À Nairobi, Kampala et Dar es Salaam, le compte à rebours de la CAN 2027 se joue désormais sur les chantiers. Les trois capitales doivent transformer des promesses d’infrastructures en un dispositif capable d’accueillir 24 sélections, leurs délégations et des milliers de supporters.
La compétition se déroulera du 19 juin au 17 juillet 2027. Elle sera organisée pour la première fois par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie. Pour l’Afrique de l’Est, l’enjeu dépasse donc le football : il s’agit de démontrer qu’un tournoi continental peut être porté par plusieurs pays aux profils économiques et administratifs différents.
Un projet régional, pas trois préparatifs séparés
La Confédération africaine de football (CAF), l’instance dirigeante du football continental, a attribué l’organisation à la candidature commune dite « Pamoja » en septembre 2023. Le terme signifie « ensemble » en swahili. Il résume l’ambition affichée par les trois pays : mutualiser les équipements, les compétences et les flux de supporters.
Cette coopération s’inscrit dans l’espace de la Communauté d’Afrique de l’Est, qui rassemble plusieurs pays de la région autour de projets économiques et politiques communs. Toutefois, la CAN imposera une coordination plus exigeante. Les sites de compétition seront répartis entre plusieurs villes. Les équipes devront circuler entre des territoires séparés par plusieurs centaines de kilomètres.
La CAF a achevé une mission d’inspection de huit jours au début du mois de septembre 2026. Cette visite a porté sur les stades, les terrains d’entraînement et les infrastructures nécessaires à l’accueil du tournoi. L’instance maintient officiellement le calendrier prévu, sans annoncer de retrait de l’organisation.
Les éliminatoires ont, elles aussi, commencé en septembre 2026. Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda sont qualifiés d’office en tant que pays hôtes, mais participent à la campagne afin de permettre à une autre sélection de leur groupe de décrocher son billet pour la phase finale.
Au Kenya, Nairobi concentre l’essentiel de la pression
La capitale kényane porte l’un des projets les plus visibles de la CAN 2027. Le stade Talanta, intégré au complexe Talanta Sports City, doit devenir une enceinte majeure du tournoi. Sa capacité annoncée atteint 60 000 places.
Le chantier doit encore répondre à plusieurs exigences : pelouse, éclairage, espaces médias, accès pour les spectateurs, sécurité et dispositifs de retransmission. La capacité d’un stade ne suffit pas à garantir son homologation. La CAF examine aussi les circulations autour de l’enceinte, les zones réservées aux équipes et la fiabilité des installations techniques.
Le stade Kasarani, déjà utilisé pour de grandes compétitions à Nairobi, fait également l’objet de travaux de rénovation. Les autorités kényanes doivent, en parallèle, préparer les terrains d’entraînement, renforcer l’accueil hôtelier et fluidifier les déplacements depuis l’aéroport international Jomo-Kenyatta.
En août 2026, le Parlement kényan a indiqué que le pays travaillait toujours sur la feuille de route de l’organisation et visait une capacité à accueillir les cérémonies d’ouverture et de clôture. Le gouvernement présente les travaux comme un investissement sportif durable. La question centrale reste toutefois celle du respect des échéances et de la disponibilité effective des équipements lors des prochains tests.
La Tanzanie mise sur un réseau d’enceintes déjà opérationnelles
La Tanzanie dispose d’un avantage différent. Plusieurs stades existent déjà et doivent être adaptés aux standards de la CAF plutôt que construits entièrement. Dar es Salaam, la capitale économique, constitue le principal centre logistique du pays. Le stade Benjamin Mkapa figure parmi les installations inspectées par la CAF.
Les autorités tanzaniennes ont annoncé un niveau d’avancement supérieur à 80 % pour les principaux stades concernés. Cette donnée doit cependant être lue avec prudence : l’avancement d’un chantier ne mesure pas à lui seul la conformité finale d’un site. Les tests de sécurité, de transport, d’éclairage et de retransmission peuvent encore modifier le calendrier.
Le dispositif prévoit aussi cinq terrains d’entraînement dans chaque ville hôte. Les routes, les hébergements et les connexions entre les différents sites restent donc au cœur des préparatifs. Pour les supporters, ces éléments pèseront directement sur le coût et la facilité des déplacements. Pour les équipes, ils détermineront la qualité de la récupération entre deux rencontres.
La visite du président de la CAF, Patrice Motsepe, à Dar es Salaam en septembre 2026 a permis de faire le point avec les autorités tanzaniennes. Cette séquence a renforcé la visibilité du projet, mais elle ne remplace pas les contrôles techniques à venir.
L’Ouganda doit convertir ses chantiers en sites pleinement fonctionnels
En Ouganda, le stade de Hoima est présenté comme achevé. Les travaux se poursuivent cependant à Lira et sur plusieurs terrains d’entraînement. Kampala, la capitale, devra également jouer un rôle central dans l’accueil des délégations, des médias et des supporters.
Le gouvernement ougandais a fixé la fin de l’année 2026 comme objectif pour finaliser l’essentiel des infrastructures. Il a aussi mobilisé l’armée sur certains chantiers afin d’accélérer l’exécution. Cette méthode peut renforcer la capacité de livraison à court terme. Elle devra néanmoins s’accompagner de contrôles indépendants sur la qualité des ouvrages et leur exploitation après la compétition.
Le président Yoweri Museveni a réaffirmé, le 22 septembre 2026, l’engagement de l’Ouganda à organiser le tournoi avec ses deux voisins. Les autorités mettent en avant l’expérience acquise lors du Championnat d’Afrique des nations organisé en 2024. Mais la CAN représente une échelle supérieure, avec davantage d’équipes, de médias, de vols, de contrôles et de mouvements de supporters.
Le véritable test sera logistique
Les stades concentrent l’attention, mais le risque principal pourrait se situer entre les enceintes. La réussite du tournoi dépendra de la coordination des transports terrestres et aériens, de la fluidité aux frontières, de la disponibilité des hôtels et de la sécurisation des itinéraires.
Les trois pays devront aussi harmoniser leurs procédures. Un supporter qui arrive à Nairobi, assiste à un match à Kampala puis rejoint Dar es Salaam ne doit pas affronter trois systèmes incompatibles. Billetterie, visas, contrôle des accès, télécommunications et informations aux voyageurs devront fonctionner dans un cadre commun.
L’impact économique sera également inégal. Les grandes villes bénéficieront probablement des dépenses liées aux hôtels, aux transports et aux services. Les petites villes hôtes peuvent, elles, profiter des travaux et de la visibilité du tournoi. Mais ces retombées dépendront de la capacité des autorités à associer les entreprises locales, notamment dans l’économie informelle, sans déplacer durablement les activités autour des stades.
Une échéance qui engage toute l’Afrique de l’Est
La CAN 2027 marquera le retour de la compétition en Afrique de l’Est, plus de cinq décennies après l’édition organisée par l’Éthiopie en 1976. Elle sera aussi la première CAN organisée conjointement par trois pays.
La prochaine étape décisive sera la vérification de l’avancement des infrastructures et de leur conformité aux exigences de la CAF. Les échéances des éliminatoires, prévues jusqu’en mars 2027, ajouteront une pression supplémentaire sur les organisateurs.
Pour le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, le défi n’est donc pas seulement de terminer des stades. Il consiste à faire fonctionner un espace sportif régional pendant près d’un mois. La CAN 2027 offrira à l’Afrique de l’Est une vitrine continentale. Elle révélera surtout la solidité de sa coopération concrète.