Une jeunesse nombreuse, mais encore trop loin des emplois formels
Au Nigeria, le débat sur l’emploi des jeunes ne se résume pas à un slogan. Il touche un pays où la majorité de la population est jeune, tandis que l’économie absorbe encore mal les nouveaux entrants. Les autorités et les partenaires techniques veulent donc déplacer la discussion du diagnostic vers les employeurs, la formation et les passerelles concrètes entre école et travail.
Cette question pèse lourd à Abuja, capitale fédérale, mais elle concerne aussi les grandes villes industrielles, les États agricoles et les zones où l’informel reste la première porte d’entrée vers un revenu. Le Nigeria avance dans un environnement régional où la CEDEAO pousse l’intégration économique, alors que les pays voisins affrontent eux aussi la pression démographique et la création d’emplois décents.
Abuja relance le chantier du NIYEAP
Lundi 24 août à Abuja, une consultation nationale a réuni ministères, partenaires sociaux et entreprises autour de la révision du Plan d’action national pour l’emploi des jeunes, connu sous l’acronyme NIYEAP. L’exercice vise le cadre 2025-2030, après la période 2021-2024, dont le bilan public reste difficile à lire de manière consolidée. Le document de référence du plan précédent fixait pourtant des cibles ambitieuses et insistait déjà sur l’engagement du secteur privé.
La démarche s’inscrit dans un faisceau d’initiatives plus large. Le ministère fédéral du Développement de la jeunesse a fait de l’insertion professionnelle un axe central de son action. Dans le même temps, un appui technique est fourni par le projet SEESIN, une initiative conjointe entre l’OIT et le programme SKYE II de la GIZ, basée à Abuja jusqu’en mars 2026.
Le gouvernement fédéral a aussi lancé en 2025 une politique nationale de l’emploi révisée, avec le soutien de l’OIT et du programme GIZ-SKYE II. Cette politique cite explicitement le chômage des jeunes, l’informalité, les écarts de genre et les disparités régionales parmi les défis à corriger. Le chantier NIYEAP doit donc s’y arrimer, et non fonctionner en parallèle.
Le secteur privé, maillon décisif du nouveau cadre
Le cœur du message porté à Abuja est simple : sans entreprises, l’insertion des jeunes restera trop lente et trop fragile. L’OIT veut un cadre fondé sur des données, mais surtout sur des engagements pratiques du secteur privé, pas sur une succession de listes d’intentions. Cette orientation rejoint un constat déjà formulé dans le plan 2021-2024, qui reconnaissait lui-même la nécessité de mieux mobiliser les employeurs.
Cette exigence intervient dans un marché du travail marqué par un déséquilibre structurel entre les flux de diplômés et les capacités d’absorption de l’économie. Le ministère de la Jeunesse estime, dans son plan stratégique 2025-2030, qu’environ 5,5 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail, un volume appelé à augmenter d’ici 2030. Le même document évoque plus de 63 millions de Nigérians âgés de 15 à 29 ans. Ces ordres de grandeur donnent la mesure du défi.
Le nouveau cadre met en avant quatre axes : employabilité, entrepreneuriat, emploi et égalité des droits. Les secteurs ciblés ne sont pas choisis au hasard. Ils comprennent l’intelligence artificielle, l’économie verte, les énergies renouvelables, l’agriculture climato-intelligente, les industries créatives et la fabrication. L’idée est de mieux relier la formation à des chaînes de valeur capables de créer des revenus plus stables.
Dans ce débat, la transition école-travail reste l’un des points les plus fragiles. Le Nigeria compte un grand nombre de diplômés chaque année, mais les débouchés formels ne suivent pas au même rythme. Les données officielles disponibles montrent aussi que les jeunes restent exposés au sous-emploi, au décrochage du marché du travail et à l’informalité, avec un déficit particulier chez les femmes.
Ce que l’enjeu dit du Nigeria, et de l’Afrique de l’Ouest
La séquence d’Abuja dépasse le seul cas nigérian. Elle illustre un choix devenu central dans de nombreux pays africains : comment transformer un avantage démographique en croissance inclusive, sans se limiter aux programmes publics temporaires. L’OIT relie d’ailleurs ce dossier à son Agenda pour l’emploi des jeunes et à la stratégie AU-OIT pour l’Afrique, qui insiste sur l’investissement privé, la transition numérique et la création de travail décent.
Au niveau nigérian, l’enjeu est aussi institutionnel. Si le NIYEAP 2025-2030 reste centré sur l’administration publique, il risque de reproduire les limites du cycle précédent. S’il s’ouvre davantage aux entreprises, aux associations patronales, aux services d’emploi et aux secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, il peut au contraire devenir un outil de coordination plus crédible. C’est là que se joue la différence entre un document de plus et un levier de politique publique.
La portée continentale est nette. Le Nigeria est l’économie la plus peuplée d’Afrique et l’un des moteurs potentiels du marché régional de la CEDEAO. Quand Abuja ajuste sa stratégie jeunesse, c’est aussi une question de mobilité régionale, de qualification des emplois et d’intégration des chaînes de valeur ouest-africaines. Les prochaines étapes à surveiller sont la finalisation du NIYEAP 2025-2030, son articulation avec la politique nationale de l’emploi de 2025 et, surtout, la place réellement accordée aux employeurs dans sa mise en œuvre.