À Kinshasa comme dans les provinces orientales, les annonces de cessez-le-feu se heurtent encore à une réalité brutale : les armes continuent de déplacer les populations, tandis que les urgences sanitaire et humanitaire avancent sur les mêmes routes fragiles. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, une représentante de la société civile du Sud-Kivu a demandé que les engagements diplomatiques produisent enfin des effets visibles pour les Congolais.

Une diplomatie active, mais un terrain toujours instable

Le 29 septembre 2026, le Conseil de sécurité s’est penché sur la situation en République démocratique du Congo. James Swan, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, a décrit une succession d’initiatives diplomatiques engagées depuis plusieurs mois.

Le processus de Washington traite principalement les questions de sécurité entre la RDC et le Rwanda. Le processus de Doha réunit, lui, le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars, connue sous le sigle AFC/M23. L’Union africaine tente également d’harmoniser ses propres efforts de médiation.

Ces démarches ont produit quelques signes de détente. Les discussions entre Kinshasa et l’AFC/M23 ont repris en Suisse en août 2026. Elles ont débouché sur une feuille de route pour la suite des échanges. Quinze détenus ont aussi été transférés le 7 août par le Comité international de la Croix-Rouge.

Le mécanisme conjoint de vérification élargi, appelé EJVM+, est désormais passé de la déclaration politique aux premières opérations de terrain. Une mission s’est rendue à Minembwe, dans le Sud-Kivu, du 24 au 25 août. Une autre a été déployée à Masisi, dans le Nord-Kivu, du 10 au 12 septembre. La MONUSCO a fourni des moyens de transport, des communications et un appui médical à ces équipes.

Pourtant, ces avancées ne signifient pas l’arrêt des combats. James Swan a signalé la poursuite des affrontements à Masisi et Walikale, dans le Nord-Kivu. Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, les forces gouvernementales, les groupes Wazalendo et l’AFC/M23 restent engagés dans des combats autour de plusieurs localités.

Les civils pris entre combats, administrations parallèles et déplacements

L’usage d’armes lourdes et de drones aggrave les conséquences pour les habitants. Il provoque de nouveaux déplacements et perturbe les services essentiels. Les convois humanitaires doivent composer avec des axes coupés, des zones contrôlées par plusieurs acteurs et des garanties de sécurité difficiles à vérifier.

Devant les diplomates, Néné Bintou Iragi, présidente de la Coordination du bureau de la société civile du Sud-Kivu, a résumé la gravité de la situation par une formule devenue le symbole de son intervention : « L’Est n’est plus en crise. Il est en effondrement. »

La responsable associative a accusé l’AFC/M23 d’imposer une administration parallèle dans les zones sous son contrôle. Elle affirme que des taxes sont prélevées auprès des habitants et que des abus ciblés sont commis contre des civils. Ces accusations doivent être examinées par les mécanismes d’enquête compétents, car les parties au conflit présentent des récits opposés sur les responsabilités.

La crise ne se limite pas aux lignes de front. Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les agriculteurs ont du mal à accéder à leurs champs. Les commerçants voient leurs itinéraires se réduire. Les familles déplacées dépendent davantage des marchés urbains, alors que les revenus diminuent et que les prix augmentent.

La situation reste également tendue en Ituri. Les Forces démocratiques alliées, affiliées à l’organisation État islamique selon les Nations unies, continuent de viser des civils, des sites miniers et des axes économiques. Cette menace complique encore la circulation des équipes médicales et humanitaires entre l’Ituri et le Nord-Kivu.

Les minerais au centre du rapport de force

Néné Bintou Iragi a placé l’exploitation des ressources naturelles au cœur de son analyse. Selon elle, la guerre ne repose pas seulement sur des rivalités militaires ou communautaires. Elle s’alimente aussi des revenus tirés du contrôle des zones minières et des routes commerciales.

La représentante du Sud-Kivu a demandé un renforcement du Groupe d’experts des Nations unies et de la Commission internationale d’enquête sur la RDC. Elle souhaite également que les réseaux économiques qui financent les groupes armés soient visés, au-delà des seuls commandants militaires.

Son intervention pose une question concrète aux entreprises qui achètent de l’or, de la cassitérite, du coltan ou du wolframite. Elles doivent pouvoir démontrer l’origine de leurs approvisionnements et publier leurs procédures de diligence. Cette exigence concerne les acteurs étrangers, mais aussi les négociants et les circuits régionaux qui facilitent la sortie des minerais.

Pour les Congolais, l’enjeu dépasse la traçabilité commerciale. Il concerne la capacité de l’État à percevoir les recettes minières, à sécuriser les zones d’exploitation et à financer les services publics. Dans les territoires contrôlés par des groupes armés, la taxation illégale prive les collectivités de ressources et renforce l’autorité de fait des acteurs militaires.

Ebola ajoute une urgence sanitaire à la crise sécuritaire

L’épidémie d’Ebola complique encore la situation. Au 26 septembre 2026, la République démocratique du Congo comptait 8 067 cas confirmés et 3 901 décès, selon les données officielles de la riposte sanitaire rapportées par Actualité.cd et recoupées par l’Agence Anadolu.

L’Ituri demeure l’épicentre de la flambée. Des cas sont aussi signalés au Nord-Kivu et dans plusieurs autres provinces. L’épidémie est liée au virus Ebola de type Bundibugyo, une souche différente de celle qui avait provoqué la grande flambée de 2018-2020 dans le Kivu.

La mobilité réduite, l’insécurité et la méfiance compliquent le travail des agents de santé. Les équipes doivent obtenir des garanties avant d’atteindre certaines zones. Dans la Tshopo, les stocks de doses congelées du vaccin ERVEBO ont également été déclarés insuffisants dans plusieurs secteurs, selon le bulletin sanitaire cité par Actualité.cd.

Cette situation montre l’effet cumulatif des crises. Un centre de santé fermé par manque de sécurité ne soigne plus les malades. Une route impraticable ralentit l’acheminement des médicaments. Une famille déplacée peut retarder une consultation ou abandonner le suivi d’un contact par crainte de traverser une zone dangereuse.

Transformer les accords en protection concrète

Le plan humanitaire révisé des Nations unies pour 2026 prévoit 2,13 milliards de dollars afin d’aider 10,7 millions de personnes vulnérables. Au 28 septembre, son financement atteignait seulement 50,5 %, selon les éléments présentés au Conseil de sécurité.

Cette insuffisance touche directement les populations déplacées, mais aussi les communautés qui les accueillent. Elle pèse sur les programmes alimentaires, les soins, l’éducation et l’accès à l’eau. Les zones rurales supportent souvent une charge plus lourde, car les services publics y sont déjà moins présents qu’à Goma, Bukavu ou Bunia.

Pour Néné Bintou Iragi, une réponse militaire ne peut pas régler seule la crise. Elle plaide pour un dialogue politique inclusif, la diplomatie et la reconstruction de la confiance. James Swan a lui aussi insisté sur la nécessité de convertir les engagements de Washington, de Doha et de l’Union africaine en résultats mesurables.

La prochaine étape sera donc celle de la vérification. Les missions de l’EJVM+ devront documenter les violations du cessez-le-feu. Les autorités congolaises, l’AFC/M23, le Rwanda et les médiateurs devront répondre aux rapports établis. Dans le même temps, la MONUSCO devra continuer à protéger les civils et à faciliter l’accès humanitaire, alors que son mandat arrive à un moment décisif.

À l’échelle régionale, la crise de l’Est de la RDC concerne directement la Communauté d’Afrique de l’Est, la SADC, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et l’Union africaine. Elle met à l’épreuve leur capacité à coordonner les initiatives, à contrôler les engagements et à placer les populations au centre des processus de paix.