Un site de prière, puis une pente qui cède
Dans le nord de l’Éthiopie, un lieu de recueillement est devenu, en quelques minutes, une scène de deuil. À Sela Dingay, dans la région Amhara, un glissement de terrain a frappé le monastère orthodoxe Tsadqane Debre Mitmaq Sainte-Marie alors que des fidèles participaient à un rite de purification à l’eau bénite. Quatorze personnes ont été tuées et sept autres blessées, selon un responsable ecclésiastique cité par une agence de presse internationale.
Le choc vient aussi du contexte. Le drame s’est produit à l’aube, après de fortes pluies nocturnes, dans une zone de relief déjà sensible aux éboulements. Les secours ont été mobilisés sur place, mais des personnes restaient portées manquantes au moment des premières informations, signe d’une intervention compliquée par la boue, les rochers et l’accès difficile au site.
Amhara, Addis-Abeba et le temps des pluies
L’Amhara est l’une des régions centrales de l’Éthiopie, pays de la Corne de l’Afrique dont la capitale est Addis-Abeba. Elle traverse, comme une grande partie du territoire, la saison des pluies dite kiremt, de juin à septembre. L’Institut météorologique éthiopien rappelle que cette période porte l’essentiel des précipitations annuelles dans une grande partie du pays et qu’elle sert de base aux alertes climatiques et aux prévisions saisonnières.
Ce cadre climatique est décisif pour comprendre le drame. Les pluies abondantes saturent les sols, fragilisent les versants et favorisent les coulées de boue. Dans le nord éthiopien, les pentes habitées, les routes étroites et l’occupation des collines augmentent encore le risque. L’Éthiopie dispose bien d’outils de veille, via son institut météorologique et ses structures de gestion des risques, mais l’alerte reste difficile à traduire partout en protection concrète, surtout dans les zones rurales.
Ce que l’on sait des victimes et du déroulé
Les premières informations locales évoquaient un « séisme et un glissement de terrain soudain ». La version consolidée fournie ensuite par le diocèse précise plutôt qu’une coulée de boue, mêlée à des rochers détachés de la colline, a enseveli une partie du monastère. Le responsable religieux a parlé d’un bilan définitif de 14 morts et 7 blessés. Les blessés graves ont été transférés vers Debre Birhan, centre administratif situé à environ 70 kilomètres du monastère, pour y recevoir des soins.
Le monastère attirait des pèlerins venus prier et recevoir de l’eau bénite. Cette dimension religieuse compte. En Éthiopie, les grands rassemblements spirituels dépassent la seule pratique cultuelle. Ils structurent des circulations de personnes, des petites économies locales et une sociabilité rurale dense. Quand un site sacré est touché, la perte est donc à la fois humaine, communautaire et économique.
Un signal de plus sur la vulnérabilité du pays
Ce nouvel accident s’inscrit dans une série lourde. En juillet 2024, des glissements de terrain meurtriers dans le sud de l’Éthiopie avaient causé 257 morts, selon les bilans consolidés repris par les agences onusiennes et la Croix-Rouge éthiopienne. En mars 2026, d’autres coulées de boue et inondations avaient encore frappé le sud du pays, avec des bilans allant de plusieurs dizaines à plus d’une centaine de morts selon les mises à jour successives des autorités régionales et des médias internationaux.
Le point commun est clair : pluies intenses, pentes instables, infrastructures fragiles et capacité de réponse inégale. Une analyse relayée par les Nations unies en Éthiopie après les glissements du sud a rappelé que la géologie, la pente, les eaux souterraines et les pluies extrêmes jouent un rôle, mais que la déforestation, l’agriculture sur versant, la croissance démographique et l’urbanisation mal contrôlée aggravent la vulnérabilité. Autrement dit, le danger n’est pas seulement météorologique. Il est aussi lié à l’aménagement du territoire.
Pour les habitants des campagnes, l’effet est immédiat : maisons perdues, routes coupées, activité agricole interrompue, accès aux soins plus compliqué. Pour les autorités, l’enjeu est plus large. Il faut alerter plus tôt, cartographier les zones à risque, sécuriser les pentes proches des lieux de rassemblement et améliorer les interventions locales. En Éthiopie, où une majorité de la population vit encore en zone rurale, cette question touche directement la sécurité quotidienne, pas seulement la gestion des catastrophes.
Une alerte pour l’Afrique de l’Est
Ce drame dépasse l’Amhara. Dans la Corne de l’Afrique, les saisons deviennent plus imprévisibles et les épisodes de pluie extrême se multiplient. L’IGAD Climate Prediction and Applications Centre, le centre climatique de l’organisation régionale de l’Afrique de l’Est, suit de près ces évolutions et publie des prévisions saisonnières pour les pays membres, dont l’Éthiopie. Les autorités éthiopiennes, elles, doivent composer avec des risques qui se déplacent du sud vers le nord, et d’une vallée à l’autre, selon les séquences de pluie.
La portée continentale est nette. L’Éthiopie abrite l’Union africaine à Addis-Abeba et joue un rôle politique majeur dans la région. Quand un pays de ce poids est frappé à répétition par des catastrophes liées au climat, c’est tout le débat africain sur l’adaptation, la prévention et le financement des risques qui se trouve rappelé à l’ordre. Le glissement de terrain de Sela Dingay n’est donc pas un fait isolé. Il dit la fragilité de nombreuses zones de montagne en Afrique de l’Est, mais aussi l’urgence de politiques de protection pensées à l’échelle locale, nationale et régionale.