Une mort qui rappelle la fragilité des zones isolées
Dans le sud-ouest algérien, un drame familial est devenu une affaire nationale. À Ghassoul, dans la wilaya d’El Bayadh, des habitants ont accompagné à sa dernière demeure Ayoub, 10 ans, retrouvé sans vie après une chute dans un puits artésien asséché. Le choc est d’autant plus fort que l’enfant a été recherché pendant quatre jours, sous les yeux d’une population suspendue à l’espoir.
L’émotion dépasse le seul cercle du village. Elle touche aussi un pays où les familles vivent avec des infrastructures dispersées, des distances longues et des ouvrages hydrauliques parfois laissés sans protection. Dans les zones rurales et désertiques, un simple point d’eau peut devenir un danger permanent lorsque les ouvertures ne sont pas sécurisées. C’est précisément ce que ce drame remet sur le devant de la scène.
El Bayadh, un territoire vaste et exposé
La commune de Brezina se situe dans la wilaya d’El Bayadh, à environ 550 kilomètres au sud d’Alger. La région appartient à cet espace saharien où l’accès à l’eau repose encore sur des puits, des forages et des réseaux souvent éloignés des centres urbains. Le ministère algérien chargé de l’hydraulique rappelle que les ressources souterraines jouent un rôle décisif dans le Sud, où les réserves sont importantes mais doivent être gérées avec prudence.
Dans le même temps, l’État affiche une politique de sécurisation et d’extension des infrastructures hydrauliques. Le ministère dit travailler à renforcer l’approvisionnement, tandis que la Radio algérienne a rapporté, en 2025, près de 15 000 autorisations de forage accordées depuis 2021 pour accompagner les projets agricoles dans plusieurs wilayas du grand Sud. Autrement dit, les puits ne relèvent pas seulement du paysage rural : ils font partie d’un enjeu économique et alimentaire plus large.
Les faits : quatre jours d’efforts, puis la confirmation du décès
Le 2 septembre 2026, un garçon de 10 ans est tombé dans un puits artésien asséché, d’une profondeur d’environ 80 mètres et d’un diamètre estimé à 40 centimètres, dans la zone d’Er-Rokn, à proximité de Brezina. Les services de la Protection civile ont mobilisé des équipes et des engins de chantier pour tenter une récupération par excavation latérale, une méthode jugée moins risquée que l’accès direct par le tube étroit du puits.
Selon les éléments rendus publics par les secours et relayés par les médias algériens, l’enfant a été retrouvé mort le soir du 5 septembre, après quatre jours de recherches. Le lendemain, sa dépouille a été inhumée au cimetière de Ghassoul. La Protection civile a donc porté le poids de la tentative de sauvetage, puis celui du transfert du corps, dans une séquence devenue emblématique de la mobilisation des secours en Algérie.
Le récit familial complète le tableau. Un proche de la victime, cité par la presse locale, a expliqué que l’enfant marchait avec son frère quand le sol s’est effondré au-dessus d’une ouverture recouverte de terre. Cette version aide à comprendre le mécanisme de l’accident : un puits fermé de manière précaire peut redevenir visible, ou au contraire trompeur, selon l’érosion et le passage des piétons.
Sécuriser les puits, une question de prévention publique
Le drame d’El Bayadh pose une question simple : qui protège les puits abandonnés, surtout lorsqu’ils ne servent plus ? Dans les campagnes, les marges désertiques et les périmètres agricoles, la réponse est souvent floue. Les puits traditionnels, forés sur de longues périodes ou laissés sans entretien, deviennent des pièges invisibles pour les enfants, les bergers et parfois même les riverains adultes.
La Protection civile algérienne dispose pourtant d’une forte visibilité publique. Le corps intervient sur les incendies, les accidents et les opérations de secours les plus délicates. Son directeur général s’est d’ailleurs rendu sur place pendant l’opération, signe de l’importance accordée à ce dossier. Mais l’épisode montre aussi les limites de l’intervention d’urgence face à un risque installé dans la durée. Un puits mal protégé ne relève pas d’un simple accident : c’est un défaut de prévention.
Pour les familles rurales, l’enjeu est immédiat. La sécurité d’un puits ne concerne pas seulement son propriétaire. Elle engage le voisinage, les élus locaux et les services techniques. Dans une région où l’eau est une ressource stratégique, fermer correctement une ouverture, poser une couverture stable et signaler un ouvrage abandonné sont des gestes de protection collective. Le drame d’Ayoub le montre avec brutalité.
Une affaire locale aux résonances régionales
Ce qui s’est joué à Ghassoul dépasse la wilaya d’El Bayadh. Dans tout le Maghreb et plus largement en Afrique du Nord, la pression sur l’eau accentue le recours aux forages, aux nappes profondes et aux ouvrages ruraux dispersés. La question n’est donc pas seulement humanitaire. Elle touche à la gestion de l’eau, à l’aménagement du territoire et à la sécurité des populations dans les zones à faible densité.
Le précédent récent rappelle aussi que l’opinion publique algérienne réagit fortement à ce type de drame. La mobilisation a été immédiate sur les réseaux sociaux, puis dans la rue au moment des obsèques. Cette réaction traduit un besoin de protection concrète, au-delà des annonces. Elle met aussi en lumière la place prise par la Protection civile dans la vie nationale, entre secours, confiance publique et attente de résultats rapides.
À l’échelle continentale, le sujet rejoint une réalité partagée par de nombreux pays africains : l’accès à l’eau progresse, mais les infrastructures annexes, elles, restent parfois insuffisamment sécurisées. Le drame d’Ayoub n’est donc pas seulement une tragédie locale. Il rappelle qu’une politique hydrique ne se mesure pas seulement en mètres cubes ou en forages autorisés, mais aussi en normes de sécurité, en entretien et en prévention quotidienne.