facilite l’acquisition immédiate, tout en pouvant alourdir le budget des ménages si leurs revenus sont irréguliers. Des dispositifs adaptés aux réalités locales seront donc déterminants.
Le coût de la connexion pèse ensuite sur l’usage quotidien. Les scores du GSMA Mobile Connectivity Index cités dans les données disponibles signalent une accessibilité plus faible pour les 40 % les plus pauvres que pour l’ensemble de la population. Les indicateurs sont particulièrement bas pour les paniers de données de 1 Go et de 5 Go. Ils mesurent une capacité d’accès relative, et non directement le prix payé par chaque foyer.
Les conséquences varient selon les territoires et les activités. À Lusaka, où les services et les réseaux sont plus concentrés, un smartphone peut faciliter démarches et paiements. Dans les zones rurales, les agriculteurs ont aussi besoin d’une couverture stable, de données abordables et de services adaptés à leurs pratiques. Pour les femmes, l’accès à l’appareil et le contrôle de son utilisation peuvent constituer des obstacles supplémentaires.
La prochaine étape : mesurer l’accès réel
La stratégie ne pourra donc pas être évaluée au seul nombre d’appareils mis en circulation. Il faudra suivre leur prix, la qualité du réseau hors des centres urbains, le coût des données et la part des habitants qui utilisent effectivement Internet. Les compétences numériques, les contenus locaux, la confiance dans les services et la protection des données comptent également.
À l’échelle de la SADC, l’expérience zambienne illustre un défi partagé : la couverture mobile progresse, mais l’accès utile reste inégal. Les prochaines données de la ZICTA et les mesures concrètes annoncées sur le prix des appareils permettront de vérifier si l’objectif de 10 millions améliore les usages, plutôt que le seul équipement. Le calendrier de cinq ans donne une direction ; il reste à préciser les étapes et les moyens de suivi.