Pour une petite entreprise ivoirienne, l’obstacle ne se limite pas au coût du crédit. Il tient souvent à l’absence de garanties suffisantes. La nouvelle convention entre la Société de garantie des crédits aux petites et moyennes entreprises ivoiriennes (SGPME) et Cofina Côte d’Ivoire cherche précisément à réduire ce verrou.

Un partage du risque pour élargir l’accès au crédit

Signé le lundi 5 octobre 2026, l’accord porte sur une garantie individuelle de 3 milliards de francs CFA, soit environ 5,1 millions de dollars. La SGPME couvrira jusqu’à 50 % des financements accordés par Cofina Côte d’Ivoire aux petites et moyennes entreprises (PME).

Le dispositif concerne des crédits d’une durée maximale de cinq ans. Il inclut également les engagements par signature, comme les cautions ou les garanties exigées dans le cadre de certains marchés. Pour les entreprises majoritairement détenues par des femmes, la couverture peut atteindre 80 %.

Le mécanisme ne signifie pas que la SGPME prête directement l’argent. Elle partage une partie du risque avec l’établissement financier. En cas de défaut, la garantie limite donc l’exposition de Cofina, sans supprimer les obligations de remboursement de l’entreprise bénéficiaire.

Pour les entrepreneurs, l’enjeu est concret. Une société qui dispose d’un carnet de commandes, mais de peu d’actifs à donner en garantie, peut présenter un dossier plus acceptable pour le prêteur. La décision finale reste toutefois liée à l’analyse de la capacité de remboursement, de la gouvernance et de la viabilité du projet.

Une étape dans la montée en puissance de la SGPME

La convention intervient alors que la SGPME élargit progressivement son rôle dans le financement du tissu productif ivoirien. Selon les données communiquées par l’institution, 108,77 milliards de francs CFA de financements avaient été mobilisés au 31 mars 2026 au profit de 3 715 PME. Ces opérations reposaient sur 54,80 milliards de francs CFA de garanties.

Le ministère ivoirien du Commerce a ensuite fait état d’un volume encore supérieur au 30 avril 2026. Il recensait 3 860 PME bénéficiaires, pour 114,73 milliards de francs CFA de crédits mobilisés et 59,05 milliards de francs CFA de garanties. Ces chiffres illustrent l’extension rapide du dispositif, même si les périmètres et les dates de comptabilisation doivent être distingués.

La Garantie partielle de portefeuille, ou GPP, constitue l’un des principaux outils utilisés. Elle permet de couvrir une partie d’un ensemble de crédits accordés par une institution financière. La garantie individuelle signée avec Cofina fonctionne différemment : elle cible une enveloppe déterminée et un partenariat précis.

Cette distinction compte. La GPP peut faciliter une distribution plus large et plus standardisée. La garantie individuelle permet, elle, de calibrer l’accompagnement selon les produits et la clientèle d’un établissement financier. Les deux approches peuvent donc se compléter.

La SGPME a été créée pour répondre à une difficulté persistante en Côte d’Ivoire : les PME jouent un rôle important dans l’activité et l’emploi, mais restent confrontées à un accès inégal au financement formel. Le manque de garanties, la faiblesse des états financiers et l’irrégularité des flux de trésorerie compliquent souvent l’obtention d’un crédit bancaire.

Le rôle de la SGPME dans le financement des PME s’inscrit désormais dans la stratégie économique nationale.

Cofina veut renforcer son ancrage auprès des PME

Pour Cofina Côte d’Ivoire, l’accord doit accroître la capacité de financement tout en maîtrisant le risque de crédit. L’établissement évolue dans la mésofinance, un segment situé entre la microfinance et le crédit bancaire classique. Il s’adresse notamment à des entrepreneurs dont les besoins dépassent les petits prêts, mais dont la structure reste trop fragile pour certaines banques.

Les données communiquées pour la fin février 2026 font état de près de 92 000 clients et de plus de 18 000 projets financés depuis le lancement des activités de Cofina Côte d’Ivoire. Les financements cumulés auraient dépassé 256 milliards de francs CFA. Ces indicateurs donnent une idée de la taille du réseau concerné, mais ils ne préjugent pas du volume de nouveaux crédits qui sera effectivement garanti par la convention.

L’accord prolonge un partenariat déjà engagé avec FIN’Elle, filiale de Cofina spécialisée dans l’accompagnement financier des femmes. Le 19 juin 2025, la SGPME et FIN’Elle avaient conclu une convention portant sur une garantie individuelle de 1,2 milliard de francs CFA, avec une couverture pouvant atteindre 80 %.

Ce ciblage répond à un problème bien identifié. Les entrepreneures peuvent rencontrer des obstacles supplémentaires pour accéder au crédit, notamment lorsqu’elles disposent de moins d’actifs à mettre en garantie ou évoluent dans des secteurs à faible formalisation. La priorité accordée aux entreprises dirigées par des femmes vise donc à corriger une partie de cette asymétrie.

Un enjeu lié au prochain cycle de transformation économique

La question du financement des PME dépasse le seul secteur financier. Le Plan national de développement 2026-2030 de la Côte d’Ivoire prévoit une contribution du secteur privé de 70,2 % sur une enveloppe globale de 114 838,5 milliards de francs CFA. Dans cette architecture, les PME doivent participer à la création d’emplois, à la sous-traitance industrielle et à la transformation locale.

Le Plan national de développement 2026-2030 met notamment l’accent sur l’accès des entreprises aux financements et aux marchés. Sans instruments de partage du risque, une partie des petites structures risque pourtant de rester à l’écart des projets liés à la commande publique, aux chaînes de valeur agricoles ou aux investissements industriels.

Le défi sera donc de transformer la garantie en activité économique durable. Une entreprise financée doit pouvoir produire, vendre, rembourser et investir à nouveau. Le suivi après décaissement sera aussi important que l’octroi initial du crédit.

À l’échelle régionale, l’expérience ivoirienne intéresse la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui cherche à renforcer les échanges et les chaînes de valeur entre ses membres. Des PME mieux financées peuvent devenir des fournisseurs régionaux, à condition de respecter les normes, de disposer d’une comptabilité fiable et de pouvoir absorber des commandes plus importantes.

Le prochain indicateur à surveiller sera donc moins le montant annoncé que le nombre d’entreprises effectivement financées, la part accordée aux femmes et la répartition des crédits entre Abidjan, les autres villes et les zones rurales. La portée de la convention se mesurera à cette capacité à faire passer la garantie du bilan institutionnel à l’activité réelle des entreprises ivoiriennes.