À Dakar, l’arrivée de milliers de visiteurs pour les Jeux olympiques de la jeunesse mettra aussi à l’épreuve un autre terrain : la capacité des commerces à encaisser simplement et en toute sécurité. Visa veut prendre part à cette transformation, tout en installant une présence permanente au Sénégal.
Un rendez-vous sportif, mais aussi économique
Du 31 octobre au 13 novembre 2026, le Sénégal accueillera les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), première manifestation sportive olympique organisée sur le continent africain. Quelque 2 700 jeunes athlètes sont attendus. Les compétitions et activités se répartiront entre Dakar, Diamniadio et Saly, selon le Comité international olympique.
Ce rendez-vous s’inscrit dans une séquence importante pour le pays. Initialement prévus en 2022, les Jeux ont été reportés à 2026. Leur organisation mobilise désormais des infrastructures, des collectivités, des acteurs économiques et des institutions sportives sénégalaises. L’enjeu ne se limite donc pas aux journées de compétition : il porte aussi sur l’usage des équipements et les retombées pour les communautés après le départ des délégations.
Le projet a également une dimension régionale. Le Sénégal appartient à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) encadre les systèmes de paiement communs. Les visiteurs pourront utiliser différents moyens de paiement, mais leur acceptation dépendra concrètement des équipements, des coûts et de la préparation des commerçants.
Visa prévoit une implantation à Dakar
Visa annonce vouloir ouvrir un bureau à Dakar d’ici la fin de 2026. L’entreprise précise que cette antenne doit rapprocher ses équipes des banques partenaires, des régulateurs, des commerçants et des entreprises de technologie financière. Le ministère sénégalais chargé du numérique avait également évoqué en mars 2026 des discussions avec Visa autour de l’ouverture d’un bureau et d’un appui à l’écosystème fintech.
L’entreprise prévoit en parallèle de soutenir les paiements lors des Jeux. Son programme annoncé comprend des actions pour élargir l’acceptation des paiements numériques et accompagner les commerçants. Deux fan zones, à Dakar et à Saly, doivent notamment promouvoir les paiements Visa. Les modalités opérationnelles et l’étendue de ces dispositifs restent à préciser.
Visa présente cette initiative comme un prolongement de son partenariat avec le mouvement olympique, qu’elle dit accompagner depuis 1986. Aminata Kane, responsable régionale de l’entreprise pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a décrit l’ouverture du bureau comme une étape dans l’engagement de Visa au Sénégal. Elle affirme que le groupe souhaite contribuer à une expérience de paiement sécurisée pendant les Jeux et à la transformation numérique au-delà de l’événement.
Une progression numérique qui ne règle pas tout
Le marché régional évolue déjà rapidement. Dans son rapport sur les services financiers numériques dans l’UEMOA, la BCEAO indique que les comptes de monnaie électronique ont atteint 248 millions en 2024, contre 209 millions en 2023. Le nombre de points marchands recensés dans l’Union a, lui, progressé de 111,46 %, à plus de 3,7 millions.
Ces chiffres décrivent une dynamique régionale, pas la situation de chaque commerce sénégalais. Ils montrent cependant que les paiements numériques prennent une place croissante. Pour les petites entreprises, accepter une carte ou un paiement numérique peut élargir les options offertes aux clients. Mais l’équipement, les commissions, la couverture réseau et la maîtrise des outils pèsent sur les décisions quotidiennes, notamment dans les activités de proximité et l’économie informelle.
La présence annoncée de Visa ne signifie pas que l’entreprise contrôlera seule le système de paiement. Au Sénégal, banques, opérateurs de monnaie électronique, fintechs et réseaux de cartes coexistent, sous la supervision des autorités compétentes. La question centrale sera celle de l’interopérabilité : un visiteur doit pouvoir payer sans que le commerçant ait à multiplier les équipements ou à supporter des coûts disproportionnés.
Le test de l’héritage après les Jeux
Pour les responsables des Jeux, l’objectif est de convertir l’affluence en activité pour les commerces locaux. Les hôtels, restaurants, transporteurs et vendeurs pourraient bénéficier du passage des délégations et des supporters. Toutefois, les retombées dépendront de la répartition des visiteurs, de l’accès des entreprises locales aux dispositifs et de la continuité des services après novembre 2026.
La dimension panafricaine des JOJ donne à cette expérience une portée qui dépasse le Sénégal. Le pays accueillera des athlètes et des visiteurs venus de différents horizons, tandis que les solutions déployées serviront de vitrine aux acteurs africains du sport et du numérique. Le défi sera de faire coexister les outils internationaux avec les solutions déjà utilisées localement, plutôt que de les évincer.
À quelques mois de l’ouverture, deux échéances se dessinent : la mise en place effective du bureau annoncé et la préparation des commerces dans les villes hôtes. La réussite se mesurera autant à la fluidité des paiements pendant les Jeux qu’à la capacité des commerçants et des habitants à continuer d’utiliser des services accessibles après leur clôture.