Exporter davantage ne suffit pas à transformer une économie. Pour le Zimbabwe, l’enjeu est de faire en sorte qu’une part plus importante des revenus tirés des minerais et des récoltes soit créée dans le pays, plutôt que dans les usines de ses partenaires commerciaux.
Une cible ambitieuse dans une économie encore tournée vers les produits bruts
Le 4 novembre 2026, à Harare, Allan Majuru, directeur général de ZimTrade, a fixé un objectif : porter les exportations zimbabwéennes à valeur ajoutée à un milliard de dollars d’ici 2030. L’annonce a été faite pendant le Forum des acheteurs de la Semaine des exportations.
Les résultats récents donnent une mesure du défi. Entre janvier et septembre 2026, les exportations de marchandises ont atteint 10,4 milliards de dollars, selon les chiffres présentés par ZimTrade. Les produits transformés ont rapporté 671 millions de dollars, en hausse de 68 % sur un an. Ces données ont aussi été rapportées par la presse publique zimbabwéenne et par des médias locaux.
La hausse des exportations totales ne signifie donc pas que l’économie s’est déjà diversifiée. Les minerais et les produits agricoles gardent une place importante. La stratégie nationale de développement 2026-2030, appelée NDS 2, prévoit de faire passer la part des exportations à valeur ajoutée dans les exportations totales de 5,5 % en 2025 à 18,4 % en 2030. Elle vise aussi à renforcer l’industrie manufacturière.
Le pari industriel se joue aussi dans les mines
Le lithium illustre cette orientation. En février 2026, le ministère des Mines a suspendu les exportations de minerais bruts et de concentrés de lithium. La mesure, annoncée à Harare, devait pousser les entreprises à transformer davantage de matière première sur le territoire zimbabwéen. Le gouvernement avait auparavant interdit l’exportation de minerai de lithium non traité, en 2022.
Le choix donne au pays un levier de négociation face aux entreprises minières et aux acheteurs étrangers. Mais une restriction à l’exportation ne crée pas, à elle seule, des usines. Il faut aussi de l’électricité fiable, des équipements, des compétences, des financements et des règles prévisibles. Le Centre zimbabwéen pour la gouvernance des ressources naturelles a soutenu le principe de transformation locale tout en exprimant des réserves sur la mise en œuvre brusque de l’interdiction et le manque de concertation.
Le débat porte donc autant sur le rythme et les conditions de la politique que sur son objectif. Si les capacités de traitement ne suivent pas, les restrictions peuvent compliquer les ventes et les investissements. À l’inverse, des installations opérationnelles peuvent favoriser l’emploi industriel et retenir davantage de valeur dans le pays. Les retombées dépendront aussi de la place accordée aux fournisseurs locaux et aux travailleurs zimbabwéens.
Agriculture et textile : transformer plus près des producteurs
La stratégie concerne également les filières agricoles. En août 2026, le gouvernement et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ont validé une analyse des chaînes de valeur de l’avocat, du tournesol, des céréales traditionnelles et de la viande caprine. Le travail, mené avec des acteurs publics, des organisations de producteurs, des entreprises et des chercheurs, a relevé des besoins en stockage, financement, transformation et accès aux marchés.
Ces obstacles ont des effets concrets en dehors de Harare. Pour les petits producteurs, une capacité locale de conservation ou de transformation peut réduire les pertes après récolte et ouvrir des débouchés plus réguliers. Mais ces équipements doivent être accessibles, et les marchés suffisamment organisés, pour que les gains bénéficient aussi aux exploitations rurales, pas seulement aux grandes entreprises exportatrices.
Le textile constitue un autre chantier. Le gouvernement vise une transformation locale d’au moins 60 % du coton d’ici 2030, contre moins de 20 % en 2024, selon les données avancées dans la stratégie présentée. Dans le tabac, l’ambition est de développer la fabrication de cigarettes, de tabac coupé et l’extraction de nicotine à partir des déchets. Ces projets doivent toutefois convertir des objectifs industriels en investissements, en débouchés et en emplois durables.
Un enjeu pour l’Afrique australe
Le Zimbabwe inscrit cette démarche dans la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui cherche notamment à renforcer les échanges et les chaînes de valeur régionales. La stratégie nationale se réclame également du plan régional de développement de la SADC et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. L’analyse agricole conduite avec la FAO s’appuie elle aussi sur la politique agricole régionale de la SADC.
Pour les entreprises zimbabwéennes, les marchés voisins peuvent absorber des produits transformés et soutenir l’essor d’activités industrielles. Mais les pays de la région cherchent eux aussi à capter une plus grande part de la valeur issue de leurs ressources. La concurrence pour les investissements et les infrastructures s’ajoute donc à la possibilité de bâtir des chaînes de production complémentaires.
La cible d’un milliard de dollars donne un repère, mais le suivi devra porter sur ce qu’elle recouvre exactement : quels produits, quels emplois, quelle part de valeur créée localement et quels bénéfices pour les producteurs. Il faudra aussi observer si les mesures minières s’accompagnent de capacités de traitement suffisantes et si les projets agricoles atteignent les régions rurales. C’est à ces résultats, autant qu’à la progression des recettes, que se mesurera la transformation annoncée.