À Ferké, dans le nord de la Côte d’Ivoire, l’estimation du gisement aurifère progresse plus vite que le calendrier d’une éventuelle mine. Les nouvelles données donnent du poids au projet, mais elles ne garantissent ni sa rentabilité ni sa construction. Entre l’exploration et la production, plusieurs décisions techniques, économiques et publiques restent à prendre.

Un projet encore au stade des études

Le projet se situe dans une région où l’or occupe déjà une place croissante dans l’économie ivoirienne. À l’échelle nationale, la production est passée de 41,9 tonnes en 2021 à 59,1 tonnes en 2024, selon le diagnostic du Plan national de développement 2026-2030. Les autorités visent une progression supplémentaire, portée notamment par l’ouverture de nouveaux sites.

Cette trajectoire s’inscrit dans un secteur ouest-africain où les États cherchent à attirer des investissements miniers tout en augmentant les retombées locales. La Côte d’Ivoire participe à la CEDEAO, la communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest. Mais les choix relatifs aux permis, aux recettes publiques et aux communautés riveraines relèvent d’abord des institutions ivoiriennes et du cadre minier national.

Ferké demeure un projet d’exploration, détenu par l’australienne Many Peaks Minerals. Son principal gisement identifié à ce jour est Ouarigue. En avril 2026, l’entreprise avait annoncé une première estimation de 1,323 million d’onces, soit environ 41 tonnes d’or contenu dans les ressources mesurées, indiquées et inférées.

La hausse vient surtout des ressources profondes

Le 5 novembre 2026, Many Peaks a publié une estimation intermédiaire de 2,077 millions d’onces à une teneur moyenne de 1,87 gramme par tonne. Cela représente environ 64,6 tonnes d’or contenu et une progression de 57 % par rapport à l’estimation d’avril. Le calcul s’appuie sur 34,6 millions de tonnes de minerai.

La croissance annoncée ne signifie pas que cette quantité pourra être extraite et vendue. Une ressource minérale est une estimation géologique. Elle ne devient une réserve que si des études démontrent qu’une partie peut être exploitée de façon techniquement et économiquement viable, en tenant compte notamment des coûts, des infrastructures et des contraintes environnementales.

Selon l’entreprise, l’augmentation provient principalement de l’intégration de ressources souterraines sous la zone envisagée pour une exploitation à ciel ouvert. Le nouvel inventaire ajoute environ 754 000 onces à celui d’avril. Cette progression renforce l’intérêt géologique du site, mais elle pose aussi une question pratique : quelles méthodes d’extraction permettraient de récupérer le métal, et à quel coût ?

La société prévoit d’achever une première étude économique préliminaire d’ici la fin de 2026. Une étude de faisabilité plus approfondie est annoncée pour 2027. Elle doit examiner les options techniques et économiques et aider à déterminer si une décision de construction peut être prise au début de 2028. Ces échéances restent des objectifs de l’entreprise, non des décisions déjà acquises.

Les retombées dépendront des choix à venir

La comparaison avancée par le directeur général de Many Peaks, Travis Schwertfeger, avec la mine ivoirienne de Bonikro porte sur la géométrie du gisement et la possibilité d’un démarrage à ciel ouvert. C’est un argument de l’entreprise pour expliquer son potentiel. Il ne constitue pas, à lui seul, une preuve que Ferké atteindra les mêmes résultats ou que les ressources seront converties en réserves.

Pour les pouvoirs publics, un projet de cette taille pourrait contribuer à l’activité minière et aux recettes nationales s’il franchit les étapes nécessaires. Pour les populations proches du site, les enjeux sont plus concrets : emplois accessibles, achats auprès des entreprises locales, accès aux terres et à l’eau, indemnisation et suivi des impacts. La création d’une mine ne garantit pas automatiquement une répartition équitable de ses bénéfices.

Le futur examen du projet devra donc porter aussi sur les conditions de son implantation. La gestion de l’eau, les résidus miniers, la remise en état du site et les consultations locales comptent parmi les sujets à documenter avant toute décision. Les études annoncées permettront de préciser certains paramètres, mais les informations disponibles ne détaillent pas encore ces résultats pour Ferké.

La hausse des ressources s’inscrit dans une montée en puissance plus large de l’or ivoirien. Le Plan national de développement rapporte 59,1 tonnes produites en 2024, tandis que des projections sectorielles évoquent 61 tonnes en 2025 et 63 tonnes en 2026. Ces chiffres n’ont pas la même nature : les premiers décrivent une production enregistrée, les seconds sont des prévisions. Ils ne doivent pas être confondus avec les objectifs de production à plus long terme.

Les prochaines étapes seront décisives

À court terme, le premier repère sera la publication de l’étude économique préliminaire. Elle devra aider à apprécier les coûts et les scénarios d’exploitation, sans remplacer l’étude de faisabilité. La conversion éventuelle d’une partie des ressources en réserves, les autorisations, le financement et les mesures environnementales pèseront ensuite sur le calendrier.

Ferké illustre ainsi une évolution importante pour le secteur minier ivoirien : l’enjeu ne se limite plus à découvrir des gisements, mais consiste à transformer les estimations en projets réalisables et à encadrer leurs retombées. La hausse annoncée est un jalon géologique. Pour les habitants de la région comme pour l’économie nationale, la question centrale reste celle des conditions auxquelles une mine pourrait voir le jour.