À Kolwezi, perdre l’accès à un comptoir d’achat ou à un site minier peut signifier perdre son revenu du jour au lendemain. Les tensions d’octobre rappellent qu’une politique de contrôle ne peut tenir sans débouchés légaux accessibles aux creuseurs artisanaux.

Une ville minière prise entre contrôle et subsistance

Kolwezi, chef-lieu du Lualaba, se trouve au cœur du bassin cuprifère et cobaltifère du sud-est de la République démocratique du Congo. L’activité minière y relie de grands projets industriels, des unités de traitement, des négociants et des exploitants artisanaux. Ces acteurs ne disposent ni du même accès aux sites ni du même poids économique.

Le gouvernement congolais cherche depuis plusieurs années à encadrer l’exploitation artisanale et la circulation des minerais. Les zones d’exploitation artisanale, ou ZEA, sont des périmètres légalement réservés aux creuseurs artisanaux. Leur aménagement doit leur offrir une alternative aux concessions industrielles. Mais désigner une zone ne suffit pas : il faut qu’elle soit accessible, équipée et reliée à des acheteurs.

La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des États d’Afrique australe et soutient notamment la coopération économique régionale. La traçabilité des minerais et la stabilité des bassins miniers dépassent donc le seul Lualaba : elles influencent les chaînes d’approvisionnement régionales et internationales.

Des manifestations sur fond d’opérations de contrôle

Les 19 et 20 octobre 2026, des manifestations de creuseurs artisanaux ont perturbé plusieurs quartiers de Kolwezi. Des barricades, des incendies et des affrontements avec les forces de sécurité ont été signalés. Les activités commerciales et scolaires ont également été touchées.

Radio Okapi et Actualité.cd ont fait état de blessés et de dégâts matériels, sans bilan officiel consolidé. Des organisations locales ont évoqué des décès, mais cette information n’a pas été confirmée par un décompte indépendant. Il convient donc de ne pas présenter ce bilan comme établi.

Les manifestants contestaient les restrictions touchant la vente de leurs minerais et leur évacuation de certains sites. La colère est montée pendant une mission de contrôle menée par une commission interservices venue de Kinshasa. Celle-ci réunit des services liés aux Mines, à la sécurité et à la justice. Elle dit vouloir faire retirer les hommes en uniforme présents sur des sites en dehors du cadre légal et déplacer les creuseurs installés dans des concessions industrielles.

La démarche s’inscrit dans les instructions données par le président Félix Tshisekedi au Conseil des ministres du 10 juillet 2026 : retirer les policiers et militaires impliqués dans les activités minières et démanteler les réseaux de fraude. Le compte rendu officiel confirme la tenue de cette réunion, tandis que les médias congolais ont documenté le déploiement de la commission et les troubles à Kolwezi. Les détails des incidents restent, eux, tributaires de témoignages locaux.

La question décisive : où vendre et où travailler ?

Le contrôle vise aussi des circuits susceptibles d’alimenter l’extraction non autorisée. La société Metalkol, filiale du groupe Eurasian Resources Group, a signalé des intrusions sur sa concession près de Kolwezi. Elle affirme que des minerais extraits sans autorisation étaient acheminés vers des unités de traitement. Le volume de plus de 2 000 tonnes par jour avancé par l’entreprise demeure une estimation attribuée, non un chiffre vérifié de manière indépendante.

Les autorités locales ont contesté l’idée d’une fermeture générale des unités de traitement. Le 20 octobre, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, a déclaré qu’« aucune usine de traitement n’a été fermée ». Cette déclaration ne met pas fin au différend : des creuseurs disent ne plus pouvoir vendre dans les mêmes conditions, tandis que les autorités leur demandent de passer par des coopératives en règle et des centres de négoce.

Ces centres peuvent faciliter l’expertise et la traçabilité des minerais. Toutefois, leur utilité dépend de leur capacité à accueillir les volumes, à proposer des prix compréhensibles et à fonctionner sans frais prohibitifs. Si l’accès aux acheteurs se réduit avant que les circuits réguliers ne soient opérationnels, la perte de revenu touche d’abord les ménages qui dépendent directement de l’activité artisanale. Elle peut aussi se répercuter sur les petits commerces de la ville.

Le même enjeu se pose pour les sites. Les autorités ont demandé aux creuseurs présents à Kamilombe, site attribué à la Gécamines, de partir et évoqué leur installation dans la ZEA 371. Mais les informations disponibles ne précisent pas la capacité d’accueil ni l’état des aménagements de cette zone. Sans solution concrète, le déplacement risque de déplacer le conflit plutôt que de le résoudre.

De l’ordre minier à la confiance publique

Pour l’État, faire respecter les titres miniers et écarter les réseaux de fraude répond à des enjeux de sécurité, de recettes publiques et de protection des investissements. Pour les titulaires de concessions, l’occupation non autorisée peut interrompre les opérations et brouiller la responsabilité en cas d’incident. Pour les creuseurs, en revanche, une évacuation sans site viable ni débouché commercial menace directement les revenus.

Ce décalage nourrit la défiance. Il est aggravé lorsque des hommes en uniforme sont accusés d’être présents sur des sites miniers hors du cadre légal : l’État doit alors faire appliquer ses règles tout en contrôlant ses propres agents. Une opération durable suppose donc des procédures lisibles, des responsabilités établies et un dialogue qui ne se limite pas aux opérateurs industriels.

Après les troubles, un retour progressif au calme a été rapporté le 21 octobre. Metalkol a également fait état d’une reprise du contrôle de sa concession. Ces évolutions ne règlent pas la question de fond. La prochaine étape sera de vérifier si les ZEA annoncées disposent réellement des accès, des équipements et des circuits d’achat nécessaires.

À Kolwezi comme dans d’autres bassins miniers de la région, l’enjeu est de faire coexister exploitation industrielle, activité artisanale et règles de traçabilité. Les autorités congolaises devront montrer que le contrôle ne se traduit pas seulement par des évacuations, mais aussi par des solutions légales praticables. C’est à cette condition que la sécurité des concessions pourra aller de pair avec des revenus moins exposés à l’arbitraire et aux circuits irréguliers.