Un signal utile pour les entreprises, mais pas une photo uniforme de l’Union

Dans l’UEMOA, les chefs d’entreprise ne vivent pas le même quotidien d’un pays à l’autre. Les procédures sont plus fluides à Abidjan, Dakar ou Lomé qu’ailleurs, mais la région reste traversée par des écarts persistants en matière d’accès au financement, de fiscalité, de services publics et de sécurité juridique. Le climat des affaires n’est donc ni une promesse abstraite ni un slogan de communication : c’est un thermomètre du temps perdu, du coût de la formalisation et de la capacité à investir.

Ce thermomètre est d’autant plus suivi que l’UEMOA, qui réunit huit pays partageant une monnaie commune, le franc CFA, cherche à concilier intégration régionale et attractivité pour les capitaux privés. À Dakar, le conseil des ministres de l’Union a encore mis en avant, en mars 2026, une stratégie de dialogue public-privé pour 2026-2030, avec l’idée de corriger les blocages qui freinent l’investissement.

Ce que disent les chiffres de la BCEAO et de la Banque mondiale

Les données publiées par la BCEAO en juin 2026 montrent que l’indicateur moyen du climat des affaires dans l’UEMOA s’est établi à 101,1 en 2025, soit au-dessus de sa référence de long terme fixée à 100. La Côte d’Ivoire affiche 102 points, le Sénégal 101,8 et le Togo 101,2. Le Bénin suit de près, tandis que le Mali ferme la marche dans ce groupe de comparaison à 98,7.

Cette lecture statistique doit se comprendre comme une perception agrégée des entreprises modernes sur leur environnement économique. La BCEAO l’élabore à partir d’enquêtes mensuelles, en tenant compte notamment de l’activité dans l’industrie, le commerce, les services, l’emploi et les services financiers. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un simple classement politique, mais d’un indicateur de terrain, construit sur les réponses des acteurs économiques.

Le croisement avec le dispositif Business Ready 2025 de la Banque mondiale confirme la dynamique des trois pays de tête. Les profils pays publiés par l’institution montrent que le Togo se distingue particulièrement en création d’entreprise, avec 86 points sur 100, tandis que la Côte d’Ivoire et le Sénégal affichent aussi des scores solides sur plusieurs segments, même si les marges d’amélioration restent nettes dans le commerce international, la concurrence et la location d’implantation.

Pays Score BCEAO 2025 Point fort mis en avant par B-READY 2025
Côte d’Ivoire 102 Cadre réglementaire relativement solide, avec une attention forte à la fiscalité et à l’entrée sur le marché
Sénégal 101,8 Création d’entreprise et simplification des démarches, avec un nouveau code des investissements
Togo 101,2 Création d’entreprise rapide et services publics numériques plus avancés

Des réformes concrètes, mais à des vitesses différentes

En Côte d’Ivoire, le Programme d’appui à l’amélioration du climat des affaires pour une transformation structurelle de l’économie ivoirienne, connu sous l’acronyme PACA-CI, a été lancé pour lever les obstacles qui pèsent sur les PME et l’investissement. La Banque africaine de développement y voit un instrument destiné à renforcer l’écosystème des petites et moyennes entreprises, à attirer davantage d’investissements et à soutenir une croissance plus inclusive.

Ce chantier s’inscrit dans une stratégie plus large portée par Abidjan, où le Plan national de développement 2021-2025 mobilise de vastes ressources pour la transformation de l’économie. Pour les entreprises, l’enjeu est immédiat : moins de friction administrative, plus de visibilité réglementaire et un accès plus lisible au financement. Pour l’État, l’enjeu est politique autant qu’économique : maintenir le rang de première puissance de l’UEMOA et convertir la croissance en emplois durables.

Au Sénégal, la réforme la plus visible en 2025 est l’adoption d’un nouveau code des investissements. Le guichet unique digitalisé du pays, déjà présenté par l’APIX comme un outil d’accompagnement des investisseurs, doit simplifier les démarches et accélérer le traitement des dossiers. Les autorités ont mis en avant un délai inférieur à dix jours pour certains dossiers, ainsi qu’une stabilité accrue des avantages douaniers et fiscaux.

Le Sénégal entre cependant dans cette phase avec un contexte macroéconomique à surveiller. La Banque mondiale note une croissance attendue de 5,0 % en 2025, après plusieurs années de rythme plus soutenu, tandis que les contraintes liées à l’investissement privé, à la fiscalité et à la compétitivité logistique restent présentes. Le climat des affaires progresse, mais il ne gomme pas la question centrale de la productivité.

Au Togo, le progrès repose sur une politique suivie de modernisation administrative. Le ministère togolais des Finances rappelle que la Cellule Climat des Affaires existe depuis 2017 et qu’elle a servi de moteur à la simplification des procédures, à la digitalisation et à la coordination des réformes. Le pays mise aussi sur la concurrence fiscale, les services financiers et la rapidité de création d’entreprise pour rester attractif dans un marché régional très disputé.

Cette trajectoire est cohérente avec la stratégie économique plus large du pays. La Banque mondiale souligne que le Togo veut consolider son rôle de hub logistique et commercial régional, en misant sur les infrastructures, l’énergie et la numérisation. Ici, le climat des affaires n’est pas un dossier isolé : il se connecte au port, à l’électricité, au foncier, au règlement des litiges et à la capacité des administrations à répondre vite.

Pourquoi ce classement compte au-delà des trois pays

Dans l’espace UEMOA, un bon score de climat des affaires ne bénéficie pas seulement aux grandes entreprises ou aux capitaux étrangers. Il influence aussi les PME locales, les sous-traitants, les transporteurs, les prestataires de services, et plus largement l’économie informelle qui cherche à entrer dans le circuit formel sans y laisser trop de marges en frais et en délais. Quand l’administration se simplifie, ce sont des coûts cachés qui baissent pour les acteurs de terrain.

La comparaison régionale rappelle toutefois une limite : l’amélioration du cadre des affaires ne suffit pas si l’énergie reste instable, si les marchés publics demeurent difficiles d’accès ou si la justice commerciale est lente. La BCEAO comme la Banque mondiale montrent d’ailleurs que les progrès sont plus nets sur la création d’entreprise que sur la concurrence, le commerce international ou l’efficacité opérationnelle dans certains pays.

À l’échelle continentale, le signal est néanmoins clair. Trois économies ouest-africaines montrent qu’une stratégie de réforme suivie, appuyée par des outils numériques, une meilleure coordination de l’action publique et un dialogue avec le secteur privé, peut produire des résultats mesurables. La prochaine séquence à surveiller est celle de la mise en œuvre : budget, délais administratifs, accès au foncier, justice commerciale et services publics. C’est là que se jouera la différence entre un bon indicateur et une transformation durable.