En Égypte, produire davantage d’électricité solaire et éolienne ne dépend pas seulement des projets annoncés. Il faut aussi réunir des capitaux patients, des garanties et des réseaux capables d’absorber cette production. Un nouvel accord entre Scatec et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) entend répondre à une partie de ce défi.
Une plateforme pour partager le risque et financer plusieurs projets
Signé le 22 octobre 2026, l’accord crée une structure d’investissement consacrée aux énergies renouvelables en Égypte. Le développeur norvégien Scatec en détiendra 60 %, et la BERD 40 %. La banque s’engage à mobiliser jusqu’à 221 millions de dollars, dont environ 170 millions en fonds propres. Le solde doit prendre la forme de garanties au niveau des projets, selon les deux partenaires et les documents de la BERD.
Cette structure doit prendre des participations dans plusieurs projets déjà développés ou en préparation. Elle détiendra 40 % d’Obelisk, 51 % de Shadwan et environ 60 % de Dandara, aussi appelé première phase d’Egypt Aluminium, et d’Energy Valley. D’autres investisseurs minoritaires pourraient également participer à certains actifs.
Scatec restera le principal promoteur des projets. L’entreprise conservera le développement, la construction et la gestion des installations. La plateforme doit donc ouvrir une nouvelle voie de financement sans transférer à la BERD la conduite opérationnelle des chantiers.
Le défi égyptien : produire et acheminer l’électricité
Le partenariat s’inscrit dans une ambition nationale de hausse de la part des renouvelables. Le gouvernement égyptien vise plus de 42 % d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique d’ici 2030, puis plus de 60 % en 2040. Il reste toutefois à construire les centrales, les moyens de stockage et les infrastructures de transport nécessaires pour intégrer cette production au réseau.
Les projets concernés couvrent plusieurs besoins. Obelisk associe énergie solaire et batteries. Energy Valley prévoit également une importante capacité solaire et du stockage. Les batteries peuvent conserver une partie de l’électricité produite en journée et la restituer lorsque la production solaire baisse. Leur efficacité dépend néanmoins du raccordement au réseau et des conditions de vente de l’électricité.
Les objectifs annoncés ne sont donc pas encore des résultats acquis. Les calendriers de construction, le financement complet, les autorisations et le renforcement du réseau détermineront la contribution réelle de ces actifs. Pour les consommateurs et les entreprises, l’enjeu concret est une alimentation plus régulière et une moindre exposition aux combustibles fossiles importés. Cela dépendra aussi du coût final de l’électricité et de la capacité du réseau à acheminer l’énergie au-delà des sites de production.
Une coopération financière qui change d’échelle
La BERD et Scatec travaillent déjà ensemble en Égypte. La banque a participé au financement de centrales solaires à Benban, puis à leur refinancement par des obligations vertes en 2022. En juin 2025, elle a aussi rejoint la Banque africaine de développement et British International Investment pour financer le projet hybride Obelisk. La BERD n’est donc plus seulement prêteuse : avec cette plateforme, elle devient également actionnaire d’un véhicule regroupant plusieurs projets.
Ce changement permet de répartir les besoins de financement entre différents actifs plutôt que de négocier chaque investissement isolément. Il peut aussi aider Scatec à dégager des capitaux pour poursuivre son développement. Mais l’accord ne supprime pas les risques : les délais, les coûts de construction, les revenus futurs et la disponibilité des infrastructures restent déterminants. La participation d’une banque de développement ne garantit pas, à elle seule, la réalisation de chaque projet.
Cette formule peut intéresser d’autres investisseurs institutionnels, souvent attentifs à la stabilité des règles et à la visibilité des revenus. Pour l’Égypte, attirer ces capitaux s’inscrit dans une trajectoire où l’État cherche à développer les capacités électriques tout en renforçant le rôle des opérateurs privés. Le partage du capital ne dit cependant pas à lui seul comment seront répartis les bénéfices, les risques ou les retombées locales.
Un enjeu nord-africain, puis continental
Le dispositif concerne d’abord l’Égypte et ne constitue pas un mécanisme porté par une organisation régionale. Il prend toutefois place dans un environnement nord-africain où les États cherchent à diversifier leur production et où les projets énergétiques peuvent, à terme, poser la question des interconnexions. L’Union du Maghreb arabe existe comme cadre régional, mais cet accord n’y est pas rattaché. La BERD indique plutôt que la plateforme pourrait, ultérieurement, s’étendre à d’autres marchés du sud et de l’est de la Méditerranée.
À l’échelle de l’Union africaine, le dossier illustre un enjeu plus large : transformer les objectifs de transition énergétique en projets financés, raccordés et utiles aux économies nationales. La Banque africaine de développement a déjà participé au financement d’Obelisk, mais elle n’est pas annoncée comme actionnaire de cette nouvelle plateforme. Il faudra suivre l’évolution des chantiers et le renforcement du réseau égyptien pour mesurer si ce montage financier accélère réellement la production d’électricité renouvelable.
Rubrique : Économie