Dans les villes côtières égyptiennes, disposer d’une usine de dessalement ne suffit pas : il faut aussi éviter les pannes, maîtriser la consommation d’énergie et maintenir une qualité d’eau régulière. C’est sur ce terrain que l’État égyptien mise davantage sur des opérateurs privés, tout en conservant la supervision publique.
Des contrats pour maintenir les installations en service
Le 18 octobre 2026, les autorités égyptiennes ont signé des contrats d’exploitation et de maintenance concernant 11 stations de dessalement d’eau de mer. Leur capacité de conception cumulée atteint 485 000 mètres cubes par jour. Le coût annoncé s’élève à 4,6 milliards de livres égyptiennes, soit environ 1,2 milliard de livres en moyenne par an. Le ministère égyptien du Logement a confirmé ces chiffres ; le média égyptien Daily News Egypt a également rendu compte de l’accord.
Les installations se trouvent dans trois gouvernorats côtiers. Sept stations sont réparties dans le nord et le sud du Sinaï, avec une capacité totale de 240 000 mètres cubes par jour. Trois autres se situent à Matrouh, pour 165 000 mètres cubes. La station de la mer Rouge représente les 80 000 mètres cubes restants.
Les contrats ont été attribués à plusieurs entreprises et groupements, dont San Misr, Proserve, Orascom Construction, Metito-Orascom, Contrac for Services Management et Elsewedy Utilities. La Compagnie holding de l’eau potable et de l’assainissement, qui coordonne les sociétés publiques du secteur, doit suivre les résultats et contrôler la qualité de l’eau, la disponibilité des équipements et l’efficacité énergétique.
Le défi : produire, mais aussi assurer la continuité
Le changement recherché concerne la maintenance. Les autorités veulent passer d’interventions surtout déclenchées par une panne à un entretien préventif, organisé avant la défaillance des équipements. En théorie, cette méthode peut limiter les interruptions, prolonger la durée de vie des installations et stabiliser la production. Les résultats dépendront toutefois du respect des engagements contractuels et de la capacité de l’État à vérifier les performances.
La participation privée ne signifie pas, selon le président de la Compagnie holding, Mostafa El-Cheimi, le retrait des entreprises publiques. Celles-ci doivent rester responsables du suivi des actifs et du contrôle technique. Cette répartition sera déterminante : les opérateurs privés assurent des tâches spécialisées, tandis que les organismes publics conservent un rôle de surveillance et de garantie du service.
La question de l’énergie pèsera aussi sur le bilan. Le dessalement, qui retire les sels de l’eau de mer pour la rendre utilisable, demande des équipements et une alimentation énergétique importants. Une production accrue n’améliore donc pas automatiquement la sécurité hydrique si les coûts d’exploitation deviennent difficiles à financer ou si les stations consomment trop d’électricité. La performance devra se mesurer à la fois en mètres cubes produits, en fiabilité et en coût.
Une stratégie nationale tournée vers les côtes
Ces accords s’inscrivent dans le plan égyptien de dessalement pour 2020-2050. Selon les chiffres communiqués par les autorités et relayés par le service d’information égyptien, le pays compte environ 129 stations opérationnelles, d’une capacité totale proche de 1,4 million de mètres cubes par jour. Dix-neuf autres sont en construction, pour 687 000 mètres cubes quotidiens supplémentaires. L’objectif officiel approche les 10 millions de mètres cubes par jour d’ici 2050.
Cette expansion vise en particulier les zones littorales et les régions éloignées des grands réseaux d’eau douce. Au Sinaï, à Matrouh et le long de la mer Rouge, la demande est liée aux villes, aux activités économiques et au tourisme. Les habitants et les services locaux ont besoin d’une alimentation régulière ; les entreprises, elles, ont besoin de prévisibilité. Mais le dessalement côtier ne remplace pas à lui seul la gestion des ressources à l’échelle du pays.
L’Égypte dépend fortement du Nil pour son approvisionnement en eau. Le dessalement peut diversifier les ressources disponibles dans les zones côtières, mais il ne fournit pas directement une solution aux besoins agricoles de l’intérieur. La sécurité hydrique suppose donc aussi de gérer les réseaux, de réduire les pertes, de réutiliser l’eau et d’arbitrer entre les usages. Les projets industriels et urbains ne produiront leurs effets que s’ils s’intègrent à cette politique plus large.
Un test pour l’État et les opérateurs
Le programme porte également un enjeu industriel. Les autorités souhaitent développer en Égypte la fabrication d’équipements liés au dessalement, notamment les membranes utilisées dans l’osmose inverse, une technologie qui filtre l’eau sous pression. Produire localement davantage de composants pourrait réduire certaines dépendances et développer des compétences techniques. La concrétisation de cette ambition reste à évaluer au fil des investissements et des capacités effectivement installées.
À l’échelle régionale, l’expérience égyptienne intéresse les pays d’Afrique du Nord confrontés à des besoins croissants et à des ressources inégalement réparties. Elle met en lumière un choix qui dépasse le seul financement des infrastructures : comment associer entreprises privées et contrôle public sans fragiliser l’accès au service ni la maîtrise des coûts ? Pour les Égyptiens des gouvernorats concernés, le premier indicateur sera concret : des stations disponibles, une eau conforme et moins d’interruptions.
Les prochaines étapes à suivre seront la mise en œuvre des contrats et la publication de résultats mesurables sur la disponibilité des installations, la consommation d’énergie et la qualité de l’eau. L’objectif de 2050 est ambitieux ; sa crédibilité se construira aussi dans l’entretien quotidien des stations déjà en service.