Pour les habitants de Kenge et des périphéries de Kinshasa, une nouvelle centrale ne change la vie que si le courant arrive jusqu’aux foyers et aux entreprises. C’est le défi posé par le projet solaire de 100 mégawatts (MW) annoncé dans le Kwango : transformer une convention de coopération en électricité effectivement disponible.
Un projet raccordé au réseau, encore à structurer
La République démocratique du Congo dispose d’un potentiel énergétique important, mais l’accès à l’électricité reste limité et inégal. Les estimations varient selon les définitions et les méthodes de calcul. Le rapport 2024 de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité distingue notamment le taux d’accès du taux de desserte. Cette différence rappelle qu’une infrastructure proche ne garantit pas, à elle seule, un service régulier pour les ménages.
Dans ce contexte, l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) cherche à développer à la fois des centrales raccordées au réseau national et des solutions locales. La Société nationale d’électricité (SNEL), entreprise publique chargée de la production et de la distribution, serait ici l’acheteur et l’opérateur du réseau concerné.
Le projet s’inscrit aussi dans un espace énergétique plus large. La RDC participe au Pool énergétique d’Afrique australe, qui facilite les échanges entre réseaux électriques de plusieurs pays de la région. Toutefois, la centrale annoncée à Bukangalonzo vise d’abord des besoins congolais : son raccordement au réseau national et la capacité de celui-ci à acheminer le courant seront déterminants.
Du 26 au 28 octobre 2026, une délégation de l’ANSER conduite par son directeur général adjoint, Damien Twambilangana, s’est rendue à Jinan, en Chine. À l’issue de cette mission, l’agence a conclu une convention de collaboration avec SEPCO, filiale opérationnelle du groupe public chinois PowerChina. L’ambassadeur de la RDC en Chine et Carousel Finance Africa, présenté comme facilitateur de la structuration financière, ont également pris part aux échanges.
De l’annonce à la mise en service : les étapes décisives
La première phase prévoit une centrale solaire photovoltaïque de 100 MW, raccordée au réseau de la SNEL depuis le poste électrique de Bukangalonzo, dans la province du Kwango. L’objectif annoncé est d’améliorer l’approvisionnement de Kenge et des zones périphériques de Kinshasa. Une échéance de juin 2027 a été communiquée par l’ANSER et relayée par plusieurs médias congolais.
La convention évoque une coopération plus vaste, associant infrastructures énergétiques et activités industrielles. La répartition indicative avancée est de 70 % pour l’énergie et de 30 % pour l’industrie. Mais ces proportions décrivent une orientation générale : elles ne précisent ni les projets industriels retenus ni leur financement.
Le montage financier n’est pas encore détaillé publiquement. Un crédit fournisseur est envisagé : l’entreprise qui fournit les équipements ou réalise les travaux accorde alors un financement remboursable par l’acheteur ou l’État. Des discussions avec Sinosure, l’assureur public chinois spécialisé dans les risques commerciaux et d’investissement, doivent examiner les garanties possibles.
Plusieurs éléments restent donc à clarifier avant de pouvoir mesurer la portée concrète de l’annonce : le coût total, les contributions respectives des partenaires, les conditions de remboursement et le contrat de vente de l’électricité. Le tarif du kilowattheure, la durée d’achat garantie par la SNEL et les investissements nécessaires au raccordement ne sont pas précisés dans les informations disponibles. Sans ces données, il est difficile d’évaluer la répartition des risques entre l’État, l’entreprise publique et les partenaires privés.
Pour les usagers, l’enjeu ne se limite pas à la puissance installée. La régularité du service, le prix facturé et l’extension des lignes détermineront qui bénéficiera réellement de la production. Les entreprises de Kenge pourraient disposer d’une source d’énergie supplémentaire si le réseau local peut la distribuer. Dans les quartiers périphériques de Kinshasa, l’effet dépendra aussi des capacités de transport et de distribution en aval.
Un portefeuille de partenariats à des stades différents
La convention avec SEPCO rejoint une série d’accords développés par l’ANSER avec des partenaires étrangers. Ils ne présentent toutefois pas tous le même degré d’avancement. Avec l’entreprise allemande GAUFF Engineering, l’agence a signé un contrat commercial en mars 2025 pour un programme d’électrification de 36 territoires, évalué à 150 millions d’euros. Le contrat de marché a ensuite été signé à Kinshasa le 2 avril 2026. Le programme prévoit des installations photovoltaïques avec stockage et de petites centrales hydroélectriques.
En avril 2026, l’ANSER a également conclu avec Off-Grid Europe un contrat commercial de 25 millions d’euros portant sur des mini-réseaux solaires. La première phase annoncée vise 8,5 MWc et environ 27 700 ménages dans six agglomérations. Un mini-réseau produit et distribue l’électricité à l’échelle locale, sans dépendre entièrement du réseau national.
D’autres annonces restent à distinguer des marchés en exécution. Le protocole conclu avec le groupe français ITRA le 1er septembre 2026 vise la préparation de projets et la mobilisation annoncée d’environ 900 millions de dollars pour développer 650 MW. De même, la convention avec SEPCO constitue une étape de coopération, mais les informations publiées ne font pas état d’un contrat d’achat d’électricité signé avec la SNEL ni d’un financement finalisé.
La mise en œuvre sera le véritable indicateur
La multiplication des projets peut diversifier les solutions : grandes centrales raccordées au réseau, installations décentralisées et mini-réseaux. Elle peut aussi soutenir des activités économiques hors des grands centres urbains. Mais la comparaison des annonces ne suffit pas. Les prochaines étapes à surveiller sont la publication du montage financier, la signature des contrats d’exécution et d’achat, puis les travaux de raccordement au poste de Bukangalonzo.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc l’annonce de 100 MW. Il s’agit de convertir des partenariats internationaux en équipements fonctionnels, en réseau capable de transporter l’électricité et en tarifs accessibles. À l’échelle régionale, la fiabilité des infrastructures congolaises pèsera également sur les échanges électriques auxquels le pays peut participer. La date de juin 2027, avancée comme objectif, devra être appréciée à la lumière de ces étapes encore ouvertes.