Le cuivre zambien accélère, mais la facture industrielle reste lourde
À Lusaka, la montée en puissance du cuivre ne se joue pas seulement dans les cours mondiaux. Elle se décide aussi dans les galeries profondes du Copperbelt, là où chaque nouveau chantier doit transformer un gisement en revenus, en emplois et en devises pour la Zambie. Le complexe de Konkola illustre ce tournant : produire davantage, plus vite, mais sans masquer les retards de financement ni les besoins d’infrastructures lourdes.
Le cadre national est clair. Le gouvernement zambien a lancé une stratégie visant 3 millions de tonnes de cuivre par an d’ici 2031, contre 890 346 tonnes produites en 2025 selon Reuters. Cette ambition s’inscrit dans une économie encore très dépendante du métal rouge, tandis que la Zambie reste le deuxième producteur africain de cuivre, derrière la République démocratique du Congo, au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC.
Un investissement de près de 500 millions de dollars pour traiter les résidus
Le complexe cuprifère de Konkola a signé un contrat de 498 millions de dollars avec China NERIN Engineering Co. pour construire une nouvelle unité de lixiviation en tas, ou TLP, un procédé qui permet de récupérer du cuivre à partir de résidus miniers déjà stockés sur le site. D’après les éléments publiés, l’ouvrage doit ajouter 70 000 tonnes de cuivre par an aux capacités du complexe. China NERIN assurera la conception, l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction, le montage, puis l’assistance à la mise en service et la formation.
Ce chantier ne se lit pas seul. Il s’insère dans une stratégie plus large portée par CopperTech Metals, la filiale de Vedanta qui pilote désormais le redressement de Konkola Copper Mines. Les documents déposés aux États-Unis évoquent, pour Konkola, un programme d’investissement additionnel de 2,7 milliards de dollars sur plusieurs exercices, avec un objectif de montée en cadence progressive jusqu’à environ 270 000 tonnes par an à l’horizon fiscal 2030. Un autre jalon annoncé est le projet souterrain Konkola Deep Mining Project, destiné à aller chercher des volumes plus profonds dans l’un des gisements les plus riches du pays.
Le calendrier reste toutefois sensible. Reuters a rapporté en juin 2026 que l’introduction en Bourse prévue pour la branche cuivre de Vedanta, perçue comme un levier de financement de l’expansion, avait été repoussée dans un contexte de volatilité des marchés miniers. Autrement dit, le contrat signé avec China NERIN apporte une brique industrielle, mais il ne règle pas à lui seul la question du capital nécessaire pour tenir la trajectoire annoncée.
Ce que cela change pour la Zambie, et pour la région
Pour l’État zambien, l’enjeu est double. D’abord, il faut sécuriser la production future dans un secteur qui pèse lourd sur les recettes publiques et les devises. Ensuite, il faut éviter que la montée en volume ne reste cantonnée à quelques actionnaires et à quelques contrats d’équipement. Le bénéfice attendu pour l’emploi dépendra de la cadence réelle des travaux, de la sous-traitance locale, de la maintenance des installations et de la disponibilité de l’énergie, un point crucial dans un pays où les projets miniers avancent souvent au rythme du réseau électrique et des corridors logistiques.
Le Copperbelt ne vit pas en vase clos. La province est connectée à la RDC, à l’Angola et aux routes régionales que la SADC cherche à fluidifier, notamment autour du corridor de Lobito, pensé pour relier les zones minières de la RDC et de la Zambie à l’Atlantique. Pour Konkola, cela compte autant que les machines : transporter plus de cuivre exige des chemins de fer, des lignes d’exportation, des douanes plus rapides et une gouvernance de corridor plus stable.
À l’échelle continentale, le dossier Konkola dit quelque chose de la nouvelle bataille africaine autour des minerais critiques. Le cuivre n’est plus seulement un métal d’exportation. Il est devenu stratégique pour les réseaux électriques, les véhicules électriques et les infrastructures de transition énergétique. La Zambie cherche donc à se positionner non comme simple fournisseur de minerai brut, mais comme acteur central d’une chaîne de valeur plus longue. Cela explique l’attention portée aux investissements chinois, indiens, américains et régionaux, tous désormais attirés par un même objectif : sécuriser l’accès au cuivre zambien.
La suite se jouera dans les prochains mois sur deux fronts. D’un côté, le passage effectif du contrat en phase d’exécution, avec les conditions financières prévues, notamment l’acompte dû à l’ingénieriste chinois. De l’autre, la capacité de Lusaka à tenir le cap de 3 millions de tonnes d’ici 2031 sans dépendre d’un seul chantier ni d’un seul opérateur. C’est là que Konkola devient un test : test industriel, test financier et test de crédibilité pour la stratégie minière zambienne.