Une start-up peut concevoir un service utile sans encore savoir le vendre, gérer une équipe ou financer sa croissance. En Côte d’Ivoire, l’élargissement annoncé par Orange Fab pose donc une question concrète : comment accompagner davantage de projets sans diluer le suivi dont les jeunes entreprises ont besoin ?
De l’idée au marché : un défi qui dépasse la technologie
La Côte d’Ivoire occupe une place importante dans l’économie numérique ouest-africaine. Mais les jeunes entreprises doivent composer avec des obstacles familiers dans toute la région : accès au financement, acquisition de clients, structuration interne et débouchés commerciaux. La CEDEAO, communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest, cherche à renforcer les échanges régionaux ; pour les start-up, vendre au-delà du marché national reste pourtant un travail de terrain.
C’est dans ce contexte qu’Orange Fab, l’accélérateur du groupe destiné aux jeunes entreprises, a présenté cinq sociétés de sa dixième saison lors d’un Demo Day à l’Orange Digital Center d’Abidjan. La communication d’Orange Côte d’Ivoire situe l’événement au 8 octobre 2026. Un compte rendu local le date du 9 octobre : cette divergence n’étant pas expliquée, la date exacte reste à confirmer.
Selon les chiffres communiqués par Didier Any, responsable d’Orange Fab, 42 entreprises avaient déjà bénéficié de l’accélération. Les cinq nouvelles portent le total à 47. Plus de 180 autres seraient passées par l’incubation ou des formations du dispositif. Ce sont des chiffres déclarés par le programme, et non un bilan indépendant de l’écosystème.
Orange Fab affirme également que plus de 80 % des entreprises accompagnées survivent. Le responsable a évoqué plus de 200 emplois créés, dans un bilan arrêté en 2023. Sans données détaillées sur la période de mesure, la méthode de calcul, la rentabilité ou le devenir de chaque entreprise, ces indicateurs donnent une première mesure de portée, mais ne suffisent pas à évaluer les résultats économiques dans la durée.
Un accompagnement plus long, une capacité élargie
Le parcours d’accélération, initialement prévu sur quatre mois, s’étend désormais sur un an, selon les responsables du programme. Il combine appui technique et managérial, financement, visibilité et mises en relation avec le réseau Orange. Des spécialistes en stratégie, ressources humaines, communication et gestion interviennent en fonction des besoins repérés.
Cette évolution répond à un enjeu souvent moins visible que le lancement d’un produit : transformer une solution en activité viable. Une entreprise peut répondre à un besoin réel et manquer encore de méthodes pour prospecter, organiser ses finances ou encadrer ses salariés. Les partenariats commerciaux sont alors décisifs, mais l’accès à un réseau ne garantit pas, à lui seul, des contrats ni une croissance durable.
Les cinq entreprises sélectionnées couvrent des usages variés. Jeko propose aux commerçants des outils d’encaissement et de gestion. Afrisends s’occupe d’achats internationaux et de livraison en Afrique de l’Ouest. UMED développe des services de télémédecine et de soins ambulatoires. Graya aide les commerces alimentaires à revendre leurs invendus à prix réduits. Blok facilite l’approvisionnement des professionnels du bâtiment.
En parallèle, Orange Fab annonce que son programme d’incubation, lancé en 2019, passera de 20 à 80 start-up accompagnées par an en 2026. Les candidatures doivent être ouvertes tout au long de l’année, parfois autour de thèmes précis. L’incubation intervient en amont de l’accélération : elle aide les porteurs de projet à structurer leur activité avant une éventuelle étape de développement plus intensive.
Cette hausse de capacité multiplie par quatre le nombre annoncé de projets incubés. Son efficacité dépendra toutefois de la disponibilité des mentors, de la qualité des formations et des débouchés obtenus. Les besoins ne sont pas identiques pour une activité de santé, un service de paiement ou une solution destinée aux commerces informels, dont les moyens et les pratiques diffèrent de ceux des entreprises établies.
Trois projets sociaux, des besoins très concrets
Le Demo Day a également distingué trois projets dans le cadre du Prix Orange de l’Entrepreneur Social en Côte d’Ivoire (POESCI). Le premier prix est revenu à Scoutez, porté par Emmanuel Zinsou. La plateforme veut centraliser les profils et données de joueurs de football et faciliter les échanges entre clubs, académies, agents et recruteurs.
Son fondateur a décrit un manque de statistiques disponibles dans certains clubs pour suivre les performances et présenter les joueurs aux recruteurs étrangers. Il prévoit d’utiliser la dotation pour poursuivre le développement de l’outil. La plateforme devait être mise en service avant la fin du mois d’octobre, selon les éléments communiqués lors de la cérémonie ; son lancement effectif reste à vérifier.
Kanam Pay, porté par Mohamed Tiama, a obtenu le deuxième prix pour un service de paiement biométrique fondé sur la reconnaissance faciale. Le troisième est revenu à Awale, présenté par Aïcha Bakayoko. Ce coach financier vocal vise les femmes entrepreneures du secteur informel et permet de suivre recettes et dépenses en français et dans des langues locales, dont le dioula.
Ces outils touchent à des enjeux distincts : visibilité des sportifs, accès aux paiements et gestion financière. Ils soulèvent aussi des questions de mise en œuvre. Pour un service biométrique, la protection des données est essentielle ; pour un outil vocal, l’utilité dépendra de son accessibilité, de la fiabilité du suivi et de son adéquation avec les usages des entrepreneures. Les distinctions ne remplacent pas l’évaluation de ces résultats sur le terrain.
À l’échelle régionale, le passage à l’échelle reste le test
Les trois prix relèvent d’un concours distinct de l’incubation et de l’accélération. Orange Fab indique recevoir généralement une centaine de candidatures pour retenir trois lauréats. À l’échelle plus large, le POESAM d’Orange comprend des sélections nationales dans plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient, puis une compétition internationale : les initiatives ivoiriennes s’inscrivent donc dans un réseau dépassant les frontières du pays.
Pour les entreprises accompagnées, l’enjeu suivant sera de transformer mentorat, financement et visibilité en clients, emplois durables et services utilisés. L’expansion de l’incubation en 2026 donnera une indication sur la capacité du programme à toucher davantage de porteurs de projet. Le lancement de la saison 11, dont le recrutement serait déjà achevé selon Orange Fab, constituera la prochaine étape à suivre.
Sources consultées : communication d’Orange Côte d’Ivoire sur le Demo Day, compte rendu d’Abidjan.net, Forum RSE Sénégal sur les lauréats ivoiriens, présentation du POESAM 2026 par Orange et présentation des programmes Orange Digital Center en Côte d’Ivoire.