Pour les éleveurs ivoiriens, le coût de l’aliment pèse directement sur la viabilité des exploitations. En ramenant à zéro la TVA sur certains aliments pour animaux et leurs intrants, le gouvernement veut desserrer cette contrainte. Mais l’effet sur les prix dépendra de l’application concrète de la mesure et de l’évolution des autres coûts de production.
Une fiscalité modifiée en plusieurs étapes
Jusqu’à la fin de 2025, les aliments pour bétail et animaux de basse-cour, ainsi que plusieurs intrants utilisés pour les fabriquer, étaient exonérés de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). L’annexe fiscale ivoirienne pour 2026 a supprimé cette exonération. Le taux normal de 18 % devait alors s’appliquer.
Le changement a été rapidement aménagé. Une ordonnance du 7 janvier 2026 a fixé un taux réduit de 9 %, applicable à partir du 17 janvier, selon un communiqué de la Direction générale des Impôts. Cette séquence explique pourquoi les producteurs ont connu une hausse fiscale, même si le taux de 18 % n’a pas été maintenu sur la durée prévue initialement.
Le 26 octobre 2026, à Abidjan, le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a annoncé que le taux serait ramené à 0 % pour l’exercice 2026-2027. Il a présenté cette décision comme un soutien à la production nationale et à la souveraineté alimentaire. L’annonce a été faite lors d’une rencontre publique organisée par l’Agence ivoirienne de presse. L’Agence ivoirienne de presse détaille le calendrier fiscal annoncé.
Le périmètre mérite attention. Les communications évoquent les aliments destinés à l’élevage et les intrants concernés, mais les modalités pratiques devront préciser les produits éligibles et les démarches nécessaires. À la date de l’annonce, il s’agit d’une mesure annoncée pour l’exercice 2026-2027. Son application effective dépendra de sa traduction dans les textes et consignes fiscales correspondants.
Des coûts qui se répercutent jusqu’aux marchés
La pression ne se limite pas aux fabricants d’aliments. Quand la nourriture représente une grande part des dépenses d’élevage, une hausse fiscale peut affecter toute la chaîne : fabricants, exploitants, commerçants et consommateurs. Le ministère estime que l’alimentation animale représente plus de 60 % des dépenses du secteur. Ce chiffre concerne un poste central de production, mais ne signifie pas que la TVA se répercute mécaniquement et au même niveau sur le prix final.
Dans la filière avicole, les organisations professionnelles ont signalé des ajustements de prix après l’entrée en vigueur du taux réduit. En février, l’Association nationale des aviculteurs modestes de Côte d’Ivoire a validé un prix bord ferme de 2 400 francs CFA pour un poulet de chair de 1,7 kilogramme, soit 200 francs de plus que le prix précédent rapporté par la presse ivoirienne. Le prix bord ferme correspond au montant payé à l’éleveur, avant les étapes de vente ultérieures. Cette hausse illustre une pression sur les coûts, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’attribuer toute l’évolution du prix à la taxe.
Les exploitations ne sont pas toutes exposées de la même façon. Les producteurs disposant de trésorerie ou de capacités de stockage peuvent parfois mieux absorber une hausse temporaire que les petites unités. De leur côté, les ménages ressentent les variations lorsque les coûts sont répercutés sur le poulet ou les œufs. L’exonération peut donc alléger une charge, sans garantir à elle seule une baisse immédiate des prix de détail.
Pour les entreprises locales d’alimentation animale, l’enjeu porte aussi sur les matières premières. Maïs, soja et blé entrent dans la fabrication de nombreuses rations, et une part de ces approvisionnements dépend des échanges extérieurs. Une TVA à zéro ne supprime ni les coûts d’importation, ni les fluctuations des prix, ni les contraintes de transport. Elle peut toutefois réduire une dépense fiscale sur les produits effectivement couverts.
Un levier parmi d’autres pour la production locale
Cette décision s’inscrit dans une stratégie nationale plus large. La Politique nationale de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture pour 2026-2030 vise à renforcer les filières et à réduire la dépendance aux importations. Le diagnostic public associé au plan national de développement indique que la production ivoirienne couvre 49 % des besoins en viandes et abats. La facture d’importation de ces produits s’est élevée à 782 milliards de francs CFA en 2024, selon les données gouvernementales relayées par l’Agence ivoirienne de presse.
La réduction d’impôt ne remplacera donc pas les investissements nécessaires dans la production, la transformation, la santé animale et l’accès aux intrants. Le gouvernement a également engagé des travaux de préparation au financement du secteur de l’élevage avec des partenaires, dont la Banque africaine de développement et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’enjeu sera de faire converger ces investissements avec les besoins des petites et moyennes exploitations, au-delà des opérateurs déjà bien structurés.
À l’échelle régionale, la Côte d’Ivoire s’inscrit dans l’espace de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Sa politique agricole régionale, l’ECOWAP, vise notamment à coordonner les efforts en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire. Une baisse des coûts d’alimentation animale peut soutenir l’offre ivoirienne, mais la résilience des filières dépend aussi des échanges régionaux, des approvisionnements et de la stabilité des prix.
La prochaine étape sera donc moins l’annonce que son exécution : publication des règles applicables, définition des produits éligibles et contrôle de leur mise en œuvre. Les éleveurs attendent de savoir quand la TVA à 0 % sera effectivement appliquée et si l’allègement atteindra les factures des exploitations. Pour les consommateurs, l’indicateur concret restera l’évolution des prix du poulet et des œufs. La Direction générale des Impôts rappelle les règles générales de TVA, tandis que la CEDEAO présente le cadre régional de sa politique agricole.