Dans l’Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg, la découverte répétée de corps de femmes a transformé l’inquiétude locale en crise nationale. Les autorités sud-africaines cherchent désormais à établir si ces affaires sont liées, tandis que les familles demandent surtout des enquêtes rapides et des réponses précises.

Une série de meurtres qui bouleverse l’Ekurhuleni

Le 29 septembre 2026, le président Cyril Ramaphosa s’est adressé à la nation depuis Pretoria. Son intervention est intervenue après la découverte, depuis juillet, de plusieurs corps de femmes dans différentes zones de la municipalité métropolitaine d’Ekurhuleni, dans la province du Gauteng.

Le bilan communiqué varie selon les étapes de l’enquête et les sources institutionnelles. Dans son discours, la présidence a confirmé la découverte de onze corps dans l’Ekurhuleni depuis juillet. Un document du gouvernement sud-africain évoquait toutefois treize victimes recensées quelques jours plus tôt par le cabinet. Ces chiffres peuvent inclure des affaires enregistrées à des dates différentes ou des dossiers ajoutés à l’enquête.

Cette évolution explique la prudence des enquêteurs. La police examine les circonstances propres à chaque décès. Elle cherche aussi d’éventuels liens entre les victimes, les lieux où elles ont été retrouvées et les personnes déjà arrêtées.

Les autorités n’ont pas confirmé l’existence d’un tueur en série. Cette hypothèse circule pourtant dans les quartiers concernés, où plusieurs découvertes ont nourri un sentiment d’insécurité. Elle ne pourra être retenue qu’après des éléments judiciaires et médico-légaux solides.

La police sud-africaine a annoncé l’arrestation de suspects dans plusieurs dossiers. Le gouvernement a également indiqué que certains prévenus restaient en détention après des comparutions devant la justice. À ce stade, ces arrestations ne permettent pas d’attribuer l’ensemble des meurtres à un même groupe ou à une même personne.

Un plan d’urgence centré sur les enquêtes

Cyril Ramaphosa a annoncé un dispositif en quatre volets. Le premier prévoit une opération nationale de reprise des dossiers non résolus concernant les meurtres, tentatives de meurtre, viols et autres infractions graves commises contre les femmes et les enfants.

Les services de police et le parquet devront identifier, dans un délai de soixante jours, le nombre de dossiers en attente, leur ancienneté et les étapes qui bloquent leur progression. L’audit devra notamment distinguer les affaires en attente d’analyses médico-légales, celles dans lesquelles un suspect a été identifié mais pas arrêté, et celles qui connaissent un retard injustifié au stade de l’enquête ou des poursuites.

Le deuxième volet concerne précisément les capacités médico-légales. Le président a demandé la présentation d’un plan financé pour réduire les retards et fixer des délais de traitement pour les affaires prioritaires de violences sexistes et de féminicides. Cette mesure touche un point sensible du système judiciaire : sans analyses de qualité et disponibles à temps, les familles attendent et les procédures s’enlisent.

Le troisième axe prévoit un audit national de la sécurité des femmes. Les collectivités devront recenser les secteurs à risque, notamment les rues mal éclairées, les bâtiments abandonnés, les parcs peu sécurisés et les itinéraires empruntés quotidiennement par les habitantes.

Enfin, le gouvernement veut renforcer la coordination entre la police, le parquet, les services médico-légaux et les autorités locales. L’objectif est d’éviter que les responsabilités se dispersent entre plusieurs administrations, un problème souvent dénoncé par les associations sud-africaines de défense des femmes.

Une réponse confrontée à une crise ancienne

La séquence de l’Ekurhuleni ne constitue pas un événement isolé. L’Afrique du Sud fait face depuis plusieurs années à un niveau élevé de violences contre les femmes et les enfants. En 2019, la pression de la société civile avait déjà conduit Cyril Ramaphosa à présenter un plan d’urgence contre les violences sexistes et les féminicides.

Depuis, plusieurs mesures ont été annoncées. Le pays dispose notamment d’un Plan stratégique national sur les violences sexistes et les féminicides. En 2024, une loi a aussi établi un Conseil national chargé d’assurer une direction stratégique sur ce dossier. La nomination de ses membres pour la période allant d’août 2026 à juillet 2029 devait renforcer cette architecture institutionnelle.

Le défi se situe désormais dans l’exécution. Dans les quartiers populaires comme dans les zones périurbaines, les femmes dépendent souvent de transports collectifs, de trajets à pied et d’espaces publics insuffisamment sécurisés. Une rue mal éclairée peut ainsi devenir un problème quotidien. Pour les familles, l’enjeu ne se limite pas à l’arrestation d’un suspect : il concerne aussi la disparition d’une proche, l’identification d’un corps et l’accès à la justice.

Les effets économiques sont également concrets. Les femmes qui travaillent dans le commerce, les services, la sécurité ou les emplois à horaires décalés doivent parfois modifier leurs déplacements ou renoncer à certaines opportunités. Les ménages les plus précaires disposent de moins de moyens pour financer un transport privé ou un accompagnement.

La réponse attendue ne relève donc pas uniquement de la police. Elle implique les municipalités, les services sociaux, les hôpitaux, les tribunaux et les organisations communautaires. Elle exige aussi que les victimes et leurs familles soient informées sans être exposées davantage.

Un enjeu pour l’Afrique australe

L’Afrique du Sud appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit plusieurs États de la région autour de la coopération politique et économique. Les violences sexistes concernent l’ensemble de cet espace, avec des réalités différentes selon les pays, les villes et les systèmes judiciaires.

La crise de l’Ekurhuleni rappelle ainsi que les engagements régionaux doivent s’accompagner de données fiables, de services accessibles et de mécanismes de suivi. Elle met aussi en lumière le rôle des collectivités locales. La sécurité des femmes se joue souvent dans un quartier précis, devant une gare, sur une route secondaire ou autour d’un bâtiment abandonné.

Pour Pretoria, les prochaines échéances seront décisives. Le gouvernement devra publier les résultats de l’audit des dossiers dans les délais annoncés et expliquer les moyens consacrés aux analyses médico-légales. Il devra également préciser les mesures prises dans les municipalités identifiées comme prioritaires.

La parole présidentielle a replacé les féminicides au centre de l’agenda national. La crédibilité de la réponse dépendra maintenant des actes : identifier les victimes, établir les faits, protéger les témoins, poursuivre les responsables et empêcher que les dossiers ne disparaissent dans les retards administratifs.