À Mekelle, la guerre se mesure désormais à la porte des hôpitaux. Des enfants blessés dans les combats du sud du Tigré y arrivent avec des traumatismes lourds, alors que la reprise des hostilités menace un équilibre déjà fragile depuis la fin de la guerre civile éthiopienne.

Un système de soins confronté à un nouvel afflux de blessés

Entre le samedi 26 et le lundi 28 septembre 2026, l’hôpital de référence Ayder, à Mekelle, a accueilli 44 civils grièvement blessés après des bombardements à Maychew et Alamata, selon un membre du personnel médical cité par plusieurs médias.

Trente-trois patients étaient des enfants. Certains souffraient de blessures nécessitant des amputations. D’autres avaient perdu la vue. Au moins quatre personnes seraient mortes pendant leur transfert vers la capitale régionale du Tigré. Ces chiffres restent attribués, car les restrictions d’accès et les coupures de télécommunications empêchent une vérification indépendante complète.

Des informations concordantes font état d’une forte pression sur les établissements de santé de la région. Médecins Sans Frontières a signalé une hausse rapide des admissions dans les hôpitaux de Korem et d’Alamata, ainsi qu’un afflux de plus de 300 blessés à l’hôpital de Suhul, à Shire, en quelques jours.

Cette situation intervient dans un système médical déjà très affaibli. À Ayder, Human Rights Watch rapporte également des difficultés d’approvisionnement en matériel de base, notamment en anesthésiques, en équipements chirurgicaux et en dispositifs nécessaires aux soins d’urgence.

Des combats qui débordent le seul front du Tigré

La nouvelle séquence militaire a commencé le 23 septembre 2026, après plusieurs mois de tensions entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front populaire de libération du Tigré, le TPLF. Ce mouvement reste l’acteur politique et militaire dominant dans la région septentrionale.

Les affrontements se concentrent sur plusieurs axes. Les forces fédérales et leurs alliés ont annoncé la prise d’Alamata, une ville stratégique située sur la principale route reliant le sud au Tigré. Des habitants ont, de leur côté, décrit de violents tirs d’artillerie à Maychew, notamment dans des quartiers résidentiels et près d’un marché.

La situation militaire demeure toutefois difficile à établir avec précision. Les autorités fédérales, les forces tigréennes et les groupes alliés présentent des versions différentes des opérations. Les coupures de réseau téléphonique et d’internet compliquent davantage le travail des journalistes, des organisations humanitaires et des familles qui cherchent à localiser leurs proches.

Les combats ne se limitent pas au territoire tigréen. Le TPLF a lancé des opérations vers les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar. Cette extension ouvre plusieurs fronts et accroît le risque de perturbation des routes commerciales reliant l’Éthiopie au port de Djibouti.

Le conflit pourrait aussi provoquer de nouveaux déplacements de population. Dans l’Afar, des acteurs humanitaires ont fait état d’un déplacement important de civils, sans pouvoir fournir un bilan définitif. Là encore, les chiffres doivent être considérés avec prudence tant que les accès ne sont pas rétablis.

L’accord de Pretoria reste le point de référence

La reprise des combats rappelle les limites de l’accord de paix signé à Pretoria, en Afrique du Sud, en novembre 2022. Ce texte avait mis fin à la guerre opposant le gouvernement fédéral au TPLF entre 2020 et 2022.

Cette guerre avait provoqué une catastrophe humaine majeure. Les estimations les plus citées évoquent environ 600 000 morts, en incluant les victimes directes des combats et celles liées aux conséquences de la faim, des maladies et de l’effondrement des services publics.

L’accord avait prévu le désarmement des forces tigréennes, la restauration de l’administration régionale et le retour des personnes déplacées. Toutefois, plusieurs dossiers essentiels sont restés ouverts. Le statut de territoires disputés, la réintégration des combattants et la reconstruction des institutions régionales continuent d’alimenter la méfiance.

Depuis la fin de 2025, les tensions se sont intensifiées. Des frappes de drones, des mouvements de troupes et des affrontements localisés ont progressivement réduit l’espace consacré au dialogue. La crise politique interne du Tigré a également fragilisé la mise en œuvre de l’accord.

Pour les populations, les conséquences sont immédiates. Les habitants des villes proches des axes militaires subissent les bombardements, les déplacements et les restrictions de circulation. Dans les zones rurales, l’accès aux soins, aux marchés et à l’aide humanitaire devient plus incertain. Les familles disposant de revenus réguliers peuvent parfois acheter des médicaments dans le secteur privé. Les autres dépendent presque entièrement des stocks hospitaliers et de l’aide extérieure.

Un risque pour l’équilibre de la Corne de l’Afrique

La crise éthiopienne dépasse les frontières du Tigré. L’Éthiopie est un acteur central de la Corne de l’Afrique et un membre important de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, qui travaille sur la paix et la sécurité régionales.

Une guerre prolongée pourrait affecter les régions de l’Amhara et de l’Afar, mais aussi les routes commerciales vers Djibouti. Elle pèserait sur les déplacements de population, les prix des denrées et les opérations humanitaires dans une zone déjà marquée par plusieurs crises.

Les développements militaires autour de Mekelle seront donc déterminants. Une progression fédérale vers la capitale du Tigré pourrait ouvrir une nouvelle phase de confrontation urbaine. À l’inverse, une extension des opérations vers l’Afar et l’Amhara risquerait de transformer le conflit en crise nationale à plusieurs fronts.

La priorité immédiate reste l’accès aux soins et la protection des civils. Mais la stabilisation durable dépendra surtout de la reprise d’un mécanisme politique crédible. Sans règlement des questions territoriales et institutionnelles laissées en suspens par Pretoria, chaque incident militaire peut encore faire basculer le nord de l’Éthiopie dans une nouvelle guerre.