Dans les oasis nord-africaines, une bonne récolte ne garantit pas à elle seule de meilleurs revenus. Les producteurs doivent aussi pouvoir irriguer les palmiers, conserver les fruits et les vendre au bon moment. Pour la campagne 2026-2027, les prévisions dessinent des trajectoires différentes : hausse annoncée au Maroc et dans plusieurs bassins algériens, recul attendu en Tunisie, tandis que l’Égypte mise sur la transformation et le stockage.
Des récoltes en hausse, sans bilan national consolidé en Algérie
En Algérie, les estimations disponibles portent sur des wilayas, et non sur un total national consolidé. À Biskra, grand bassin phoenicicole du pays, les services agricoles prévoient plus de 410 000 tonnes, soit environ 10 000 tonnes de plus que la saison précédente. La Deglet Nour représenterait près de 60 % du volume. Les responsables locaux attribuent cette progression à l’entrée en production de nouvelles plantations et à l’adoption de techniques d’irrigation économes en eau. Ces chiffres ont été rapportés par plusieurs médias algériens à partir d’informations de l’agence APS.
Plus au nord-est, les services agricoles d’Ouled Djellal tablent sur 1,18 million de quintaux, soit environ 118 000 tonnes. Ils relèvent notamment la contribution de nouveaux palmiers arrivés à maturité. À Touggourt, dans la région de l’Oued Righ, la prévision atteint près de 147 500 tonnes. Les services locaux y signalent également une campagne préventive contre le boufaroua, un acarien qui attaque les fruits, et d’autres ravageurs. Ces annonces restent des estimations avant la clôture des récoltes.
La hausse des volumes pose aussi une question commerciale. Il faut trier, conditionner et conserver les dattes avant leur écoulement. À Biskra, des médias locaux ont souligné que les débouchés et les capacités de stockage pèseront sur la valorisation de la campagne. Une récolte abondante est une occasion pour les producteurs, mais elle ne se traduit pas automatiquement par de meilleurs prix.
Au Maroc, le défi de la croissance dans les oasis
Au Maroc, le ministère de l’Agriculture a présenté à Erfoud, le 28 octobre, une prévision de 177 000 tonnes pour 2026-2027, en hausse de 11 % sur un an. Le chiffre a été relayé par SNRT News, le média audiovisuel public marocain. Un autre article de presse évoque environ 180 000 tonnes : cet écart rappelle qu’il s’agit encore d’estimations, et non d’un bilan définitif.
La production se concentre notamment dans la région de Drâa-Tafilalet, où les palmeraies structurent l’activité économique des territoires oasiens. Un programme marocain d’intensification et de réhabilitation des oasis traditionnelles, doté de 792 millions de dirhams sur 2021-2030, prévoit notamment la distribution de 2,6 millions de vitroplants sélectionnés. Ces plants produits en laboratoire doivent contribuer au renouvellement des palmeraies. Le ministère indique que plus de 917 000 avaient été distribués à la fin octobre.
La production locale ne couvre toutefois pas toute la demande marocaine, estimée entre 220 000 et 250 000 tonnes par an. Le pays reste donc dépendant des importations. Pour les producteurs, l’enjeu ne se limite pas à accroître les volumes : il concerne aussi le stockage, la transformation et la place des dattes locales sur le marché intérieur. Les résultats du programme dépendront également de la disponibilité de l’eau et de sa gestion dans des zones où les activités agricoles se partagent une ressource limitée.
En Tunisie, l’eau et les revenus au centre de la campagne
La Tunisie prévoit une récolte de 354 000 tonnes, contre 404 000 tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse annoncée de 12,4 %. Des représentants du ministère de l’Agriculture ont présenté ces données à une commission parlementaire en octobre. La radio publique tunisienne RTCI et plusieurs médias nationaux ont également rapporté cette estimation. Elle est attribuée au ministère et ne constitue pas encore un bilan final.
Dans les oasis du Sud, des élus ont signalé des difficultés d’irrigation, des canalisations vieillissantes et des puits asséchés. La baisse attendue rend ces contraintes plus sensibles pour les exploitants, notamment lorsque l’accès à l’eau conditionne la qualité et le calendrier de récolte. Les autorités annoncent 3,4 millions de filets pour protéger les régimes des pluies et des ravageurs. Les opérations de pollinisation auraient concerné environ 53,5 millions de régimes.
Pour faciliter la vente, le ministère prévoit des points de vente directe à partir de novembre 2026 et a annoncé un prix de référence de 5,2 dinars tunisiens par kilogramme. Ce repère vise à soutenir les producteurs et à rendre l’offre plus accessible. Son effet dépendra toutefois des prix réellement pratiqués, des coûts de production et de la capacité des circuits de vente à absorber la récolte.
L’Égypte mise sur la conservation et la transformation
L’Égypte, premier producteur du groupe de pays évoqués ici en volume, estime sa récolte 2026 à 2,1 millions de tonnes, toutes variétés confondues. Khaled El-Haggan, producteur-exportateur et responsable d’un comité consacré aux dattes au sein du Conseil égyptien des exportations agricoles, a communiqué cette estimation à FreshPlaza. Il relie la progression du secteur à l’arrivée à maturité de vergers plantés ces dernières années. Cette projection repose sur une déclaration d’acteur de la filière ; les données consultées ne fournissent pas de seconde estimation nationale indépendante.
La campagne connaît aussi des décalages liés à des conditions météorologiques irrégulières. Selon El-Haggan, certaines zones ont récolté plus tôt que d’habitude, tandis que d’autres ont pris du retard. Le calibre et la qualité des fruits auraient été affectés dans certains secteurs. Pour les producteurs, ces variations peuvent peser sur le tri, les prix et l’accès aux marchés, même lorsque le volume global reste élevé.
En octobre, le Festival international des dattes de Siwa a mis en avant les équipements de transformation et de conservation soutenus par la coopération égypto-émiratie. Le média public égyptien Ahram Online et l’agence émiratie WAM rapportent la réhabilitation d’une usine publique à Siwa et du complexe de dattes de la Nouvelle-Vallée, ainsi que des installations frigorifiques à Bahariya pouvant stocker 4 000 tonnes. Ces équipements peuvent aider à réduire les pertes et à mieux étaler les ventes. Ils ne remplacent cependant ni des réseaux de producteurs solides ni des débouchés commerciaux stables.
Le stockage et l’accès à l’eau, deux repères à suivre
Ces prévisions ne sont pas directement comparables : elles couvrent des périmètres et des calendriers différents, et l’Algérie ne dispose ici que d’estimations régionales. Elles montrent néanmoins des priorités partagées. Le Maroc cherche à renforcer ses oasis et à répondre à une demande supérieure à sa production. L’Algérie doit transformer ses volumes régionaux en ventes mieux valorisées. En Tunisie, l’irrigation et l’écoulement d’une récolte moins abondante seront déterminants. L’Égypte développe, elle, des capacités de conservation et de transformation.
À l’échelle nord-africaine, la filière relie agriculture oasienne, emplois ruraux, commerce intérieur et exportations. Les prochaines données à surveiller sont les bilans définitifs de récolte, les prix effectivement reçus par les producteurs et l’utilisation des capacités de stockage annoncées. La progression des volumes, à elle seule, ne dira pas si la valeur créée revient aux exploitants, aux unités de conditionnement ou aux circuits de distribution.