À Kolwezi, le contrôle des minerais ne se joue pas seulement dans les concessions. Il touche aussi aux revenus des creuseurs, à l’activité des négociants et à la confiance dans les services chargés de faire respecter les règles. La suspension de deux responsables du SAEMAPE place au cœur du débat la capacité de l’État à encadrer une filière où coexistent exploitation industrielle et artisanale.

Une mission de contrôle au milieu des tensions

Dans le Lualaba, province du sud-est de la République démocratique du Congo, une commission interservices envoyée depuis Kinshasa vérifie depuis octobre des entités de traitement et des comptoirs d’achat de minerais. Les autorités présentent l’opération comme un moyen de contrôler la conformité des activités et les circuits de commercialisation. À Kolwezi, des creuseurs ont toutefois dénoncé les restrictions et la crainte de voir leurs débouchés se fermer.

Des manifestations ont perturbé plusieurs quartiers les 19 et 20 octobre. Le 21 octobre, le calme est revenu progressivement, après des troubles qui ont affecté commerces, circulation et activités scolaires. Radio Okapi a fait état de blessés et de dégâts matériels, en citant des sources locales. La gouverneure Fifi Masuka a, de son côté, déclaré qu’aucune usine de traitement n’avait été fermée. Les récits sur l’ampleur et les conséquences de l’opération ne sont donc pas entièrement concordants.

Ces tensions se déroulent dans une région où le cuivre et le cobalt alimentent à la fois des projets industriels et des activités artisanales. L’accès aux sites, l’achat de la production et la vérification de son origine déterminent concrètement les revenus des travailleurs et le fonctionnement des entreprises. La société civile a aussi relevé des difficultés de représentation et de dialogue entre autorités et coopératives minières. L’Agence congolaise de presse rapporte la recommandation d’un cadre permanent d’échange avec les coopératives.

Deux responsables suspendus, des griefs à instruire

Le 21 octobre 2026, le ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, a suspendu le directeur général du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), Jean-Paul Kapongo Kadiobo, ainsi que le directeur provincial du service au Lualaba, Georges Nyembo Kitungwa. Les deux décisions prennent effet à leur signature. Les informations disponibles ne précisent ni la durée des suspensions ni les dispositions d’intérim.

Les griefs ministériels portent notamment sur l’absence de mesures suffisantes pour prévenir l’exploitation artisanale non autorisée dans des concessions minières, en particulier au Lualaba et dans le Haut-Katanga. Le directeur général est aussi accusé d’avoir installé irrégulièrement des services percepteurs dans des périmètres concédés. Selon les arrêtés tels qu’ils sont rapportés, ces interventions auraient porté atteinte aux droits des titulaires et exposé l’État à des réclamations de tiers. Les documents ne nomment pas les entreprises concernées et ne chiffrent aucun préjudice.

Il s’agit d’accusations administratives, et non d’une conclusion judiciaire sur la responsabilité des deux cadres. Une autre couverture congolaise confirme la suspension du directeur général et les motifs avancés par le ministère. CongoRassure rend compte de l’arrêté ministériel concernant Jean-Paul Kapongo Kadiobo. Un média local rapporte également la suspension du responsable provincial. La durée des mesures et leurs suites restent à clarifier.

Le rôle délicat du SAEMAPE

Le SAEMAPE est le service public chargé d’assister et d’encadrer l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Son rôle ne se limite pas à constater les infractions : il doit aussi accompagner les exploitants et les coopératives dans le cadre prévu par la réglementation. Sa direction se trouve ainsi confrontée à une double exigence : empêcher l’exploitation illégale et rendre praticable une activité artisanale organisée.

Le Code minier congolais prévoit que l’exploitation artisanale légale se déroule dans des zones dédiées, avec des coopératives agréées et des exploitants autorisés. Une concession industrielle et une zone d’exploitation artisanale ne sont donc pas interchangeables. Mais la règle ne résout pas à elle seule les tensions lorsque les sites légaux sont difficiles d’accès ou que les circuits d’achat sont contestés. Un rapport de l’IIED sur le cobalt artisanal en RDC documente ces difficultés de coexistence autour des concessions et leurs risques de conflit. L’étude de l’IIED examine les relations entre exploitation artisanale et sites industriels.

Pour les titulaires de permis, le contrôle des intrusions et le respect de leurs droits sont des enjeux de sécurité juridique et de continuité des opérations. Pour les creuseurs, une restriction d’accès ou un blocage des achats peut couper une source de revenu immédiate. Les commerçants et unités de traitement doivent, eux, démontrer la conformité de leurs approvisionnements. Une politique qui ne contrôlerait que les sites, sans rendre transparents les débouchés et les procédures, risque donc de déplacer le problème plutôt que de le régler.

Un enjeu de gouvernance au-delà du Lualaba

La séquence met en jeu la crédibilité de l’État congolais dans une filière stratégique, mais aussi la place des travailleurs artisanaux dans l’économie minière. L’enjeu n’est pas d’opposer mécaniquement entreprises et creuseurs. Il est de faire respecter les titres miniers tout en offrant des voies légales, compréhensibles et accessibles à l’activité artisanale.

La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), cadre régional de coopération auquel participent plusieurs pays miniers voisins. La traçabilité, la conformité des minerais et la stabilité des chaînes d’approvisionnement dépassent donc les frontières congolaises. Pour les partenaires régionaux et les acheteurs, la qualité des contrôles compte ; pour les populations du Lualaba, leur équité et leurs effets sur les revenus comptent tout autant.

Les prochaines étapes seront déterminantes : publication des conclusions de la mission de contrôle, clarification de la durée des suspensions et continuité des missions du SAEMAPE. Il faudra aussi voir si les autorités ouvrent un dialogue régulier avec les coopératives et précisent les conditions d’accès aux zones artisanales et aux centres d’achat. C’est à ces résultats, plutôt qu’au seul nombre de sanctions, que se mesurera l’assainissement annoncé de la filière.