À Temane, dans le sud du Mozambique, le gaz pourrait alimenter une nouvelle centrale électrique de 75 mégawatts. Mais produire davantage ne suffit pas à raccorder les foyers : pour les Mozambicains, l’enjeu se joue aussi dans les lignes qui transportent le courant et dans la capacité des ménages à y accéder.
Un projet au cœur du virage énergétique
Le Mozambique dispose de ressources gazières importantes, notamment dans le bassin du Rovuma, au nord. Pourtant, l’accès à l’électricité reste inégal. Les chiffres disponibles varient selon l’année et la méthode de calcul : la Banque mondiale estime qu’environ 60 % de la population était raccordée en 2024. L’extension du réseau, en particulier dans les zones rurales, demeure donc essentielle.
Dans ce contexte, Eni cherche des entreprises pour concevoir et construire une centrale thermique au gaz de 75 MW à Temane, dans le district d’Inhassoro, province d’Inhambane. Les candidatures au contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction doivent être déposées au plus tard le 31 octobre 2026, selon l’avis relayé par l’agence portugaise Lusa et des médias mozambicains.
Le projet est évalué à 130 millions de dollars. Le président Daniel Chapo l’avait annoncé en octobre 2025, au moment de la décision finale d’investissement dans Coral Norte, le projet de gaz naturel liquéfié d’Eni au large de Cabo Delgado. Cette décision, prise à Maputo le 2 octobre 2025, porte sur un investissement annoncé de 7,2 milliards de dollars. Coral Norte vise une capacité de liquéfaction d’environ 3,6 millions de tonnes par an et un démarrage prévu en 2028.
Eni est présente au Mozambique depuis 2006. L’entreprise exploite Coral Sul, une unité flottante de liquéfaction entrée en production en 2022, et détient 50 % du consortium de Coral Norte. La future centrale de Temane relève toutefois d’un autre chantier : convertir une partie du gaz en électricité produite sur le territoire, plutôt que de l’orienter uniquement vers l’exportation.
Une centrale ne remplace pas un réseau
Les 75 MW annoncés peuvent renforcer l’offre électrique, mais ils ne garantissent pas, à eux seuls, de nouveaux branchements. L’électricité doit aussi être acheminée, distribuée et facturée à un coût supportable. C’est pourquoi l’objectif national d’accès universel à l’électricité d’ici 2030 dépend autant des réseaux et des solutions hors réseau que de nouvelles unités de production.
Les besoins ne sont pas identiques partout. Les centres urbains et les activités industrielles ont davantage de chances d’être proches des infrastructures existantes. Dans les régions rurales éloignées, le raccordement peut exiger des investissements supplémentaires. Les petits commerces, les services de santé et les écoles ont, eux aussi, besoin d’une alimentation fiable pour fonctionner au quotidien.
Le projet de 75 MW doit également être distingué de la centrale de Temane de 450 MW, un autre équipement gazier développé dans le pays. Cette dernière est présentée par l’Institut national du pétrole comme un projet destiné à alimenter le marché national et à permettre des exportations régionales. Les deux capacités ne doivent donc pas être confondues : la nouvelle unité recherchée par Eni est plus petite et fait l’objet d’un appel à candidatures distinct.
Cette distinction compte pour évaluer les effets attendus. Une capacité supplémentaire peut aider à répondre à la demande, mais le bénéfice pour les ménages dépendra des infrastructures de transport et de distribution, du calendrier des travaux et des modalités d’approvisionnement. Les informations publiques consultées ne précisent pas encore de date de mise en service pour la centrale de 75 MW.
Entre approvisionnement intérieur et échanges régionaux
Le Mozambique est membre de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et participe au Southern African Power Pool, le réseau qui organise les échanges d’électricité entre plusieurs pays de la région. Sa production peut ainsi soutenir l’approvisionnement intérieur tout en contribuant aux échanges transfrontaliers. Cette position régionale crée une question de répartition : comment faire coïncider les exportations, les besoins des entreprises et l’élargissement de l’accès pour les habitants ?
La stratégie gazière du gouvernement s’inscrit aussi dans un moment de forte attention portée aux grands projets énergétiques. Coral Norte doit accroître les exportations de gaz naturel liquéfié à partir de 2028, tandis que les autorités présentent les infrastructures énergétiques comme un levier de développement national. La centrale de Temane propose un autre usage de la ressource : produire de l’électricité, même si son apport restera limité à l’échelle d’un pays entier.
Le défi est donc moins de choisir entre exportation et consommation locale que de préciser les retombées de chaque investissement. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de relier la hausse de production à des raccordements mesurables. Pour Eni et les autres opérateurs, les prochaines étapes portent sur la sélection des entreprises et la réalisation du chantier. Pour les habitants, le résultat concret se mesurera à la disponibilité et au coût du courant, y compris loin des grands pôles urbains.
À court terme, l’échéance visible est la clôture des candidatures, fixée au 31 octobre 2026. Ensuite, le calendrier de construction et les accords de fourniture permettront de mieux juger la contribution du projet. À l’échelle régionale, l’enjeu reste le même : transformer les ressources énergétiques du Mozambique en électricité accessible, sans réduire la politique du secteur aux seules capacités de production ou aux exportations.