Dans le nord de la Côte d’Ivoire, la question énergétique se joue aussi loin des grands centres urbains : raccorder de nouveaux foyers, soutenir l’activité locale et renforcer un réseau sollicité par une demande croissante. Le projet solaire de Tongon s’inscrit dans cette équation. Mais ses retombées dépendront autant de sa construction que de l’électricité effectivement acheminée vers les usagers.
Un projet dans le nord, une stratégie nationale
Le 23 octobre 2026, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a lancé le projet d’une centrale photovoltaïque de 52 mégawatts-crête (MWc) à Tongon, dans le département de M’Bengué, au sein de la région du Poro. Le mégawatt-crête mesure la puissance maximale théorique des panneaux dans des conditions standard.
Cette installation s’ajoute à une politique de diversification de la production électrique ivoirienne. Le pays reste engagé dans les échanges d’électricité en Afrique de l’Ouest, au sein notamment de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À l’échelle nationale, il cherche à répondre à la hausse des besoins tout en élargissant l’accès à l’énergie.
Le gouvernement a adopté en janvier 2025 un Pacte national énergie couvrant la période 2025-2030. Son financement est évalué à 6,56 milliards de dollars, soit environ 3 980 milliards de francs CFA. Il vise notamment l’accès universel à l’électricité et une part de 45 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique à l’horizon 2030. Ces objectifs donnent le cadre de Tongon, mais ne garantissent pas à eux seuls leur réalisation. Le ministère ivoirien du Plan détaille les objectifs et le financement du Pacte national énergie.
Des emplois et de l’électricité attendus
L’investissement annoncé pour Tongon atteint 33 milliards de francs CFA. Le projet est porté par Tongon Solaire SAS, société présentée par le ministère comme détenue à 100 % par des capitaux ivoiriens. Le chantier devrait mobiliser près de 500 emplois, selon les autorités. Sa mise en service est prévue au plus tard à la mi-2028.
Installée sur environ 50 hectares, la centrale devrait couvrir les besoins électriques de quelque 30 000 foyers, soit environ 300 000 personnes. Les estimations publiées par les autorités évaluent sa production annuelle à près de 90 gigawattheures et les émissions évitées à environ 39 000 tonnes de CO₂ par an. Ces chiffres sont des projections : ils dépendront notamment du calendrier du chantier, du fonctionnement de l’installation et de son raccordement au réseau.
La distinction entre capacité de production et accès réel est essentielle. Une centrale injecte de l’électricité dans le réseau ; elle ne signifie pas automatiquement que chaque foyer voisin dispose d’un branchement, ni que l’alimentation sera continue. Les bénéfices locaux dépendront aussi des infrastructures de transport et de distribution, ainsi que de la manière dont les emplois et les marchés liés au chantier profiteront aux entreprises et aux travailleurs de M’Bengué.
L’Agence ivoirienne de presse et le ministère de l’Énergie ont tous deux rapporté le lancement, le montant, la puissance et les principales projections du projet. L’agence précise que les travaux de construction proprement dits sont annoncés pour 2027. Le compte rendu de l’Agence ivoirienne de presse sur Tongon et la présentation du ministère de l’Énergie concordent sur ces éléments.
Le défi : transformer les annonces en capacité fiable
Le gouvernement annonce une quinzaine de centrales solaires en développement ou en projet avant 2030, pour une capacité cumulée visée de 1 262 MWc. Tongon intervient après le lancement du projet de Katiola. D’autres sites, dont Bondoukou, Tengréla, Kong, Touba, Odienné et Soubré, figurent dans les annonces ou les portefeuilles de projets. Leur avancement et leurs calendriers ne sont toutefois pas identiques : une annonce ne vaut ni financement bouclé ni centrale en service.
Le défi est aussi financier. Le ministre a reconnu que les investissements nécessaires ne peuvent reposer entièrement sur les fonds publics et a appelé les partenaires techniques et financiers à poursuivre leur engagement. Pour Tongon, la participation entièrement ivoirienne annoncée par les autorités signale une place accrue d’acteurs nationaux dans les projets énergétiques. Elle ne supprime pas les questions sur le financement, les risques de construction, l’entretien à long terme et l’intégration de la production au réseau.
Les résultats déjà observés offrent un point de comparaison, mais les chiffres de capacité raccordée évoluent selon les dates et les périmètres retenus. Les autorités présentent Boundiali et Ferkessédougou comme les premières grandes références solaires du réseau. L’enjeu des prochaines années sera d’accroître la production sans fragiliser l’équilibre du système, qui doit aussi gérer la variabilité de l’ensoleillement et coordonner les apports thermiques et hydrauliques.
Un enjeu ivoirien qui dépasse les frontières
Pour la Côte d’Ivoire, la réussite de Tongon se mesurera donc à plusieurs niveaux : respect du calendrier jusqu’à la mise en service en 2028, qualité des raccordements, emplois réellement créés et électricité fournie aux usagers. Les retombées ne seront pas les mêmes pour les entreprises du chantier, les ménages raccordés, les activités économiques locales et les habitants encore éloignés du réseau.
À l’échelle ouest-africaine, l’augmentation de la production ivoirienne compte aussi parce que le pays participe aux échanges électriques régionaux. Une capacité supplémentaire peut renforcer l’offre disponible, à condition que les réseaux nationaux et transfrontaliers puissent la transporter. Le prochain indicateur concret sera donc moins le nombre de projets annoncés que celui des centrales achevées, raccordées et produisant effectivement de l’électricité.