En République démocratique du Congo, les enfants ne subissent pas une seule forme de violence. Ils peuvent être recrutés, enlevés, blessés, victimes de violences sexuelles ou privés d’école. En 2025, le système de suivi des Nations unies a recensé 4 114 violations graves contre 3 263 enfants congolais.
Ce bilan ne mesure donc pas le nombre total d’enfants touchés. Un même enfant peut avoir été victime de plusieurs violations. Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée du chiffre et éviter de réduire des trajectoires individuelles à une statistique unique.
Un bilan qui recouvre plusieurs réalités
Le mécanisme des Nations unies retient six catégories de violations graves. Il s’agit du meurtre ou de la mutilation, du recrutement et de l’utilisation d’enfants par les forces et groupes armés, des violences sexuelles, des enlèvements, des attaques contre les écoles et les hôpitaux, ainsi que du refus d’accès humanitaire.
Pour la RDC, les données publiées pour 2025 font état de 1 397 enfants recrutés et utilisés par des parties au conflit. Parmi eux, 421 auraient été employés dans des rôles de combat. Les Nations unies ont également vérifié le meurtre ou la mutilation de 918 enfants, dont 519 tués et 399 blessés.
Les violences sexuelles ont concerné 592 enfants, très majoritairement des filles. Le rapport mentionne aussi 1 067 enfants enlevés, 121 attaques contre des écoles et des hôpitaux, ainsi que 19 incidents de refus d’accès humanitaire. Ces chiffres correspondent aux cas vérifiés. Ils ne représentent pas nécessairement l’ensemble des faits commis, car l’accès aux zones touchées reste difficile.
La synthèse détaillée de l’Office de la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour les enfants et les conflits armés présente ces données par catégorie et par groupe impliqué. Les données des Nations unies sur les violations contre les enfants en RDC indiquent notamment une forte concentration des atteintes dans les zones affectées par les combats à l’est du pays.
L’est de la RDC au cœur de la dégradation
La hausse s’inscrit dans la reprise des affrontements dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. L’offensive de l’AFC-M23 et la réponse des forces gouvernementales ainsi que de leurs alliés locaux ont aggravé l’exposition des populations civiles, selon le rapport annuel des Nations unies couvrant 2025.
Cette lecture doit être replacée dans la trajectoire récente de la RDC. Le pays reste marqué par la présence de nombreux groupes armés, les déplacements de population et la fragilité des services publics dans les territoires isolés. Les enfants sont touchés directement, mais aussi par la fermeture des écoles, la rupture des soins et la séparation des familles.
La crise dépasse les frontières congolaises. Elle s’inscrit dans la région des Grands Lacs, où les tensions entre la RDC, le Rwanda et le Burundi se mêlent aux rivalités locales, aux déplacements transfrontaliers et aux négociations de sécurité. La Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, a déployé une mission en RDC avant d’engager son retrait en 2025. En parallèle, l’Union africaine et plusieurs médiations régionales cherchent à soutenir un règlement politique.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté en février 2025 la résolution 2773, qui appelle notamment à la fin de l’offensive du M23 et au retrait des forces étrangères non autorisées. La mise en œuvre concrète de ces engagements reste déterminante pour la protection des civils et des enfants.
Des responsables multiples, une obligation de protection commune
Le rapport de l’ONU attribue des violations à plusieurs parties au conflit. Il cite notamment des groupes armés comme le M23, la CODECO, les ADF et différentes factions Maï-Maï. Il mentionne également des éléments liés aux forces gouvernementales et à des groupes alliés.
Cette pluralité ne signifie pas que les responsabilités seraient identiques dans chaque cas. Elle rappelle plutôt que toute partie engagée dans les hostilités doit respecter le droit international humanitaire. L’État congolais conserve, de son côté, la responsabilité première de protéger sa population et d’enquêter sur les abus commis par ses agents ou par des acteurs placés sous son contrôle.
Le recrutement d’enfants fragilise durablement les communautés. Après leur séparation d’un groupe armé, beaucoup ont besoin d’un accompagnement médical, psychologique, scolaire et familial. Sans prise en charge stable, le risque de stigmatisation, de pauvreté et de recrutement répété augmente.
La réintégration ne peut donc pas se limiter à la sortie d’un enfant d’un groupe armé. Elle suppose un retour sécurisé dans la famille ou dans la communauté, une reprise de la scolarité ou de la formation professionnelle, ainsi qu’un suivi suffisamment long. Elle exige aussi de protéger les enfants déplacés et ceux qui vivent dans des zones où l’administration reste peu présente.
Ce que les chiffres disent moins bien
Un chiffre vérifié par l’ONU est le résultat d’un processus de documentation. Il ne correspond pas à une estimation automatique de tous les faits commis. Dans certaines zones, les enquêteurs ne peuvent pas se déplacer. Des familles n’ont pas accès aux services de signalement. Les violences sexuelles restent souvent sous-déclarées par peur des représailles ou de la stigmatisation.
La publication des données doit donc servir à orienter la protection, et non à établir une hiérarchie de souffrances. Les 4 114 violations recensées en 2025 révèlent surtout des mécanismes répétés : l’exposition des enfants aux combats, leur utilisation par des acteurs armés, la destruction des lieux d’apprentissage et l’affaiblissement de l’aide humanitaire.
Le rapport annuel des Nations unies souligne que 2025 a été l’année la plus meurtrière pour les enfants en RDC depuis la mise en place du mécanisme de suivi en 2005. Le rapport du secrétaire général de l’ONU sur les enfants et les conflits armés appelle les parties à respecter leurs engagements, à faciliter l’accès humanitaire et à protéger les écoles et les hôpitaux.
La suite dépendra du terrain et des accords
La protection des enfants dépendra d’abord de l’évolution militaire dans l’est de la RDC. Un cessez-le-feu formel ne suffira pas s’il n’est pas vérifié, respecté et accompagné d’un accès humanitaire réel. Les populations rurales, souvent éloignées des centres administratifs, resteront particulièrement exposées si les services de protection ne suivent pas.
Les discussions diplomatiques devront aussi intégrer la question des enfants. Cela signifie des engagements précis sur le recrutement, les violences sexuelles, les enlèvements, les écoles et la réintégration. La responsabilité judiciaire devra avancer en parallèle, sans distinction selon l’uniforme, le groupe ou l’autorité revendiquée.
À l’échelle régionale, l’enjeu dépasse la seule RDC. La stabilité des Grands Lacs dépendra de la capacité des États et des organisations africaines à réduire les soutiens armés transfrontaliers, à sécuriser les populations déplacées et à maintenir les services essentiels. Pour les enfants congolais, la mesure la plus concrète restera pourtant locale : pouvoir vivre, apprendre et grandir sans être transformé en cible, en combattant ou en monnaie d’échange.